‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 130 sur 237 · ACASSAGNE · texte numérisé non relu

ACASSAGNE

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peur et provoquer ainsi l’anesthésie sans réveiller le dormeur? 11 est arrivé à cette conclusion, que nous avions déjà donnée dans noire Mémoire : qu’il est possible avec de l’habitude, de l’habileté et un bon chloroforme, d’anesthésier par ce liquide des personnes endormies du sommeil naturel. Les enfants surtout sont facilement endormis. L’expert doit donc déclarer qu’il est possible, sinon facile.

Dans certains cas, on peut avoir à reconnaître si l’anesthésie est volontaire (suicide, imprudence) ou forcée. On tiendra compte des circonstances extérieures et des renseignements qu’on aura recueillis.

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D’après la plupart des ouvrages classiques, l’étude de la toxicologie paraît la partie la plus longue, la plus difficile et la plus compliquée de la médecine légale. Ce chapitre, écrit en général avec la collaboration d’un chimiste, est surchargé de formules, de réactions, de descriptions d’appareils et d’instruments qui inspirent ordinairement au médecin la conviction que la connaissance des uns ou- le maniement des autres est tellement compliqué, qu’il est dangereux, en toutes circonstances, d’accepter une expertise et de prêter à la justice le concours dont elle a besoin. Je crois même, pour ma part, que c’est à cette tendance envahissante de la chimie dans les expertises qu’il faut attribuer le peu de goût et même la résolution systématiquement prise par beaucoup de médecins d’éviter toute expertise médico-judiciaire,

Quelques procès retentissants ont mis en lumière le grand talent de savants remarquables qui, comme Or-

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fila, Slas, etc., ont pu retirer du corps de la victime le poison lui-même et le présenter aux juges. Il a semblé même qu’il devait en être ainsi pour tous les cas et on a pu croire et dire que tant qu’on ne trouvait pas le poison, il n’y avait pas empoisonnement. On ne saurait assez s’élever contre cette manière de voir. Qui oserait, à notre époque, affirmer qu’un individu n’a pas été empoisonné parce que ses organes ne présenteraient aucune trace de poison à l’examen chimique?

Une expertise médico-judiciaire, dans un cas d’empoisonnement, est double et elle doit être confiée à deux experts : un médecin et un chimiste. Le médecin apprécie la clinique ou les symptômes de l’état morbide, les lésions produites: il met de côté les matières ou les organes qui doivent être soumis à l’expertise chimique. Le chimiste recherche, à l’aide des procédés qu’il juge convenables, si ces parties confiées à son examen renferment des substances anormales.

Si tout médecin doit connaître l’action des principaux poisons sur l’organisme, les désordres qu’ils occasionnent et le moyen de les combattre, il peut ignorer les méthodes ou les procédés de recherche adoptés par les chimistes. Qui ne sait, d’ailleurs, que la théorie, dans ces cas, ne suffit nullement et qu’il faut y joindre absolument l’habitude et la pratique convenables à ces sortes d’opérations.

Dans l’étude que nous allons faire de l’empoisonnement, nous nous occuperons spécialement de mettre en lumière les connaissances que le médecin doit avoir. Si nous décrivons brièvement certains procédés chimiques, comme l’appareil de Marsh ou autres, c’est

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plutôt pour les rappeler au médecin que pour l’engager à s’en servir. D’ailleurs, il ne nous coûte pas d’avouer que nous avons complètement négligé la chimie légale, parce que nous ne la savons pas.

« L’empoisonnement, dit Tardieu1, est une cause de mort violente et doit être étudié comme tel au même litre que la strangulation, l’asphyxie, les blessures de tous genres. Le poison est une arme aux mains du criminel, et rien de plus. Il n’existe qu’à la condition d’avoir agi ; il ne se révèle et ne se définit que dans ses effets, c’est-à-dire dans l’empoisonnement. Il en résulte que la médecine légale, appelée à rechercher et à déterminer la cause de toute mort violente, doit partir du fait de l’empoisonnement et non de la notion du poison, et qu’elle ne s’occupera de celui-ci, de son état, de sa nature et de ses caractères physiques ou chimiques, que secondairement, tout comme dans un assassinat commis à l’aide du poignard ou du pistolet, l’expert examine l’arme meurtrière, la rapproche de la blessure et la compare avec les lésions. »

Certaines substances minérales ou organiques délétères, introduites dans l’organisme, déterminent un état morbide spécial auquel on donne le nom d’empoisonnement.

Le Code pénal définit l’empoisonnement, et indique le but et les limites de toute expertise.

Les empoisonnements sont le fait d’accidents, de suicides ou de crimes.

L’empoisonnement accidentel est le résultat d’erreurs

* Élude médico-légale sur l'empoisonnement , par Tardieu e Houssin, Paris, 1867.

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dans l’administration de substances médicamenteuses , erreurs dans la prescription ou dans la livraison d un médicament, substitution d’une subslance toxique à une substance alimentaire.

Le suicide n’emploie pas les mêmes poisons que l’homicide. C’est ainsi que l’opium et ses dérivés sont préférés aux substances adoptées par les criminels. Sur 56,275 suicides relevés dans les comptes rendus de la justice, de 1865 à 1876, nous en trouvons 1159 produits par le poison (714 hommes et 445 femmes).

L’empoisonnement est l’arme des lâches. Il est surtout commis par ceux qui approchent de près la victime et ne peuvent lui inspirer aucun soupçon. Les statistiques montrent en effet que les accusés comptent plus de femmes que d’hommes et que le nombre des substances toxiques employées par les criminels est très-restreint.

J’ai dressé le tableau des cas d’empoisonnement constatés judiciairement pendant quarante-cinq ans (de 1835 à 1880). Ce qui nous permet d’apprécier d’une manière exacte les rapports de ce crime avec les autres genres de morts violentes, en même temps qu’il nous fournit des appréciations importantes sur les accusés et sur les substances vénéneuses employées dans l’empoisonnement criminel.

Un premier fait ressort des statistiques, c’est que le nombre des empoisonnements criminels en France va toujours en diminuant, ainsi que le prouve le tableau précédent.

Quant à la nature du poison employé, la statistique montre que les criminels se servent à peu près toujours des mômes agents toxiques. En 45 ans, il n’y a

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eu que quarante-sept substances administrées comme poisons. Ce chiffre est bien insignifiant si on le compare au nombre des substances qui sont douées de propriétés toxiques, et cependant il faut encore le diminuer de toutes les substances qui n’ont été employées qu’une ou deux fois, c’est-à-dire d’une manière tout à fait exceptionnelle. En France, ceux qui veulent donner la mort par le poison n’emploient que six ou sept substances : le phosphore, l’arsenic, les sels de cuivre, l’acide sulfurique, les cantharides, la strychnine. Cette dernière ne figure que depuis quelques années dans les statistiques et déjà elle y a acquis une place importante.

Si l’on compare ensuite l’ensemble des deux périodes indiquées par notre tableau, on arrive aux résultats suivants, dont l’importance ne saurait échapper aux magistrats ou aux médecins.

Il y a moins d’empoisonnements criminels, en France depuis vingt ans; le chiffre moyen annuel a baissé de plus de moitié (14 au lieu de 31).

La diminution qu’on relève à son égard est très sensible et s’est produite graduellement. Sept fois sur dix il est commis par des femmes, 43 pour 100 des empoisonnements ont pour cause des dissensions domestiques; 24 pour 100 sont accomplis par des mères sur leurs enfants en bas-âge; l’adultère en provoque 10 pour 100 et la vengeance 9 pour 100; enfin 9 pour 100 sont inspirés par la cupidité et 5 pour 100 par un amour contrarié. Les trois dixièmes seulement ont lieu dans les villes. Il faut encore faire remarquer que des substances toxiques des plus dangereuses et qui n’avaient pas encore figuré dans les statistiques se trouvent actuellement : digitaline, strychnine, acide

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prussique. Il semble que, de nos jours, les poisons végétaux tendent à remplacer les poisons minéraux, adoptés autrefois presque exclusivement par les criminels.

Classification. — Il faut faire remarquer qu’une classification qui peut rendre de grands services dans l’exposition d’un cours complet sur la matière devient tout à fait inutile dans la pratique. Aussi les différents essais qui ont été proposés ont-ils été basés sur la nature du poison ou sur son action. Les premières tentatives furent faites par Pleuck en 1785, par Mahon en 1801. Fodéré proposa une classification basée sur l’action des poisons, qui fut plus tard modifiée par Orfila.

Taylor essaya de diviser les substances toxiques d’après leur action sur tel ou tel système organique. Notre regretté et savant ami, Martin-Damourette, exposait dans son cours une action semblable des substances toxiques.

« Il y a, dit-il, deux actions très nettes. Les unes irritent, enflamment, corrodent, désorganisent les tissus; les autres ne produisent que peu ou aucun de ; ces effets, elles tuent par absorption. Les poisons, à part les désorganisations, ne peuvent agir qu’en tuant les hématies, la fibre musculaire, l’élément nerveux. La mort arrive par cessation des phénomènes chimiques de la respiration (poisons respiratoires), de l’action du cœur (syncopal ou musculaires). C’est que l’on meurt en effet par un de ces trois appareils. Il y a des poisons du sang et de la nutrition : ils sont stéatogènes ; il y en a de cardio-musculaires; il y en a qui agissent sur les nerfs, ils tuent par asphyxie. »

Le docteur Rabuteau a cherché comme ces savants

STATISTIQUE DE l’ëMPOISONNEMENT CRIMINEL EN FRANCE DE 1825 A 1880

TOTAUX de ces

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