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CHAPITRE M

Chez l'adulte, raslhme a généralement une symptomatologie nettement caractérisée ; chez l'enfant, au contraire, tout au moins chez le petit, il est souvent atypique, facilement confondu avec les affections aigurs des voies respiratoires, bronchites ou bronclio-pneumonies. Aussi Texistence de l'asthme chez l'enfant a été méconnue pendant longtemps, même par les meilleurs cliniciens ; l'observation de Trousseau est classique, qui, chez un enfant, ne reconnut l'existence de l'asthme qu'à la troisième crise. Actuellement ses diverses manifestations sont bien connues, grâce aux travaux de Hyde Salter (1850), de Trousseau, de Moncorvo (1885», de G. Sée (1885), de Parrot, de Brissaud, d'Hutinel, etc. 11 a été étudié dans les thèses de Markel (1901 ), Lemonnyer (1902), Barberin (1904).

Chez Venfantdèjà (jrand, de même que chez l'adulte, l'asthme consiste en accès de dyspnée à caractères spéciaux, qui surviennent brusquement à intervalles plus ou moins éloignés et ne s'accompagnent que secondairement d'un élément catarrhal d'intensité variable. Chez le jeune enfant, le spasme reste l'élément caractéristique, mais le catarrhe bronchique prend une importance beaucoup plus grande; au lieu d'être un phénomène secondaire, il est, le plus souvent, un phénomène primitif; au lieu d'être consécutif au spasme, il le précède, l'accompagne et lui survit. L'asthme n'a donc pas chez lui le môme caractère essentiel que chez l'adulte ; il a d'ailleurs des rapports intimes avec les asthmes dits symptoniatiques, liés à des états pathologiques de divers organes.

Quoi qu'il en soit, l'asthme est toujours conditionné par un terrain particulier, participant des diathèses et des névroses , qui réalise « une excitabilité exagérée ou pervertie des centres respiratoires bulbaires » (G. Sée). Celle-ci se traduit chez l'adulte par u des crises de dyspnée paroxystique, le plus souvent accompagnées de troubles vaso-sécrétoires des muqueuses des voies aériennes » (Brissaud), et chez l'enfant, plus habituellement, par des phénomènes inverses, c'est-àdire (( par des troubles vaso-sécrétoires des voies aériennes accompagnés de dyspnée paroxystique » (Hutinel et Paisseau),

Etiologie. — Bien qu'apparaissant surtout dans la jeunesse l'asthme est relativement fréquent chez Venfant; il l'est plus en tout cas que dans la vieillesse, où il est exceptionnel.

Il peut débuter dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la vie; il devient plus commun â partir de Ôou Sans. Le maximum de fréquence varie d'ailleurs avec les statistiques, ce qui tient vraisemblablement aux conditions d'observation où étaient placés les auteurs : il est noté entre 8 et 15 ans par G. Sée (30 fois sur 4^2), de 5 à 40 ans par Dauchez (18 fois sur 23), de 1 à 10 ans par Percepied.

L'asthme infantile s'observe avec une égale fréquence chez les filles et les garçons. Comme chez l'adulte il se rencontre surtout dans la classe riche et aisée.

L'hérédité constitue le facteur étiologique important. Elle est directe ou indirecte, similaire ou dissemblable. Les parents, et grands-parents ou les collatéraux peuvent être des asthmatiques, présenter des stigmates de neuro-arthritisme, être atteints de maladies par ralentissement de la nutrition ou d'affections nerveuses ; on retrouve chez eux soit la goutte, la gravelle, la migraine, l'obésité, le diabète, certaines dermatoses, etc., soit l'hystérie, la neurasthénie, l'épilepsie, la chorée, les vésanies, etc. L'enfant d'ailleurs a parfois présenté déjà lui-même quelques-uns de ces états pathologiques et fréquemment plus tard un ou plusieurs d'entre eux se substituent à l'asthme. J'ai signalé les rapports de l'asthme avec les vomissements périodiques (p. 184), qui peuvent se' succéder ou s^associer chez un même sujet, ou frapper isolément plusieurs enfants d'une même famille (Hutinel).

L'association de l'asthme avec les dermatoses, le prurigo, l'urticaire, l'eczéma est fréquente. L'eczéma peut précéder l'asthme de plusieurs années, puis lui faire place, ou alterner

avec lui (Taylor, Comby) ; ce sont d'ailleurs deux manifestations de Tarthritisme, qu'on a considérées comme deux exutoires susceptibles de se remplacer, l'asthme relevant d'une sorte d'exanthème des bronches (West, Duclos).

Quant aux causes déterminantes de l'accès d'asthme^ ce sont, chez l'enfant comme chez l'adulte, rinfluence du climat, de la température, de la pression barométrique, de l'humidité, des poussières, des odeurs, des impressions morales, etc., influence qui varie avec chaque sujet. Mais, chez l'enfant, ces causes minimes (asthme essentiel) sont en général insuffisantes pour provoquer l'accès d'asthme, et, chez lui plus souvent que chez l'adulte, interviennent les infections des voies respiratoires ; c'est à l'occasion d'un coryza, d'une laryngite, d'une bronchite, d'une grippe (Olinto de Oliveira ), que l'accès d'asthme apparaît ; à ce titre les affections, qui prédisposent à ces infections, telles que les végétations adénoïdes, jouent un rôle.

L'asthme de l'enfant est presque toujours provoqué par une cause apparente: il existe tous les intermédiaires entre l'asthme dit essentiel et les pseudo-asthmes ou asthmes symptomatiques d'alTections déterminées : asthme nasal (rhinites chroniques, hypertrophie des cornets, etc), asthme adénoïdien (p. li), asthme amygdallen, asthme ganglionnaire (adénopathies trachéo-bronchiques simples ou tuberculeuses), asthme dyspeptique (dilatation de l'estomac, dyspepsie gastrique, affections gastro-intestinales), asthme verminenx, asthme tiydrocéphaliqiie ( Comby t, asllinie cardiaque, asthme urémique, etc.

Un enfant atteint de ces afîections n'a de l'asthme que s'il possède une sensibilité spéciale de ses centres respiratoires (^Flutinel).

Physiologie pathologique. — Comme on ne meurt pas d'un accès d'asthme, l'anatomie pathologique est inconnue.

Le mécanisme de l'abcès est le suivant. Il se produit un spasme des muscles bronchiques (muscles de Reissessen) et des muscles inspirateurs extrinsèques : par suite les poumons sont remplis d'air au maximun et la contraction énergique de tous les muscles expirateurs, qui ne tardent pas eux-mêmes à entrer en état de spasme, ne suffit pas à le chasser. Cet état spasmodique est dû à une excitabilité exagérée ou pervertie des centres respiratoires bulbaires, qui tantôt est mise en jeu spontanément ou sous des influences légères {asthme

essentiel), tantôt est provoquée par des excitations périphériques ou des intoxications {asthme symptomatiqiie).

Symptômes. — Chez le jeune enfant, au-dessous de 4 ou 5 ans, le premier accès d*astlime peut être précédé, depuis plus ou moins longtemps, par certaines manifestations, telles que coryzas avecéternuements répétés, bronchites passagèi'es avec sibilances, revenant à intervalles plus ou moins éloignés.

L'accès d'asthme ne débute pas brusquement, la nuit, en pleine santé, sans phénomènes prémonitoires, comme chez l'adulte. Généralement l'enfant est déjà malade; il est enrhumé, a du coryza, tousse depuis quelques jours. Puis, soit le jour, soit la nuit, la dyspnée apparaît et atteint rapi dément son maximum : l'enfant est pâle, angoissé, abattu ; son visage et ses extrémités se cyanosent; les ailes du nez battent ; la respiration, loin de garder sa fréquence normale ou d'être ralentie, s'accélère; l'enfant, s'il en a la force, s'assied sur son lit et se cramponne aux barreaux pour faciliter l'action de ses muscles respiratoires. On entend à dislance le sifflement respiratoire. L'auscultation de la poitrine décèle des râles sibilants et ronflants, disséminés, variables, mêlés à des raies humides ; on n'entend pas de souffle; la sonorité reste normale ou est exagérée. Il n'y a pas de fièvre ou seulement une fièvre modérée (38"-38,5). Le cœur est rapide.

Cet état dure 24, 36, 48 heures, avec des rémissions et des recrudescences, pendant lesquelles l'asphyxie paraît imminente. Puis les symptômes s'amendent, la respiration devient plus libre, la cyanose et l'angoisse diminuent, la toux devient plus humide, quoiqu'elle ne s'accompagne pas d'expectoration; les urines, qui étaient rares et foncées, deviennent plus abondantes et plus claires; souvent apparaissent des sueurs. Peu à peu l'accès évolue vers sa terminaison ; mais celle-ci est lente et, pendant quelques jours, il persiste de la toux et des sibilances.

Tel est l'accès d'asthme chez le jeune enfant. 11 diffère donc notablement de ce qu'il est chez l'adulte. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer l'asthme chez Fenfant déjà grand, qui se présente avec les caractères classiques. Sans prodromes bien appréciables, l'enfant se réveille brusquement, au milieu de la nuit, en proie à une dyspnée intense, à une sensation de constriction angoissante de la poitrine ;

il s'assied sur son lit ou se lève, cherchant sa respiration, faisant effort de tous ses muscles respiratoires; l'inspiration est incomplète, l'expiration est lente, prolongée, sifflante, convulsive ; le nombre des respirations est normal ou diminué; la poitrine est dilatée, remplie de râles sibilants; il n'y a pas de fièvre; le pouls est peu modifié; l'angoisse est extrême; la face est injectée, couverte de sueurs ; l'asphyxie paraît imminente. Cependant, au bout de ^ ou 3 heures, l'oppression se calme peu à peu, le malade tousse, expectore des crachats spumeux, au milieu desquels on distingue les crachats perlés de Laënnec, et a une crise polyurique. Le lendemain, la respiration est redevenue normale. Mais les nuits suivantes, à la même heure, pendant plus ou moins longtemps, l'accès peut se montrer de nouveau, la succession de ces accès constituant Vatiaque d'asthme.

Variétés cliniques. — En dehors des deux types cliniques en rappoi't avec l'âge de l'enfant, qui viennent d'être décrits, on observe des variétés nombreuses, comme chez l'adulte. Elles tiennent à la durée de l'état de crise, à l'intensité delà dyspnée et du catarrhe.

La dyspnée peut être plus ou moins intense. A coté des formes caractéristiques, nettement dyspnéiques et spasmodiques, il en est d'autres où la dyspnée ne constitue qu'un élément atténué ou même manque. Ces formes torpide s se traduisent par du catarrhe bronchique avec toux légère, sans dyspnée notable, sans fièvre; elles ne sont guère reconnaissables que par leur coexistence avec des formes typiques dans la même famille et par leur périodicité ; elles s'observent d'ailleurs également chez l'adulte, constituant Vaslhme humide opposé à l'asthme sec. Chez le jeune enfant la distinction ne se pose pas à cause de l'importance habituelle de l'élément catarrhal.

Quelquefois à l'asthme s'associe le spasme de la glotte.

Marche. Terminaisons. Pronostic. — Rarement un accès d'asthme reste isolé. Généralement les accès se répètent à intervalles variables, tous les deux mois, tous les mois et même plus souvent, sans aucune régularité, pendant des années.

Cependant la maladie fiiîit par s'amender ou par se modifier. L'asthme de l'enfant est curable; il guérit d'autant mieux que le début a été plus précoce ; celui de la l""^ enfance s'atténue et disparaît plus vite que celui de la 2« enfance, et cç dernier que celui de l'adulte (Brissaud) ; généra-

NoBÉcouRT. — Précis de médecine des enfants. 31

lement l'asthme de l'enfant ne dépasse pas la puberté ou la jeunesse; il persiste exceptionnellement au delà de 23 ans.

Chez l'enfant comme chez l'adulte, l'asthme, quand il est suffisamment intense et répété peut conduire à Vemphyseme pulmonaire ; cependant ce dernier se développe moins' facilement chez lui, à cause de la vitalité plus grande du tissu élastique. L'emphysème, quand il apparaît, est une complication tardive, susceptible d'entraîner à sa suite la dilatation du cœur droit, l'insuffisance tricuspidienne, l'asystolie.

Comme autre conséquence, il faut citer la scoliose asthmatique (Brissaud), scoliose dorsale légère, qui se développe surtout chez les rachitiques.

La guérison de l'asthme de l'enfant n'implique pas d'ailleurs la guérison de Vétat diathésique, qui a présidé à son développement. 11 n'est pas rare de voir se substituer à lui Vépilepsie, Vangine de poitrine, la sciatique, le tic douloureux de la face, la migraine, la goutte, etc.

De toutes ces considérations il résulte que le pronostic de l'asthme infantile comporte certaines réserves. Sans doute il ne provoque pas la mort et est curable ; mais il peut laisser après lui l'emphysème et, en tout cas, il est la marque d'une constitution spéciale, qui expose l'enfant, dans un avenir plus ou moins éloigné, à toute une série d'affections.

Diagnostic. — 1° Diagnostic différentiel. — Le diagnostic de l'asthme, facile chez le grand enfant, est par contre souvent malaisé chez le petit. La dyspnée fait généralement penser à une broncho-pneumonie ou à une bronchite capillaire. Mais on est amené à reconnaître l'asthme par la disproportion qui existe entre Tintensité du trouble fonctionnel et le faible degré des signes physiques, par l'absence de souflle t de matilé, par l'existence de râles secs, peu nombreux, musicaux, variables, par l'absence ou le peu de fièvre, par la terminaison assez rapide de l'accès, par le retour des accès à intervalles plus ou moins éloignés, enfin par la connaissance des antécédents héréditaires du petit malade.

Les mômes considérations, le peu d'intensité de la fièvre, la rapidité d'évolution font éliminer la granulie à forme suffocante (p. 411).

Dans certains cas, on peut penser à des affections laryngée : laryngite diphtérique, laryngite striduleuse, œdème de la glotte. Les caractères de la voix et delà toux, les signes d'un obstacle laryngé font reconnaître ces dernières.

2'^ Diagnostic étiologique. — 11 s'agit de savoir si on est en présence d'un asthme essentiel ou cVun asthme symptomatique relevant d'un processus réflexe ou toxique.

En l'"^ ligne, se place Vasthme nasal ou pharyngien provoqué par l'hypertrophie des cornets, l'hypertrophie des amygdales, les végétations adénoïdes, les polypes, etc. On les reconnaît par les signes fonctionnels qu'entraînent ces affections et par la recherche de leurs signes physiques.

En "2*" ligne vient ïasthme ganglionnaire [Joal, (1891)] provoqué par les adénopathies trachéo-bronchiques, qu'on reconnaît à leurs symptômes habituels. Il s'agit soit d'adénopathies simples, soit d'adénopathies tuberculeuses; il faut toujours les rechercher et penser à l'existence possible de la tuberculose.

Quelquefois la syphilis héréditaire peut être mise en cause (Baginsky) ; en pareil cas, l'asthme est curable par le traitement spécifique.

En dehors de ces faits, c'est l'examen complet du malade qui conduit à reconnaître les autres variétés étiologiques.

Traitement. — Le traitement doit avoir en vue l'accès d'asthme et la maladie elle-même.

1"* Traitement de l'accès d'asthme. — 11 faut maintenir l'enfant assis dans son lit, dans une pièce aérée, envelopper ses membres inférieurs de bottes d'ouate, appliquer des ventouses sèches sur le thorax.

Au début de J'accès un vomitif (ipéca) a souvent une action favorable.

On utilise ensuite les médications antispasmodiques usuelles externes ou internes :

Aspiration des famées dues à la combustion de papier nitré ou de feuilles de certaines Solanées, jusquiame, stramoine, belladone, tabac, sous forme de cigarettes, de poudre ;

Inhalation de vapeurs de pyridine (G. Sée) ;

Ingestion de teinture de Lobelia inJJata (Moncorvo), de teinture de belladone, de teinture de drosera.

Si l'accès est violent et ne cède pas à ces moyens, on fait une injection sous-cutanée de morphine.

2° Traitement de la maladie. — L'enfant doit vivre dans un climat sec et tempéré, à une altitude moyenne. On l'accoutume peu à peu aux changements de température et on le couvre de façon modérée, pour aguerrir son organisme. Dans ce même but, on prescrit V hydrothérapie, sous forme

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d'affusians fraîches, de douches écossaises et ultérieurement de douches froides.

On prescrit le régime alimentaire indiqué par le terrain arthritique.

Le traitemeat médicamenteux a pour hase l'emploi de l'iode (Trousseau,. G. Sée) et de Varsenie, que l'Qn prescrit alternativement ou simultanément. L'iode est donné sous forme d'iodure de potassium ou de sodium, de sirop iodo-tannique pendant 3 semaines par mois. L'arsenic est prescrit pendant la 4* semaine du mois, sous forme d'arséniate de soude. L'iode et l'arsenic peuvent être combinés sous forme d'iodure d'arsenic (Rousseau Saint-Philippe).

On a encore conseillé la quinine, surtout quand la malaria peut être mise en cause (Moncorvo).

Enfin, à partir de 3 ans, les cures thermales ont de bons effets. On envoie les petits malades aux eaux, arsenicales de la Bourboule, du Mont-Dore, ou encore aux eaux sulfureuses des Eaux-Bonnes, de Cauterets, de Luchon, d'Uriage, de Saint- Honoré-les-Bains.

Le séjour au bord de la mer est généralement contre-indîqué; au cas d'adénopathies trachéo-bronchiques tuberculeuses, on peut conseillerjes plages du sud-ouest de la Bretagne, delà Vendée, de la Méditerranée.

Quand il s'agit d'asthme symptomatique, il faut traiter la cause: végétations adénoïdes, amygdales hypertrophiées; hypertrophie des cornets, adénopathies trachéo-bronchiques, troubles digestifs, etc. Mais on ne guérit pas ainsi toujours l'asthme, car le terrain persiste.

Les cardiopathies de l'enfance méritent une étude spéciale parleur fréquence et leurs particularités cliniques. Leur apparition sur un organe en voie de développement, les conditions anatomiques et physiologiques de l'appareil circulatoire, qui se modifient sans cesse pendant la croissance, en donnent l'explication.

Le cœur subit des transformations considérables depuis la naissance jusqu'à la fin de l'enfance.

Le poids passe de 20 ou "23 grammes à 125 grammes vers 16 ans, le volume de 20 ou 25 centimètres cubes à 120 ou 140 centimètres cubes vers 13 ans. D'une façon générale, le cœur est relativement plus pesant et moins volumineux chez les petits enfants que chez les grands. A partir 'de 12 ou 13 ans, un peu plus tôt chez les filles que chez les garçons, le poids du cœur, s'il reste dans un rapport constant avec la taille, est, proportionnellement à l'âge et au poids du corps, notablement moins élevé que chez les enfants plus jeunes, le volume du cœui^ est proportionnellement à l'âge, à la taille et au poids du corps, notablement plus grand.

L'augmentation du poids tient surtout à Fépaississement des parois du ventricule gauche. Celles du ventricule droit se modifient peu, tandis que sa cavité augmente. Aussi l'énergie de ce ventricule est-elle d'autant plus grande que l'enfant est plus jeune: ainsi s'explique la rareté de l'asystolie pulmonaire dans les premières années de la vie.

La largeur des orifices du cœur, le calibre des artères, qui augmentent relativement peu avec l'âge, facilitent la circulation artérielle dans l'enfance. Mais, au moment de la poussée de croissance de la puberté, les conditions de cette dernière se trouvent profondément modifiées par suite de l'allongement

des artères, que ne compense pas une augmentation proportionnelle du calibre, et de l'augmentation de la masse du sang. La pression artérielle s'élève et le cœur se dilate.

L'appareil cardio-vasculaire des enfants présente donc deux types bien tranchés suivant l'âge :

Avant 10 ou 12 ans, le cœur possède une grande masse et un petit volume ; ses orifices et les artères sont larges : la circulation est facile.

Pendant la puberté, de même que dans la jeunesse, le cœur possède une masse moindre et est plus volumineux; ses orifices et les artères sont relativement étroits ; la circulation est moins aisée.

Les transformations de l'appareil circulatoire pendant la grande enfance expliquent la fréquence des cardiopathies et leur gravité dans cette période de la vie ; les mêmes conditions se retrouvent d'ailleurs pendant la jeunesse où les transformations s'achèvent. Toutefois les conditions défavorables sont compensées par l'énergie contractile, la tonicité et l'élasticité des fibres cardiaques, éléments jeunes, qui n'ont pas subi les mômes causes d'altération que chez les adultes. Des prédispositions héréditaires ou acquises antérieurement modifient souvent,*il est vrai, cet état de choses.

Examen de l'appakeil circulatoire a l'état normal.

L'examen de l'appareil circulatoire chez l'enfant se fait par les mêmes procédés que chez l'adulte.

A. Cœur. — 1° Inspection. — L'inspection permet d'apprécier la conformation de la région précordiale. Les déformations rachitiques et les déviations de la courbure des côtes d'origine scoliotique sont fréquentes et ne doivent pas être attribuées à une augmentation de volume du cœur.

2° Palpation. Percussion. — Elles renseignent sur le siège de la pointe et sur sa mobilité, sur l'étendue et la forme de la matité précordiale. La percussion doit être faite légèrement à cause du peu d'épaisseur de la paroi thoracique et des bords antérieurs des poumons.

La pointe du cœur se trouve dans le 4* espace intercostal jusqu'à un an, puis derrière la 5« côte ouïe 5« espace, et, après 13 ans, dans ce dernier; elle est en dehors de la ligne mamelonnaire jusqu'à 4 ans, puis sur celle-ci et, après 9 ans, en dedans. Le mamelon constitue d'ailleurs un point de repère

sans fixité. De 10 à 14 ans, la distance de la pointe du cœur à la ligne médiane est approximativement le dixième du périmètre thoracique.

La pointe est très mobile dans les changements de position (décubitus latéral droit et gauche). Par suite de la minceur de la paroi thoracique et de l'énergie de la contraction cardiaque, le choc de la pointe est souvent fort et perçu sur une assez grande étendue de la région préventriculaire.

La surface de matité précordiale (matité relative ou grande matité), mesurée d'après le procédé de Potain, est en moyenne de 40 centimètres carrés à 6 ans, de 52 centimètres carrés à 12 ans, de 78 centimètres carrés à 17 ans (Potain et Vaquez). Ces chiffres m'ont paru souvent infé-

Fig. 86. — Matité précordiale d'un garçon de 7 ans *.

; 1 cm \

5 cote

Js coce

Flg 87. — Matité précordiale d'un garçon de 13 ans.

Fig. 88. — Matité précordiale d'une fille de 14 ans et demi.

rieurs à la réalité. Il faut noter en outre que le bord droit de la matité déborde le sternum de 5 ou 10 millimètres d'une façon d'autant plus appréciable que les enfants sont plus jeunes (fig. 86, 87, 88):

d° Auscultation. — Les foyers d'auscultation sont les mêmes

1. Les graphiques représentant la matité précordiale sont réduits à 1/4 de grandeur naturelle

que chez Tadiilte. Comme chez lui on entend à la pointe et à la base deux bruits, le premier systolique, le second diastolique, et à la pointe le premier est plus fort que le second ; mais, par contre, à la base on ne note pas, au moins dans les premières années, l'accentuation du second bruit, normale à un âge plus avancé, non plus que la prédominance du second bruit aortique sur le second bruit pulmonaire.

Les bruits du cœur sont aigus et se propagent dans une grande partie du thorax.

Le grand silence est plus court que chez l'adulte par suite de la fréquence des battements cardiaques; le rythme fœtal (égalité des deux silences et des deux bruits) est l'état physiologique chez le nourrisson.

Le dédoublement physiologique du second bruit est fréquent.

Les souffles inorganiques ne s'observent guère avant 3 ou 4 ans (Potain, Delabost, Hochsinger). Ils existaient 1 fois au-dessous de 4 ans, 5 fois sur 100 enfants de 5 ans, 25 fois sur iOO enfants de 6 ans, 40 fois sur 100 enfants de 7 ans (Hochsinger). Cependant on a trop insisté sur leur absence chez le nourrisson; elle n'est pas aussi absolue qu'on a dit et j'en ai assez souvent rencontré.

L'arythmie est fréquente jusqu'à 5 ou 6 ans (p. 496).

4° Radioscopie et radiographie. — La radioscopie permet de se rendre compte du volume du cœur, complétant ainsi les données de la percussion, du mode de contraction des diverses cavités, du déplacement de la point(\ qui atteint 1 centimètre (Variot et Chicotot). Le tracé du cœur, obtenu par la méthode orthodiagraphique, se rapproche de celui obtenu par la percussion ; en particulier, on aperçoit toujours nettement l'ombre des oreillettes à droite du sternum.

La radiographie est moins utile.

B. Pouls et pression artérielle. —La fréquence du pouls diminue avec l'âge. On compte en moyenne :

130 à 140 pulsations chez le nouveau-né. 125 à 130 — après 3 mois.

115 à 120 — après 1 an.

90 à 100 — de 2 à 8 ans.

80 à 90 — de 8 à 12 ans.

76 à 80 — de 12 à 15 ans.

La pression artérielle est difficile à mesurer avant 3 ou 4 ans. Au sphygmomanomèlre de Potain, elle est en moyenne,

d'après les chiffres de Potain, Durand-Viel, Gaujoux et mes observations personnelles :

1 à 4 ans. . . .

Avec le sphygmo-signal de Vaquez ysii constaté que la pression est en général inférieure (en moyenne de 1 cm. à 1 cm. 5 de Hg) à celle enregistrée avec l'appareil de Potain.

Les chiffres obtenus avec V oscilla mètre dePachon sont reproduits dans le graphique ci-contre (fîg. 89) d'après Mlle Kœssler.

D'une façon générale, chez les enfants, la faiblesse de la pression sanguine, l'énergie du cœur, la fréquence de ses contractions déterminent une circulation rapide et facile du sang, nécessaire à l'activité des combustions organiques. Ces conditions se modifient d'ailleurs peu à peu; pendant la grande enfance, le pouls se ralentit, la pression s'élève et le typecardio-vasculaire se transforme (p.

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^fln

Garçon

Filles

Fig. s9. — Courbes des pressions sanguines normales raaxima (Mx) et minima(Mn) enregistrées chez les garçons et chez les filles avec l'oscillomètre.

Les c8iT6iop3Lth.ies de Venfànce sont les unes congénitales, les autres acquises. Les premières, bien que persistant parfois jusqu'à l'âge adulte, sont d'autant plus communes que les sujets sont plus jeunes ; elles sont variées et complexes. Les secondes sont presque exclusivement d'origine infectieuse ; elles sont rarement dues aux intoxications, dont le rôle est si important plus tard ; ce sont des endocardites, des péricardites, des myocardites aiguës ou chroniques. Souvent on observe des hypertrophies et des dilatations du cœur, des troubles du rythme cardiaque indépendants de lésions caractérisées.

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