PLOMB
Les sels solubles sont ceux qui produisent, ordinairement les empoisonnements, mais tous les composés saturnins, après leur ingestion, peuvent occasionnelles mêmes accidents, le plomb en nature même, ainsi que je l'ai observé.
Les composés qui ont le plus souvent déterminé l’empoisonnement sont le sous-acétate de plomb liquide, soit pur (extrait de Saturne), soit additionné d’eau (eau blanche, de Goulard, végéto-minérale), puis l’acétate neutre de plomb, ou sucre de Saturne, et le carbonate. C’est sous ces deux dernières formes qu’il se trouve dans les boissons ; dans l’eau, il est à l’état de carbonate (accidents de Claremont sur la famille de Louis-Philippe, décrits par le docteur H. Gueneau de Mussy, en 1848).
Rarement ce sont des crimes (Moreau en cite cinq cas), quelquefois des suicides (avec un ou deux verres d’extrait de Saturne), le plus souvent ce sont des empoisonnements par erreur, par imprudence, par accident; ainsi, ce sont des aliments ou boissons mis en contact avec du plomb (vases vernis ou étamés), des grains de plomb laissés dans les bouteilles ou dans du gibier que l’on fait mariner; de la litharge est mise dans le cidre ou le vin pour les adoucir; dans les bonbons, pains à cacheter, couleurs, jouets d’enfants coloriés parla céruse ou le chromate de plomb; en 1875, M. G. Bergeron a constaté sur vingt-six personnes des accidents graves (deux succombèrent), qui firent d’abord croire à une épidémie de fièvre typhoïde et qui étaient causés par du chlorure de plomb se trouvant dans la saumure destinée à conserver le beurre.
Dans ces conditions, le plomb n’est absorbé qu’en petite quantité et ce n’est ordinairement qu’après un
certain temps qu’on voit apparaître des accidents qui sont ceux de l’intoxication saturnine chronique. Mais dans quelques cas ou observe des empoisonnements aigus. La dose mortelle serait pour l’homme de 0,50 à 1 gramme d’acétate de plomb.
J’ai observé des symptômes très graves après l’ingestion du plomb en nature1. C’était un terrassier de Sétif (Algérie), qui, sur les conseils d’un de ses camarades, avala une charge de grains de plomb (n° 4), sous le prétexte <( de se rincer et de se nettoyer comme une bouteille ». Les accidents commencèrent ie 5° jour : douleur épigastrique, constipation. Le 7° jour, les coliques furent d’une violence inouïe, le malade se tordait sur des matelas placés à terre; on sentait une tumeur dans l’hypocondre gauche ; le visage s’altère, les extrémités se refroidissent, le ventre est doulou. reux. Le 8e jour, le liséré se montre à la mâchoire inférieure, près des petites molaires, la constipation persiste, le ventre est très douloureux, les coliques sont atroces, on craint que le malade ne succombe. Le lendemain le malade eut une selle assez abondante, liséré très marqué, selles moins fortes. Le 12° jour, le malade n’a plus de coliques; on n’a pas trouvé de grains de plomb dans les selles; il quitte brusquement l’hôpital.
Symptômes : D’abord goût douceâtre et sucré, puis métallique, bientôt sensation de brûlures dans la bouche, la gorge et l’estomac; le creux épigastrique est très douloureux; alors apparaissent des nausées et des
1 Voir une observation à pou près semblable ; Empoisonnement par 10 onces de plomb, in Cazcltc médicale, 1838, p. 101, et thèse de Moreau, et intoxication saturnine rapidement mortelle déterminée par l’ingestion de plusieurs balles de plomb, par Potain. (Ann. d’Iujrj., juillet 1879).
vomissements. Parfois la langue est tuméfiée ; il y a du liséré gingival [après 12 heures — 2i heures après (Taylor) — dans mon observation, le 8" jour]. L’abdomen est souvent rétracté et dur, rarement ballonné; coliques et constipation; un peu d’oppression; la figure est pâle, les lèvres livides, les yeux hagards et abattus 1 les extrémités froides; le pouls petit, puis dos convulsions ou du coma avant la mort.
Résultats anatomo-pathologiques : Los autopsies à la suite d’empoisonnement aigu sont très rares (Moreau en relève 7). Rien de caractéristique du côté des voies digestives. Dans l’estomac assez souvent de la bile, parfois le liquide toxique, du sang. Orüla avait indiqué des points blancs formant comme des traînées sur la muqueuse stomacale ; mais d’après Moreau, c'est là un signe qui n’esl pas constant, ou difficile à reconnaître. Sur la muqueuse gastro-intestinale des arborisations vasculaires, des taches ecchymotiques ou des suffusions sanguines. Pour les reins, surtout dans la forme chronique, les signes d'une néphrite interstitielle atrophique. Rien au cœur; le sang est souvent fluide et couleur lie de vin foncé; aux poumons des ecchymoses sous-pleurales possibles (Moreau). Le cerveau est de consistance dure, d'une coloration blanche mate, avec aplatissement ou effacement des circonvolutions.
Recherches chimiques. — On traite les matières organiques par l’acide sulfurique. Dans le résidu charbonneux est du sulfate de plomb que l'on met en contact avec l’acide tartrique, puis ou fait passer un courant d’acide sulfhydrique, d’où précipité noir de sulfure de plomb, avec l’iodure de potassium, précipité jaune. Pour constater le plomb dans un liquide (vin, cidre, vinaigre), on y verse de l’acide sulfhydrique, on recueille le sulfure de plomb; on le traite par de l’acide azotique, d'où azotate de plomb que l'on réduit sur le charbon au moyen du chalumeau (globules métalliques).
Traitement. — Des vomitifs pour faire rejeter la substance toxique; on peut même employer la pompe
stomacale. — Puis de la limonade sulfurique ou les sulfates de soude, de magnésie, qui purgent et précipitent le plomb. On a conseillé le lait, l’eau albumineuse, la noix de galle. Dans la convalescence on a donné l’iodure de potassium; il vaut mieux le bromure de potassium (Gubler), qui est d’ailleurs excellent pour combattre les symptômes nerveux.
2“ Empoisonnement par la belladone et l’atropine.
C’est le type des poisons stupéfiants. Les empoison-
Fig. 50. — Belladone.
nemenls résultent ordinairement d’une erreur : ce sont des enfants qui ont mangé des baies, des malades
BELLADONE ET JUSQDIAME.
qui ont avalé un collyre renfermant de l’atropine, etc.
Les symptômes se montrent assez vile. Il y a sécheresse et constriction de la gorge, vertiges, nausées , rarement des vomissements, les pupilles dilatées au maximum. Puis surviennent des défaillances , des sueurs abondantes; la peau est chaude , il y a des démangeaisons et parfois des éruptions ; la vessie et le rectum se paralysent. Chez les enfants il y a presque toujours des convulsions. Les adultes ont un délire turbulent, avec hallucinations , parfois une violente agitation, puis la stupeur, des convulsions. La mort
arrive en quelques Fig. 57. - Jusquiame.
heures ou après deux
ou trois jours : il y a paralysie des nerfs moteurs.
Les lésion s anatomiques sont peu caractéristiques. Dans l’intoxication chronique on a signalé l'injection de la rétine. Dans les cas aigus, on a parfois trouvé des congestions et des hémorrhagies dans les viscères.
Comme traitement : des vomitifs, des purgatifs au début. Infusion de café; tannin.
5° Empoisonnement par la jusquiame, stramoine, ciguë.
La jusquiame (hyociamus nigev) produit à peu près les mêmes phénomènes toxiques que la belladone. Toutefois le délire est moins violent.
Fig. 58. — Datura stramonium.
La stramoine. pomme épineuse, contient de la salurine, qui est un alcaloïde identique à l’atropine. Mêmes symptômes, délire plus accusé. Wirling, décapité à Lyon, faisait boire à ses victimes une solution de datura, les étourdissait par ce breuvage, puis alors les étranglait.
Les ciguës sont des ombellifères. On en connaît plusieurs espèces : la grande, la petite, l’aqunOque ou