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VI. — polyadénopathie

Les ganglions des enfants, sauf ceux des tout petits, réagissent aux infections avec une intensité particulière, car ils sont en pleine période d'activité (p. 623). Non seulement chaque groupe ganglionnaire, superficiel ou profond, est touché par les inflammations portant sur les territoires correspondants de la peau, des muqueuses ou des organes, mais encore les groupes plus ou moins éloignés sont intéressés.

L'étude des adénopathies localisées doit être faite avec les infections aiguës ou chroniques des organes auxquels sont rattachés les divers groupes de ganglions.

Une place à part appartient aux adénopathies tuberculeuses cervicales (p. 412) et trachéo-bronchiques (p. 452). Le développement des adénopathies, au cours des infections banales, est souvent exagéré chez les enfants dont les ganglions sont modifiés antérieurement par la tuberculose ou la syphilis (Hutinel).

La polyadénopathie a une importance spéciale et mérite une étude à part; elle est due à l'infection ou à l'intoxication générale de l'organisme ; elle peut être aiguë ou chronique.

A. — Polyadénopathie aiguë. — L'inflammation simultanée ou successive de plusieurs groupes ganglionnaires se produit dans un grand nombre de maladies infectieuses : scarlatine, rougeole, rubéole, varicelle, érysipèle, diphtérie, fièvre typhoïde, peste, etc. Elle est surtout manifeste dans celles qui s'accompagnent de multiples manifestations cutanées et muqueuses. Dans la rubéole elle constitue un symptôme utile pour le diagnostic.

Les ganglions profonds du médiastin et du mésentère, les ganglions superficiels cervicaux, inguinaux, axillaires se tuméfient. Les premiers donnent lieu à des symptômes particuliers, les seconds sont plus ou moins gros et douloureux.

Habituellement les adénopathies rétrocèdent avec la maladie]causale. Elles ne suppurent que dans des cas particuliers.

Fièvre ganglionnaire. — Cette dénomination a été attribuée par Emil Pfeiffer (1889) à un syndrome, sinon à une maladie, qu'il est assez commun d'observer chez l'enfant.

La fièvre ganglionnaire débute assez brusquement, comme une infection aiguë, par de la fièvre (39M0°), de l'agitation, quelquefois de l'anorexie et des vomissements. Puis les mouvements du cou et la déglutition deviennent douloureux, parfois même apparaît un véritable torticolis ; en même temps les ganglions cervicaux situés le long du bord postérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien et moins souvent ceux situés le long du bord antérieur se tuméfient.

Généralement, au bout de 1, 2 ou 3 jours, la température tombe et Tadénopathie régresse. Assez souvent la fièvre persiste pendant 8 ou 10 jours, le 'foie et la rate grossissent ainsi que parfois les ganglions axillaires, inguinaux, trachéobronchiques, mésentériques. Dans certains cas l'affection revêt une marche subaiguë et se prolonge avec des rémissions et des exacerbations pendant plusieurs semaines ; je l'ai vue durer plus de 40 jours (fig. 121).

Fréquemment, au début, on observe de la rougeur des amygdales et surtout des symptômes d'inflammation de Vamygdale pharyngée (p. 81) ; mais ces phénomènes locaux peuvent être très atténués et passer inaperçus. Il n'est pas rare de constater pendant l'évolution de Valbuminurie simple ou accompagnée d'autres signes de néphrite aiguë.

POLYADEXOPATHIE

Les ganglions ne suppurent pas, même dans certains cas rares, où il s'agit d'une véritable forme pseiido-phlegmoneuse.

La nature de la fièvre ganglionnaire a été très discutée. 11 ne paraît pas s'agir d'une infection spécifique, mais d'une infection banale par des streptocoques, des pneumocoques, etc. Le point de départ en est le plus souvent la muqueuse pharyngée, prédisposée par l'hypertrophie du tissu lymphoïde

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Fig. 121.— Fièvre ganglionnaire à évolution subaigiit

(p. 74). Mais la localisation de l'infection et sa persistance au niveau des ganglions n'en sont pas moins intéressantes au point de vue clinique.

Le diagnostic est parfois délicat. On peut penser à un torticolis, à des oreillons, etc. La fièvre, quand elle se prolonge, en impose parfois pour la tuberculose; il est probable que celle-ci est responsable d'un certain nombre de faits étiquetés fièvre ganglionnaire; j"ai vu des enfants avoir par la suite, quelquefois au bout de plusieurs années et même dans la jeunesse, des évolutions tuberculeuses. Parfois la fièvre simule la fièvre typhoïde. On cherche à éliminer ces affections par les procédés de diagnostic habituels.

B. — PoLYADÉNOPATHiE CHRONIQUE. — Ou distiuguc uuc micropadénopattiie et une macropolyadénopathie .

La macropolyadénopathie n'est pas spéciale à l'enfant Elle s'observe dans la lymphadénie, dans la syphilis, la tuber-. culose, les injections cutanées (impétigo, prurigo, etc.). Elle peut s'acconipagner de splénomégalie. L'examen du sang

NoBÉcouRT. — Précis de niédecine^des enfants. 42

doit toujours être pratiqué pour apprécier ses rapports avec la leucémie (p. 635).

Dans ce groupe rentre la scrofule, affection caractérisée par des adénopathies multiples, à prédominance cervicale, qui peuvent suppurer, et sont le plus souvent de nature tuberculeuse. Il s'y associe de Vhypertrophie du tissu lymphoide du pharynx avec les infections qu'elle entretient (p. 74), des accidents oculaires (conjonctivites, blépharites,etc.),qui en sont aussi la conséquence, de Veczéma, de Vimpétigo, etc. Il s'agit, en somme, d'infections souvent tuberculeuses, évoluant sur un terrain spécial, le terrain lymphatique. Parfois la prédisposition à la tuberculose ganglionnaire est réalisée par l'hérédo-syphilis.

La micropolyadénopathie s'observe exclusivement chez l'enfant. Elle a été considérée comme un symptôme de tuberculose par Legroux (1888), Grancher, Hutinel et Mirinescu (1890) ; Lesage et Pascal (1893) décrivent même une forme spéciale de tuberculose ganglionnaire généralisée. Plus tard Potier (1894) montre qu'elle s'observe non seulement dans la tuberculose, mais encore dans les cachexies d'origine syphilitique,gastro-intestinale, broncho-pulmonaire, pyodermique.

La micropolyadénopathie se rencontre principalement audessous de 2 ans, plus rarement de 2 à 6 ans, exceptionnellement plus tard. Elle n'existe pas dans Vathrepsie des enfants âgés de moins de 3 mois. Dans Vhérédo-syphilis elle est rare.

Dans la tuberculose, les ganglions renferment parfois des granulations ou des tubercules ; plus habituellement ils présentent des réactions histologiques banales et ne tuberculisent pas le cobaye ; il s'agit d'une véritable sclérose ganglionnaire qui constitue un processus de défense de l'organisme contre le poison tuberculeux (Potier). Dans les autres affections, ils présentent des lésions d'inflammation banale.

Cliniquement on trouve au cou, aux aisselles, aux aines, de petits ganglions durs, arrondis, gros comme des pois ou des grains de plomb, roulant sous le doigt, indolores el ne s'accompagnant d'aucune réaction inflammatoire du tissu voisin. Ils se développent d'une façon lente, insidieuse.

La valeur diagnostique de la micropolyadénopathie dc.oule de ce qui vient d'être dit. Par elle-même, elle ne comporte ni pronostic ni traitement.

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