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I. Définition et étiologie

Le carbone, en s’unissant à l’hydrogène, forme des gaz hydrogène carboné et bicarboné qui doivent être connus du médecin expert.

ASPHYXIE PAR LE GAZ D’ECLAIRAGE

V hydrogène carboné ne peut entretenir ni la combustion ni la respiration. 11 se produit pendant la décomposition des matières organiques. On le rencontre très fréquemment dans la nature, et c’est ainsi qu’il peut produire des accidents. CTest lui qui s’échappe de la vase des marais, qui, sous le nom de grisou, se répand dans l’intérieur des houillères. Il sort de terre pour former les feux naturels, les fontaines ardentes et les rivières inflammables, les salues ou volcans d’air.

L'hydrogène bicarboné est, comme le précédent, touours gazeux : c’est un produit de l’art.

En l'an VII de la République, Philippe Lebon annonça à l’Institut qu’il serait possible de faire servir à l’éclairage des maisons les gaz combustibles qui se produisent pendant la combustion du bois; le 28 septembre 1799, il prenait un brevet d’invention, et au mois de thermidor an IX, il publiait un mémoire sous ce titre : Thermolampes ou poêles qui chauffent, éclairent avec économie, et offrent, avec plusieurs produits précieux, une force motrice applicable à toute espèce de machine. Philippe Lebon distilla d’abord du bois. Les Anglais Murdoch et Winsor perfectionnèrent son procédé et se mirent à distiller de la houille. Cette admirable découverte de notre compatriote, traitée au début de ridicule par le grand chimiste II. Davy, regardée avec méfiance par les meilleurs esprits, est devenue à notre époque le procédé le plus convenable d’éclairage public.

La bouille en se décomposant donne du coke, de l’eau ammoniacale, du goudron et un mélange gazeux. La composition du gaz d'éclairage étant essentiellement variable et complexe, on a recherché quelle était la cause particulière des accidents, aün d’éliminer cet agent par des procédés d’épuration convenables. Des recherches ont été faites sur ce point par les professeurs Layet et Jolyet de Bordeaux, ils ont démontré d’abord que le gaz d’éclairage lue par 1 oxyde de carbone qu’il contient ; mais cet agent est-il le seul toxique? Le gaz livré à la consommation renferme encore de V hydrogène dans la proportion do 50 à 50 pour 100 en volume; or Grehant a démontré que ce n était point un gaz toxique ; du gaz des marais , environ

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de 35 à 43 pour 100 : celui-ci n'est pas toxique mais simplement irrespirable; des hydrocarbures éclairants ethylène et propylène, 4 à 10 en moyenne pour 100. Or l’éthylène n’est pas toxique d’après ces expérimentateurs. Ajoutons que nous croyons qu’il convient d’étudier la toxicité des mélanges gazeux.

Avant de livrer ce gaz à la consommation, on le soumet à une opération physique et chimique qui a pour but de le débarrasser de l’ammoniaque, des matières bitumeuses, du sulfure de carbone et. surtout de l’acide sulfhydrique qui sont en excès. Du dépurateur chimique, le gaz-lumière, le gaz liglh, se rend dans le gazomètre et de là dans les tuyaux de distribution.

Entre le gazomètre et les conduits est un régulateur de pression qui laisse écouler le gaz avec une pression régulière ou permet de régler celle-ci. Sur le trajet des conduits se trouvent des siphons qui servent à recueillir l’eau dont le gaz est toujours chargé. C’est souvent par eux (accidents de Strasbourg et d’Albi) que le gaz s’échappe.

Le gaz arrive ensuite aux appareils de combustion ou brûleurs1. Les meilleurs brûleurs sont ceux qui sont munis d'un bec en porcelaine, surmonté, comme dans le nouvel Hôtel-Dieu, d’un appareil fumivore qui porte au dehors tous les pi’oduits de la combustion.

' Un mètre cube àegaz light exige 10 mètres cubes d'air pour sa combustion. Un bec de gaz peut consommer dans une heure 125 litres de gaz. Le siphon, par son diamètre, équivaut à 500 becs. En France il se produit annuellement 550000 000 de mètres de gaz ; près de la moitié de la consommation a lieu dans le département de la Seine. En Angleterre la consommation est plus considérable : à Londres seul, en 1876, il a été produit plus de 400 000 000 de mètres cubes. Les tuyaux sont placés de O™, 60 à 1”,60 sous terre. A Paris, il y a 4000 kilomètres de tuyaux. Quel que soit le soin, l’ajustage n’est pas parlait : d’où perte et fuite annuelle de 7 °/0 de la production annuelle. Dans quelques usines le coulage va jusqu’à 15 et 20 °|0. A Paris il se perd 15 000 000 de mètres cubes de gaz dans le sol, à Londres plus de 40 000 000. C’est, on le voit, une infection grave du sol qu se prépare peu à peu.

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Le gaz d’éclairage peut provoquer deux sortes d’accidents : il fait explosion, il provoque l’asphyxie. Quand il y a fuite du t/az, qu’un conduit est mal fermé, le gaz s’infiltre dans le sol ou se répand dans l’atmosphère et lui communique une odeur caractéristique qui avertit aussitôt du danger. Cette odeur, déjà perceptible dans un mélange à ^r„, est très sensible à Si proportion augmente, l’odeur devient insupportable ; à l’explosion a lieu, si l’on approche avec une bougie. L’asphyxie se produit avant qu’il y ait un auss grand excès de gaz. M. Tourdes fait remarquer que les propriétés odorantes du gaz offrent une telle garantie pour la sécurité publique qu’elles deviennent une qualité que l’on ne devra jamais lui laisser enlever. L’analyse chimique n’indique que du gaz d’éclairage tandis que Codeur de ce gaz est perceptible jusqu’à Mais à travers le sol le gaz perd son odeur, s’épure, c’est-à-dire se débarrasse des hydrocarbures denses auxquels il doit précisément cette odeur. Le CO au contraire filtre sans déperdition, ainsi que l’ont prouvé les expériences de liifel et de Poleck. Le pouvoir absorbant du sol n’est d’ailleurs pas indéfini, il se sature et alors ou le gaz brûle en nature ou bien son odeur peut être perçue. Le gaz parcourt ainsi à travers le sol de grandes distances. ARoveredo, 10'", 5 ; à lîreslau, I0m,75 et même 55 mètres; à Cologne, 50 mètres. Donc le gaz peut provenir d’une fuite extérieure même éloignée, s’infiltrant peu à peu sous le sol et aspiré, pour ainsi dire, par la chaleur de l’habitation. Pettenkofer, qui s’est occupé de ce sujet à l’Exposition de Berlin en 1884, affirme que les accidents d’empoisonnement par le gaz d’éclairage se comptent par milliers. Il insiste sur cette sorte de succion dont

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nous venons de parler et qu’il appelle la Grundluft. Nos maisons sont comme d’énormes ventouses qui pompent les gaz du sol, et il y a d’autant plus facilement aspiration que la différence de température est plus grande entre l’air des appartements et l’atmosphère extérieure. Ce sont ces cas qui sont les plus difficiles à diagnostiquer et passent le plus facilement inaperçus. Pettenkofer cite le cas d’un jeune homme ainsi intoxiqué et qui était soigné pour une fièvre typhoïde. Dans un autre fait raconté par llofmann, on attribua la mort à une plaie de tête alors qu’elle était produite par cet empoisonnement.

Il est encore à craindre que, si le gaz s’introduit dans les usages domestiques , on n’ait à observer les mêmes phénomènes. 11 semble môme que l’emploi de celui-ci dans des appareils de chauffage soit capable de déterminer certaines maladies ou intoxications chroniques, encore mal caractérisées, mais dont a constatation certaine, lors d’une expertise, peut soulever des questions de responsabilité ou de dommages-intérêts *.

1 Asphyxie d’une famille de trois personnes à Albi, 1874. Causse (Ann. d’hyg., t. LXIV, 1875), avec l’indication bibliographique des faits publiés antérieurement. — Un fait arrivé à Lyon, dans la nuit du 20 au 21 décembre 1879, rue de Vendôme : le père, la mère et un enfant de 12 ans furent trouvés inanimés; les deux premiers ont succombé. — De l'éclairage et du chauffage par le gai : Kuhlmanu (Ann. d'hyg., 1876, p. 167). — Des altérations déterminées dans l’atmosphère des appariements par l’usage des appareils de chauffage au gaz : lludclo (Ann. d’hyg., 1876, p. 528). — L’article Gaz d’éclairage, du Dictionnaire de Dechambre, par le professeur Layet.

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