‹ Précis de logique évolutionniste: l'entendement dans ses rapports avee le langageChapitre 77 sur 79 · III. — L'ORIGINE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

III. — L'ORIGINE DU LANGAGE

« L'origine du langage n'est pas, a priori^ un problème linguistique^ puisque la linguistique ne se propose pour objet que des langues toutes formées, dans leur état actuel, historique ou préhistorique, et qu'il ne lui est donné que de constater révolution, jamais la naissance d'un langage. * »

C'était le cas de mettre en pratique la règle de méthode de Descartes qui figure au frontispice de l'ouvrage, et de distinguer. Il est évident que tout ce qui concerne le cri animal, antécédent vraisemblable du langage articulé, est affaire de physiologie, d'histoire naturelle ou d'anatomie comparée. Mais chacun sait que la question de l'origine du langage pour les linguistes est, avant tout, celle des débuis (autant qu'on peut parler des débuts de ce qui n'est, à certains égards,

* Op. ci7., p. 25.

L OIUGINE Dr I.ANGAGi: igy

qu'une suite); celle du développement — surtout du développement — des sons articulés qui constituent le langage. Or, à considérer la chose à ce point de vue, il est absolument exagéré de dire que « Torigine du langage est un problème, non seulement inabordable à la science du langage, mais dont tous les documents qu'elle étale ou accumulera dans l'avenir ne sauraient jamais lui faire entrevoir la plus lointaine solution ^, »

Gomme nous Tavons déjà dit, l'induction la plus légitime donne à croire que le langage articulé a évolué phonétiquement du cri, tel que nous voyons le mot articulé évoluer du mot articulé, et l'idée synthétique primitive s'épanouir en significations analytiques de plus en plus délicates et nombreuses. Qu'est-ce autre chose que ce qu'on peut appeler l'origine continue ou, ce qui revient au même, la vie du langage ?

Quelle inconséquence d'ailleurs de justifier l'ignorance irrémédiable où l'on prétend rester à cet égard en disant qu'on n'a jamais constaté la naissance d'un langage, au moment même où l'on admet qu'on peut en étudier la préhistoire? Où commence-t-elle, cette préhistoire, et où pla-

^ Op, cit., p. 26.

cera-t-on la borne qui la sépare de Torigine entendue au sens qu'il convient? D'ailleurs, le fait que le sanscrit ou le grec, etc., ont certainement passé par un état semblable à celui dans lequel se trouvent les langues des sauvages, composées d'à peine quelques centaines de mots, ne justifîet-ilpas l'hypothèse d'un accroissement graduel par multiplication des variantes phonétiques, et du procédé dérivatif qui, en expliquant l'origine de la plus grande partie du vocabulaire de ces langues, ne laissent qu'un résidu auquel s'applique, par analogie, le même mode d'explication?

« Des linguistes ont cru hardiment pouvoir déduire le point de départ du langage de la considération de la courbe fermée où nous le voyons tourner a. »

Mais l'admission de cette courbe, encore une fois, est une pure pétition de principes. L'auteur le reconnaît lui-même en déclarant, non sans avoir toutefois raisonné dans l'hypothèse contraire, que a le bon sens à lui seul, à défaut d'aucun document, indique que le langage, comme toute chose au monde, a dû avoir un commencement».

1 Op, cit., p. 26.

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a L'Académie des sciences morales, témoignant à nos disciples une estime dont Texagération même appelle notre gratitude (on ne saurait dire ces choses en termes plus galants!), se demandait ce que les œuvres les plus importantes de la philologie contemporaine avaient apporté de nouveau à la formation d'une philosophie du langage humain, — à peu près comme on pourrait rechercher dans quelle mesure l'hypothèse de Laplace est ébranlée ou confirmée par les fouilles les plus récentes des nécropoles de la Haute-Egypte*.»

L'Académie a pensé très justement, après Aristote, Locke, Leibnitz, Condillac, Stuart Mill, qu'il y a des rapports étroits entre la logique et le langage dont le dernier mot n'avait peut-être pas été dit. Elle avait tort sans doute de donner prise ainsi à la fine ironie des sceptiques, mais peuton contenter tout le monde et son père? Puis, on ne songe pas à tout. Si on lui avait appris plus tôt que les langues humaines ont une antiquité égale à celle du système solaire, elle se serait sans doute bien gardée de toucher à des choses que l'âge rend aussi sacrées.

A Id., ibid.

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Pour parler sérieusement, il n'est qu'une langue, celle de l'ancienne Egypte, dont on soit sûr qu'elle remonte au moins à cinq ou six mille ans. Rien ne prouve que les langues indo-européennes soient aussi antiques ^ Dans tous les cas, ni les documents écrits, ni les données de l'anthropologie, ni des analogies d'aucune sorte ne nous autorisent à croire qu'aucune des langues parlées sur la surface de la terre ait plus de huit ou dix mille ans d'existence. Rien n'empêche non plus, il est vrai, de supposer qu'il en est dont l'origine remonte à plusieurs centaines de siècles, mais c'est une hypothèse absolument en l'air.

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