III. Signes de l’avortement
Les signes de l’avortement se tirent de l’examen du produit de la conception ou de la mère.
L’examen d’un embryon ou d’un fœtus peut fournir la preuve de l’avortement. Dans les premiers mois de la grossesse, le produit, étant très petit, peut se trouver dans les parties génitales ou dans des caillots sanguins. L’examen fait sous l’eau et à l’aide d’aiguilles fines facilite singulièrement les recherches. On doit surtout s’efforcer de reconnaître si l’œuf est entier ou s’il a été vidé.
En 1876, à la Société de Médecine légale, M. le docteur Charpentier a présenté un remarquable rapport sur les signes de l’avortement pendant les premiers mois de la grossesse. D’après M. Gallard, qui avait attiré l'attention de la Société sur ce sujet, tout avortement qui se fait dans les premiers mois doit se faire en bloc, c’est-à-dire que l’œuf doit être expulsé en entier. Lorsque l’œuf présente des déchirures, et à plus forte raison lorsque les membranes sont retournées, on a une preuve que l’avortement a été déterminé par une main criminelle.
M. Charpentier est arrivé aux conclusions suivantes :
« 1° L’état actuel de la science ne permettant pas de fixer d’une manière absolue l’âge exact de la grossesse, et un écart de trois semaines étant toujours possible entre le début vrai et le début supposé de cette grossesse, il est impossible de déterminer exactement, l’âge des produits abortifs que l’on aura à examiner. Les chiffres que nous adoptons ne présentent donc rien d’absolu, tout en étant cependant suffisants pour nous permettre d’établir certaines règles ;
2" Dans les six premières semaines, l’avortement se fait presque toujours en bloc, le volume et la cavité de l’œuf étant à cette époque extrêmement minimes;
5° De la sixième à la dixième semaine environ, l’avortement peut encore se faire en bloc, mais il se fait au moins aussi souvent en deux temps ; tout dépend de la résistance de l'œuf, de la force des contractions utérines, de la résistance du col, des adhérences de l’œuf ou de ses altérations;
4° L’absence du fœtus ne prouve pas l’intervention criminelle; car ce fœtus peut avoir subi la dissolution si l’œuf mort a séjourné encore longtemps dans la cavité utérine ;
5° A partir de trois mois, trois mois et demi, la rupture est la règle, l’avortement se fait en deux temps. Expulsion du fœtus, expulsion du placenta, cette dernière partie de l’avortement pouvant durer plus ou moins longtemps ;
6° Jusqu’à quatre mois, le cordon est beaucoup trop faible pour résister aux tractions qui seraient exercées sur lui dans le but d’extraire le placenta ;
7° La rupture des membranes ne peut donc être considérée à elle seule comme un signe d’avortement provoqué ; on n’est pas autorisé à en faire un signe de certitude d’avortement criminel, même lorsqu’on la constate dans les premiers mois.
M. Leblond a proposé les conclusions suivantes : « 1» Pendant les six derniers mois de la grossesse, l’avortement, même lorsqu’il est tout à fait spontané, se fait habituellement en deux temps comme l’accouchement à terme ; l’ex-