III. Caractères scientifiques
Dans notre Précis d'hygiène privée et sociale, nous avons défini les âges : des périodes de la vie pendant lesquelles l’organisme éprouve certains changements qui entraînent des modifications physiologiques ou pathologiques spéciales à chacune de ces périodes.
Nous avons adopté la classification suivante, qui trouve de nouveau son application en médecine judiciaire :
1° Vie fœtale.
2° Première enfance , jusqu’à 7 mois.
5° Deuxième enfance, de 7 mois à 2 ans.
4° Troisième enfance, de 2 à 7 ans.
5° Adolescence, de 7 à 15 ans.
6° Puberté, de 15 à 20 ans.
7° Age adulte, de 20 à 50 ans.
8” Virilité, de 30 à 40 ans.
9° Age de retour, de 40 à 60 ans.
10° Vieillesse, de 60 ans à la mort.
Nous verrons plus tard, à propos de l’infanticide, les conditions normales présentées par l’embryon, le fœtus et la première enfance. Ces questions ne doivent pas être séparées, car elles permettent de mieux apprécier la viabilité, la légitimité de naissance, les attentats contre le produit de la conception.
Pour les différents caractères des autres âges et leur distinction, nous renvoyons aux traités de physiologie ou d’hygiène.
Ne voulant prendre de la queslion que les conséquences réellement pratiques et qui peuvent trouver leur application en médecine judiciaire, nous apprécierons en ce chapitre les deux points importants que le médecin doit connaître : le système dentaire et le
système osseux. L’un et l’autre fournissent les éléments les plus importants à la solution.
Système dentaire. — Le Dr Magitot1 a montré que l’on pouvait déterminer l’âge de l’embryon humain par l’examen de l’évolution du système dentaire. Le tableau qu’a donné ce savant médecin permet d’affirmer l’âge d’un embryon, alors même que la tête seule est l’unique pièce de l’expertise. On pourrait arriver à ce résultat, alors que cette tête aurait macéré dans un liquide, dans les latrines, par exemple ; ou même si l’embryon avait été en partie carbonisé dans un foyer : le chapeau de dcntine résiste au plus grand nombre des agents destructeurs. Chez le nouveau-né à terme on constate presque toujours sur le maxillaire inférieur, de chaque côté de la ligne médiane, quatre alvéoles dentaires distinctes complètement cloisonnées- Une cinquième alvéole se montre sous l’aspect d’une loge dans laquelle se développeront les autres dents et qui présente des cloisons incomplètes. Cette disposition est mise en évidence en détachant cet os et en incisant le bord gingival de la mâchoire avec un scalpel, les chapeaux de dcntine étant enlevés, les cloisons apparaissent distinctes.
Rappelons l’évolution dentaire, après la naissance. Vers la lin du premier semestre, apparition des incisives moyennes ; dans le deuxième semestre, les incisives latérales; dans le troisième, les quatre premières molaires et deux incisives latérales inférieures ; dans le quatrième, les quatre canines ; dans le cinquième (vers 50 mois), les quatre molaires : au total vingt dents. A cet âge, voici la formule dentaire :
Inc. ^ Can. j— j Prémol. j— j- Mol. - — - = 20-
’ Comptes rendus de l’Académie des sciences, 27 avril 1874.
DE L'AGE
Puis vient la deuxième dentition : les premières grosses molaires à 7 ans; les incisives moyennes a 8 ans; les incisives latérales à 9 ans; les premières petites molaires â 10 ans; les deuxièmes petites molaires à 11 ans; les canines à 12 ans - les deux grosses molaires à le ans; les dents de sagesse de 18 à 25 ans. Voici la formule dentaire de l’homme adulte :
2—2 „ 1—1 lnc-ô=2 CanT-=T
Prémol. ~ — ■» Mol . ? — ^
X1C1UUX. ^ j
Quand la dentition est terminée, l'âge s’apprécie par l’usure des dents. L’émail se détruit, la cou eur blanche
Fig. 1. — Maxillaire du vieillard.
s’efface et elles deviennent jaunes et noirâtres. Le bulbe s’atrophiant, il y a ébranlement et chute des dents et alors les alvéoles se rétrécissent et disparaissent. Le maxillaire, dont les branches et le corps formaient avant la dentition un angle très ouvert, présente ensuite un angle droit, puis un angle qui redevient obtus quand les dents sont tombées, d’après la loi d’horizontalité des maxillaires. Le rebord alvéolaire, qui était primitivement épais, redevient mince et tranchant. Toutes ces modifications expliquent les changements qui se passent du côté des joues, et 1 expresion faciale qui en résulte. Ajoutons une donnée importante et qui peut trouver son application dans les questions d’iden-
tilc. On constate parfois sur une ou plusieurs dents une ligne transversale, désignée sous le nom à.' érosion. Celle-ci est indestructible et indélébile; elle est produite probablement par un (rouble trophique, car on la rencontre spécialement chez les individus qui ont eu dans leur enfance des maladies des centres nerveux, convulsions, etc.
Nous croyons utile de donner ici les conclusions du Dr Albert Dumur, dans sa thèse faite -au laboratoire de médecine légale de la Faculté de Lyon et intitulée : Des (lents, leur importance et leur signification dans les questions médico-légales, 1882.
I. Il est possible à l'aide d’une formule dentaire d’indiquer le nombre et la place des dents sur les mâchoires d’un individu ou d'un squelette.
Les dents de l’homme ont des caractères spéciaux qui les différencient assez bien de celles des autres animaux. Il faut noter cependant leur analogie avec celles des singes anthropoïdes.
II. Le développement et l’évolution des dents donnent lieu à des constatations importantes et permettent d'apprécier la vie intra-utérine, l’état de maturité du fœtus, puis les périodes les plus importantes de la vie qui sont fixées par les dents de lait, l’apparition des dents permanentes et des dents de sagesse. On a aussi à tenir compte de l’usure et de la chute spontanée des dents.
III. L’examen des dents et la direction des maxillaires fournit des caractères ethniques dont le médecin légiste peut avoir à tenir parti.
IV. Les anomalies des dents se distinguent d’après la lorme, le volume, le nombre, le siège, la direction, l’éruption, la nutrition, la disposition et la structure. De nouvelles preuves peuvent aussi être tirées de la constatation des érosions dentaires et de certains états tels que la carie et le tartre.
Nous appelons l’attention sur les dents des criminels et sur la dimension exagérée des canines que nous avons retrouvées sur quelques-unes des seize têtes de décapités que possède le laboratoire de médecine légale de Lyon.