II. — Hématurie
L'hématurie, c'est-à-dire le pissement de sang pur ou de sang mélangé à l'urine, est un symptôme qu'il n'est pas rare de rencontrer chez l'enfant. Si, d'une façon générale, son étiologie et sa pathogénie sont les mêmes que chez l'adulte, elle présente cependant chez lui un certain nombre de particularités.
Symptômes. — Chez le nourrisson, l'attention est attirée parles taches rosées, rouges ou noirâtres, que présentent les langes.
Chez les enfants plus grands, Turine émise est plus ou moins colorée suivant la quantité de sang qu'elle renferme et la durée de son séjour dans la vessie : la coloration varie du rose au rouge vif et au rouge foncé tirant sur le noir. Suivant les cas, par le repos, la coloration reste uniforme ou bien il se forme un dépôt seul coloré. Au microscope, on constate la présence dliénialies plus ou moins déformées. II y a de Valbiimine, tantôt en rapport avec la quantité de sang, tantôt en proportion supérieure à cette dernière.
Les autres caractères de l'urine dépendent de la cause de l'hématurie.
Il y a des licinataries liistohijuiues, qui ne se traduisent pas par la coloration des urines, mais se reconnaissent par Texamen microscopique du culot de centritugation et les réactions chimiques, la réaction de Meyer notamment.
Diagnostic. — L'hématurie n'est qu'un symptôme. Il convient d'en reconnaître l'existence, le point de départ et la cause.
A. Diagnostic différentiel. — 1° On reconnaît par la présence des globules rouges au microscope, au besoin par l'examen spectroscopique et l'analyse chimique, que la coloration de l'urine est bien due au sang et non pas à certaines substances médicamenteuses éliminées par l'urine (rhubarbe, séné, semen-contra, phénol, salol, etc.), ou à la bile. La présence des hématies distingue l'hématurie de Vhémoqlobinurie (p. 570).
2° On s'assure qu'il s'agit bien d'une hématurie et non d'une uréirorragie, auquel cas le sang suinte goutte à goutte par l'orifice urétral en dehors des mictions, d'une hémorragie vulvaire, vaginale ou utérine, d'une menstruation précqce,
B. Diagnostic de l'origine du sang. — L'hématurie reconnue, on recherche si le sang vient de la vessie, de l'uretère ou du rein, en se conformant aux règles qui n'ont rien de spécial à l'enfance. On est d'ailleurs aidé dans cette localisation par les symptômes de la maladie causale.
C. Diagnostic étiologique. — Il se fait en passant en revue les différentes causes' d'hématuries. Celles-ci peuvent être locales, générales ou indéterminées.
1" Hématuries de cause locale. — Quand le sany provient de la vessie, l'hémorragie peut être due à un traumatisme (coup ou chute sur le périnée, fracture du bassin), à une cystite, à un calcul vésical, à la tuberculose, exceptionnellement à un néoplasme.
Quand le sang vient du rein, l'hémorragie peut être attribuée, en dehors des Iraumatismes, à la lithiase rénale, aux néoplasmes, à la tuberculose, à une néphrite aiguë, subaiguë ou chronique, à un infarctus du rein, à une thrombose des veines rénales, à la maladie bronzée hématurique des nourrissons, quelquefois au rein mobile.
Les caractères de ces hématuries et les symptômes qui les accompagnent sont étudiés avec les maladies qui les provoquent.
Quant aux hématuries parasitaires, dues à la Bittiarzia hœmatobia, à la Filaria sanguinis hominis, au Strongle géant, elles s'observent uniquement dans les pays chauds.
2" Hématuries de cause générale. — Elles constituent habituellement un épiphénomène au cours d'une maladie générale et s'accompagnent presque toujours d'autres hémorragies. Dans nombre de cas d'ailleurs, elles sont dues à des néphrites tiémorragiques.
Elles apparaissent dans les /ormes hémorragiques des maladies infectieuses (scarlatine, variole, rougeole, fièvre typhoïde, diphtérie, etc.); — dans les maladies hémorragipares (scorbut, purpura, maladie hémorragique des nouveau-nés, leucocylîémie, hémophilie); — dans certaines maladies de^la peau (pemphigus, eczéma, impétigo, gale, etc.).
Dans cette classe rentrent les hématuries toxiques survenues à la suite de l'usage externe de l'eau phéniquée (Comby), de l'abus des bains sulfureux (Barthez et Sanné, Monti).
3" Hématuries de cause indéterminée, hématuries essentielles. — Ce sont des hématuries dont la cause échappe, même alors que le rein peut être exploré au cours d'une
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iiiterventioiî chiriiigicale. Ces faits, qui ne sont d'ailleurs pas spéciaux à renfance, ne sont pas exceptionnels. Les enfants ont périodiquement des hématuries plus ou moins abondantes, qui surviennent sans cause occasionnelle, et sont susceptibles à la longue d'entraîner un état d'anémie acc£ntué (Dieulafoy, Durando-Durante, etc.). Peut-être faut-il rattacher un certain nombre des cas à l'hémophilie (Broca).
Dans ce groupe rentrent les hématuries congénitales décrites par Attle (1901), Guthrie (1902), etc. Elles apparaissent peu après la naissance et persistent quelquefois très longtemps, jusqu'à l'âge adulte, avec des rémissions et des exacerbations ; celles-ci, souvent fébriles, sont provoquées par un refroidissement, un rhume, l'ingestion de certains aliments ou de certaines boissons. Elles sont héréditaires et familiales, frappent la mère et plusieurs de ses enfants. Leur cause est inconnue.
Pronostic. — Le pronostic dépend de Vabondance de l'hématurie et de sa cause. Il varie donc pour chacune des affections que j'ai passées en revue.
Traitement. — Le traitement est médical et cliirargical.
Médical. — On prescrit le repos au lit, le régime lacté absolu, les applications de ventouses sèches ou scarifiées sur la région lombaire, la vessie de glace sur l'abdomen, l'ergotine, l'adrénaline, le tanin, etc.
On fait le traitement de l'affection causale. Dans les hématuries essentielles, la térébenthine a eu quelquefois de bons effets.
Chirurgical. — Il trouve des indications dans les causes de l'hématurie.