II. Symptômes généraux, diagnostic, traitement
La classification que nous venons fie présenter a montré la variété des effets des différentes espèces de poisons. Les substances toxiques ont cependant quelques traits communs. C’est ainsi que presque toujours les troubles des fonctions digestives font brusquement leur apparition, et ils sont bientôt accompagnés de désordres du côté des grands appareils. La marche dans l’apparition de ces différents symptômes est très variable, mais peut cependant permettre de classer les poisons d’après leur rapidité d’action. Les substances toxiques peuvent d’ailleurs s’introduire dans l’organisme par trois voies différentes ; la peau, les muqueuses, le tissu cellulaire. On distingue des empoisonnements suraigus (la mort peut arriver en quelques instants), des empoisonnements subaigus (les symptômes sont moins violents, il y a des rémissions, des alternatives diverses et la terminaison ne se produit qu’après plusieurs jours ou plusieurs semaines), des empoisonnements lents (surtout dans les intoxications professionnelles).
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Le diagnostic de l’empoisonnement intéresse le médecin à plusieurs points de vue : il doit reconnaître l’empoisonnement et dire par quelle substance il a été produit, puis il doit connaître les moyens de combattre cet état morbide. Mais ces symptômes variés présentent souvent un ensemble qui rappelle, à grands traits, certaines maladies dans lesquelles il n’y a nullement intoxication. De là un diagnostic différentiel à faire.
Tardieu range les faits en deux séries distinctes : dans une première il admet des cas où la cause de la mort est manifeste, et où il suffit de la constater pour faire tomber tout soupçon d’empoisonnement (faits d’ilæus et d’étranglement intestinal soit interne soit externe; fièvre typhoïde; rupture viscérale; perforation spontanée'; entérite et péritonite tuberculeuse; péritonite simple ; hémorrhagie ou tumeur sanguine du petit bassin; apoplexie, méningite; congestion cérébrale et pulmonaire; loute maladie caractérisée du cœur ou des poumons). — Dans une seconde série il range des cas de choléra (absolument le tableau symptomatique de l’empoisonnement par l’arsenic), d’entérite inflammatoire, d’hémorrhagie intestinale et d’indigestion.
Martin - Damourette reconnaît quatre sortes de moyens thérapeutiques : 1° les évacuants digestifs ; ce sont des vomitifs ou des purgatifs qui font rejeter le poison; 2“ les contre-poisons ; ce sont des substances qui détruisent ou neutralisent le poison par action
1 C'est probablement à une perforation de l'estomac qu’a succombé Henriette d'Angleterre. — M. Grasset a publié quelques exemples d'ulcères latents de l'estomac simulant un empoisonnement. [Ann. r l’hyg ., 1877, p. Sa). Avant Cruveilbier, ces perforations avaient été signalées par Chaussier.
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chimique; .ainsi la magnésie détruit la propriété caustique des acides sans les altérer, l’albumine ou la caséine rendent insolubles les poisons en tonnant un caillot non absorbable ; 2" les nul idoles ou substances qui détruisent les effets du poison sur l’organisme en déterminant une action opposée ; c’est ainsi qu’on a dit que la strychnine était l’antidote du curare, le café celui de l’opium, etc. ; 4° les éliminateurs ou substances qui agissent sur les organes excréteurs, par exemple, celles dont l’action porte sur les reins (jamais l’arsenic n’empoisonnerait, d’après Orfila, si l’on pouvait faire uriner l’individu), sur la peau (les sudorifiques). Forget disait avec raison que l’eau était à la fois un bon diurétique et un excellent sudorifique. La magnésie donnée tous les jours, l’huile de ricin, favorisent aussi les éliminations.
III. Résultats anatomo-pathologiques t autopsie, exhumation, etc.
Dans tous les cas, on doit procéder avec une grande prudence, ménager les organes et les tissus, recueillir le contenu des cavités, ne rien faire qui puisse empêcher les dif— érentes opérations d'une expertise plus approfondie et même, si cela devient nécessaire, d’une contre-expertise.
Dans les Annales d'hygiène ■publique de 1882, nous avons exposé, en collaboration avec le docteur Chapuis, agrégé à la Faculté de Lyon, les règles à adopter dans les expertises d’empoisonnement. En voici les conclusions ;
1° Appelé dans une affaire de ce genre, l’expert doit se munir de plusieurs vases en verre neufs ou parfaitemen nettoyés à l’acide chlorhydrique d’abord et à l'alcool ensuite. Il y joindra de la cire à cacheter, un cachet, de bons bouchons de liège neufs et du papier-parchemin ;
2" Dans une visite domiciliaire l’expert devra porter son attention sur tous les objets de nature à venir en aide à
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son analyse. Il meltra de côté, avec le pins grand soin, les médicaments, poudres suspectes, aliments, etc., elc., ayant servi à la victime.
5° Si l'autopsie suit presque immédiatement la mort, il devra se renseigner sur la présence ou l’absence de vomissements. Il T s mettra de côté, si possible, ainsi que les draps et vêtements qui auraient pu être souillés. Si les vomissements ont été répandus sur le plancher, il devra alors racler avec précaution les parties souillées, ou mieux enlever les planches ou lames du parquet sur lesquelles ils se sont répandus. Il n’oubliera pas non plus de prendre dans un endroit éloigné du premier et non contaminé des raclures, planches ou lames du parquet qu’il conservera à part et séparées des premières.
4° A l’ouverture du cadavre, le tube digestif ne devra jamais être ouvert dans la cavité abdominale, mais en dehors.
5° L’estomac sera séparé de l’œsophage et de l'intestin grêle par deux ligatures doubles, l’une au cardia, l’autre au pylore. L’intestin grêle et le gros intestin réunis seront, comme l’estomac, après examen spécial, introduits avec leurs contenus dans deux vases distincts. L’œsophage sera examiné avec la bouche et le pharynx.
6° Dans un quatrième vase il introduira le foie et le sang. Cependant dans un cas d'empoisonnement supposé par l’oxyde de carbone, et là où l’étude spectroscopique du sang peut avoir une importance capitale, il serait non seulement utile, mais encore nécessaire de mettre de côté, dans un petit flacon de verre, la plus grande quantité du sang du cœur ou des gros vaisseaux.
7° Dans un cinquième vase il placera un poumon ou portion de poumon.
8° Dans un sixième vase, des muscles, environ 500 grammes. L’expert devra les prendre de préférence dans la cuisse, dans la poilrine et un peu dans le diaphragme.
9° Dans un septième vase il placera les reins, la vessie et son contenu. Pour plus de précautions il sera ben de faire une ligature au col de la vessie pour éviter toute déperdition de liquide
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