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III. Caractères scientifiques

Nous ne nous occuperons que des eas &' hermaphrodisme qui peuvent seuls donner lieu à des méprises et à des expertises médicales.

On sait que l’hermaphrodisme est fréquent dans le règne végétal, où se présentent l’androgynie et la gynandrie. De même chez les animaux inférieurs : ainsi il y a accouplement et fécondation doubles chez les sangsues, les limaçons. Le mot même d’hermaphrodisme prouve que cet état est connu depuis long-

temps l. Les Athéniens jetaient à la mer et les Romains dans le Tibre les enfants soupçonnés d’hermaphrodisme. Au moyen âge ces êtres deviennent des productions sataniques.

La théorie de l'hermaphrodisme est basée sur le développement des organes génitaux. Vers la sixième semaine, sur les côtes du rachis, on voit apparaître les corps de Wolff. A leur côté externe se trouve un organe qui, plus tard, se creuse en canal, c’est le conduit de Muller. Le corps de Wolff est le rudiment des canaux excréteurs de l'ovaire et du testicule. Le canal de Muller et le conduit excréteur du corps de Wolff se développent ou s’atrophient selon que le fœtus devient mâle ou femelle.

Au point de vue de la conformation apparente des organes génitaux externes, tout homme a été femme dans le principe. Aussi un arrêt de développement dans les organes externes peut faire d’un mâle eflectif une femelle apparente. Le contraire peut aussi se produire. C’est I. G. Saint-Hilaire qui a expliqué ces faits, en montranl que les organes générateurs externes sont tout à fait indépendants des organes génitaux internes, au point de vue de leur nutrition.

Les deux plans interne et moyen se forment avant le plan externe, et la formation de deux segments correspondants et symétriques est indépendante l’une de l’autre. Ajoutons encore que dans un même segment il peut y avoir apparition d’un organe mâle ou femelle, selon que telle ou telle partie embryonnaire se développe ou s’atrophie. Tous ces différents cas permettront de comprendre l’hermaphrodisme apparent et l’hermaphrodisme vrai.

1 Mercurio puerum. diva Cylhereide natum Naïades idæis enutrivere sub antris,

Cujus erat faciès, in quà inatcrque paterque Cognosci possont : nomen quoque traxit ab illis.

(Ovide, tlétam. 4.)

Nous pouvons distinguer l’hermaphrodisme masculin, l’hermaphrodisme féminin, le vrai ou neutre.

A. Hermaphrodisme masculin : c’est le type le plus fréquent. Il faut distinguer des phénomènes généraux et locaux.

Localement, la verge est petite, souvent il y a hypospadias, fente ou même dépression en infundibulum. comme dans le cas décrit par Mathias Duval (Soc. de Biologie, juin 1881). Cryptorchidie démontrée par le toucher rectal.

Comme signes généraux : extériorité féminine, habitudes du sexe, taille petite, embonpoint, peu de poils, voix faible et de timbre élevé, seins développés.

B. Hermaphrodisme féminin. Le vagin n’est qu’une fente, le clitoris volumineux, les grandes lèvres sont petites et peuvent renfermer les ovaires.

Il y a l’extériorité du mâle, des goûts virils, la voix forte, de la barbe. Ce sont des viragos. Béclard a décrit le cas intéressant de Marie-Madeleine Lefort.

C. Hermaphrodisme vrai ou neutre. Tardieu a eu tort de ne pas l’admettre. Des cas authentiques ont été publiés par Mayer (de Zurich), Heypner, par Poppesco (thèse de Paris 1874). Citons le cas de Catherine Ilohmann, qui s’est montrée dans les universités allemandes et a été étudiée par Schulze et Virchow. Elle était réglée et avait du sperme. Un cas a été publié dans le Lyon-Médical, 21 juin 1874, sous le nom d’hermaphrodisme bisexuel, par M. Odin, et examiné par le professeur Bondet. Cet hermaphrodite était également mâle et femelle, impuissant comme mâle et femelle, incapable de se reproduire avec l’un ou l’autre sexe.

Dans la Gazette hebdomadaire 187G, n°51, on trou-

vera l’observation d’un autre cas d’hermaphrodisme vrai.

En supposant un plan vertical antéro-postérieur, il y a hermaphrodisme latéral, si l’un des côtés de ce plan contient des organes mâles, et l’autre des organes femelles.

IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l’expertise.

On peut avoir à reconnaître le sexe d’un squelette ou d’une personne vivante.

1° Le squelette d'une femme se reconnaît aux caractères suivants : les os sont plus petits, les attaches musculaires faibles, les clavicules presque droites, le sternum court, le bassin est différent (fig. 2 et 5).

Verneau, dans une thèse remarquable (Le bassin suivant les sexes et les races , Paris, 1875), a donné les caractères distinctifs suivants du bassin dans les deux sexes. Chez la femme, le bassin a un aspect particulier , il est moins haut et évasé à la partie inférieure. C’est surtout dans le petit bassin (à cause de la présence de l’utérus) que les différences s’accusent. Le diamètre transverse maximum du détroit inférieur l’emporte de près de 15 millimètres sur Fig. 2. — Bassin d’homme, celui de l'homme. Chez

la femme, le sacrum et le coccyx sont moins élevés et plus aplatis. « Le trou sous-pubien est ovalaire chez l’homme, triangulaire chez la femme. Il est relativement plus large

LACASSAGNE

chez cette dernière et plus oblique en dehors et en bas. » Le bassin des races inférieures est plus large chez les hommes, moins large chez les femmes, qu’il ne l’est dans les races supérieures. Le bassin peut ne pas toujours donner d’indications précises. L’hermaphrodite de Creccliio et celui d'Hofmann, qui étaient des femmes, avaient un bassin d’homme. Ceci confirmerait ce que dit Schroder que le bassin de la femme ne prendrait ses attributs féminins que pour le développement des organes dans le petit bassin. Dans un cas d'hermaphrodite masculin décrit par Léopold, il y avait un bassin de femme.

Pour Bacarisse (Le sacrum suivant les races), d'une manière générale dans toutes les races, le sacrum de l’homme est plus fortement courbé que celui de la femme. C'est dans les races nègres qu’on rencontre les sacrums les plus aplatis.

2° Le sexe d’une personne vivante doit être connu dans la déclaration de naissance, dans le mariage (erreur dans la personne), dans les questions relatives aux attentats à la pudeur.

Le mariage ne peut être contracté qu’entre deux personnes de sexe différent. Si l’épouse est mal conformée et Fig. 3. — Bassin de femme. impropre à l’union

sexuelle, il ne peut y avoir nullité. Mais si, avec les apparences du sexe féminin, c’est un homme, alors le mariage est radicalement vicié.

Si l’individu a réellement des organes des deux sexes, il ne peut se marier, car quel que soit le sexe avec lequel il s’unira, il aura toujours avec lui identité du sexe. C’est donc un cas de nullité de mariage.

Dans la plupart îles cas de fausses inscriptions sur les registres de l’état civil, ce sont des individus du sexe masculin qui sont inscrits comme appartenant au sexe féminin.

Mais on pourrait peut-être avoir a intervenir poui rendre son véritable sexe à un individu considéré comme homme et marié comme tel. lous les auleuis racontent l’histoire de Valmont. Nos chroniques parlent ,d’un moine du couvent d’Issoire en Auvergne, qui, sous le règne de Louis XI, conçut et se trouva mère, Bauhin lit sur lui ce vers :

Mas, mulier, monachus, mundi mirabilc monstruin.

Diderot, dans ses Éléments de physiologie, rapporte d’autres exemples semblables.

Comment se fait l’expertise? L’examen est local et général !.

1° Local. On examine le clitoris ou le pénis (la perforation est un indice du sexe masculin), puis les petites lèvres, les grandes lèvres, le scrotum. On recherche le méat urinaire. On examine la conformation du bassin.

2 0 Général. Comment s’exécutent les fonctions génitales? Y a-t-il menstrues ou hémorrhagies supplémentaires? Quels sont les penchants et les habitudes? Mais se méfier des perversions du goût; Meclcel en a fait un premier degré de l’hermaphrodisme. — Examiner la conformation générale de l’individu.

1 Consulter : l’affaire Granjcan, 176 5, mentionnée par Merlin dans son Répertoire sous le nom d’hermaphrodite; l'affaire Lelasseur (Gaz. des Irib., 5, 12, 26 avril 1834) ; Mémoire de Tardieu (Ann. d’hyg., 1872) ; Médecine légale d’IIofmann, p. 657 ; l’affaire San-Antonio, fils du maréchal Serrano, marié avec Mlle Martinez de Campes (Gaz. des Irib., 21 décembre 1881).

De l'impuissance.

I. Définition. — C’est l’impossibilité pour l’un ou l’autre sexe d’accomplir l’acte générateur. On a voulu distinguer l’impuissance et la stérilité (impolenlia coeundi, impotentia generandi). Les Décrétales disaient frigidi et maleficiati.

II. Législation. — Airr. 312. Code civil. L’enfani conçu pendant le mariage a pour père le mari. — Néanmoins celui-ci pourra désavouer l’enfant, s’il prouve que pendant le temps qui a couru depuis le trois centième jusqu'au cent quatre-vingtième jour avant la naissance de cet enfant, il était, soit pour cause d’éloignement, soit par l’effet de quelque accident, dans l’impossibilité physique de. cohabiter avec sa femme.

Aut. 513. Le mari ne pourra, en alléguant son impuissance naturelle, désavouer l’enfant; il ne pourra le désavouer même pour cause d’adultère, à moins que la naissance ne lui ait été cachée, auquel cas il sera admis à proposer tous les faits propres à justifier qu’il n’en est pas le père.

D'ailleurs cette question peut être soulevée à propos du désaveu de paternité ou de maternité. On peut aussi la faire intervenir lors des attentats à la pudeur.

L’article 31G sur le crime de castration (voir à la législation des blessures).

III. Caractères scientifiques. — On a dit que pour que le coït fût complet, il fallait du côté de l’homme érection, intromission et éjaculation avec sensation voluptueuse; du côté de la femme, excitation des parties génitales, réception et sensation voluptueuse. Celte dernière sensation ne semble pas indispensable.

On a fait de nombreuses divisions de l’impuissance. Toutes ont l’inconvénient de mettre d’un côté les faits certains et incontestables, et de faire une seconde classe pour les cas douteux, c’est-à-dire ceux qui donnent toujours lieu à des discussions. C’est ainsi que

l’on a vu une impuissance physique et nerveuse, congéniale et acquise (le législateur s’en occupe), absolue et relative pl y a disproportion entre les organes. Autrefois on en tenait compte dans les question de dissolution de mariage).

Étudions successivement l’impuissance chez les deux sexes.

1° De l'impuissance chez l'homme. — Nous pouvons faire les deux divisions dont nous avons parlé, et étudier les causes qui empêchent le coït ou la fécondation.

A. Impotentia coeundi. — Il y a absence de verge , cette absence est congéniale ou acquise (opérations, blessures).

La verge est diminuée de volume : parfois le coitesl possible, mais souvent il s’y joint d’autres anomalies : épispadias, absence de corps caverneux, atrophie de la vessie.

La verge est augmentée :ily a sans doute des limites. On ne peut condamner une femme au martyre.

La verge est mal faite: elle se bifurque, elle s incurve pendant l’érection, il y a dilatation anévrysmale des corps caverneux.

B. Impotentia gcnerandi. — L'impossibilité du coït n’entraine pas l’impuissance à féconder. On a beaucoup parlé dans ces •derniers temps des générations artificielles. Le sperme doit être lancé dans une certaine direction (phimosis, épispadias, hypospadias). 11 doit y en avoir une certaine quantité et il doit être de qualité convenable. Les spermatozoïdes manquent chez les enfants, les vieillards et quelques individus.

Mais la condition certaine de l’impuissance à féconder est l'absence de sperme. Celle condition se ren-

contre 1° dans l’absence congéniale des testicules. C’est assez rare. S’il y a arrêt de développement, on trouve tous les caractères de l'hermaphrodisme. Chez les cryplorcliides, les testicules sont dans l’abdomen; le coït est fécond, on les a même dit plus ardenls, à cause de la chaleur continuelle dont leurs testicules sont pénétrés. De même les animaux à tempérament très porté à l’amour et chez lesquels ces glandes sont près des reins : les coqs, les moineaux, les rongeurs (rats et lapins), par exemple.

2° Dans l’absence acquise et prouvée des testicules. L’examen local le démontre, il y a cicatrice. L’examen général donne les caractères de l’eunuque.

On distingue plusieurs variétés d’eunuques, ce troisième sexe, comme l’appelait Balzac. C’est ainsi que les Romains distinguaient les Spaclones, privés d’un seul testicule : ils coïtaient, engendraient et pouvaient d’ailleurs se marier. Puis les Thadiai ou Thasiai, dont les testicules étaient atrophiés par le bistournage; parfois des vaisseaux séminifères échappent à la distorsion et la fécondation est possible. Puis les eunuques auxquels on a enlevé les testicules, mais laissé le pénis : ils étaient très recherchés des dames romaines, d’après Juvénal. Il y a enfin les vrais eunuques auxquels on a enlevé tous les organes extérieurs. Ce sont ceux qui gardent les femmes dans les harems ; ils ont des désirs vénériens. Il faut mentionner aussi une secte russe, les Skoptzy, c’est-à-dire les Châtrés. D’après les chiffres officiels (de 1805 à 1871), la police aurait découvert 5,444 skoptzy (5,979 hommes et 1 ,405 femmes).

Notons enfin que l’impuissance peut aussi tenir à une anaphrodisie physiologique ou pathologique. Cette dernière se montre après les abus de l’acte vénérien,

les affections de l’encéphale, de la moelle et surtout le diabète.

2° De l'impuissance chez la femme.

A. Impotentia coeundi. — On ne peut admettre la laideur ou certaines maladies, telles que l'ozène, les convulsions.

Parmi les causes locales, il peut y avoir absence des parties génitales externes, soit congéniale, soit consécutive à un traumatisme ou accident qui a fusionné tous les organes.

Il y a rétrécissement du vagin et de la vulve; on peut essayer une dilatation artificielle. Il peut y avoir des obstacles à l’entrée de la verge par le clitoris ou des végétations.

Enfin il y a déviation du vagin ; il s’ouvre dans la vessie, dans le rectum, les trois ouvertures n’en font qu’une. Malgré tout cela, on a vu des grossesses.

B. Impotentia concipiendi. — Il y a des cotises générales : syphilis, constitution affaiblie, causes agissant sur les ovaires.

Des causes locales qui empêchent l’arrivée du sperme, ainsi l’hymen; le col de l’utérus est plein ou imperforé ou trop étroit; des modifications à peu près semblables peuvent se montrer du côté de la trompe. Ajoutons que les déplacements de l’utérus donnent une mauvaise direction au col, et que les maladies de l’ovaire (ordinairement un seul est atteint) peuvent être la cause de la stérilité.

IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l’expertise. — Les peuples anciens admettaient la répudiation et le divorce. D’après Justinien, la femme pouvait réclamer la dissolution du mariage quand le mari était impuissant.

Au divorce l’Église subslit.ua la nullité du mariage, d’après la maxime : Quod Deus conjunxit homo non séparai. Les époux pouvaient convoler à d’autres noces .

Au quinzième siècle, le droit canonique admit que l’impuissance devait être constatée par l’examen direct ou par le Congrès. Tallemant des Réaux en a laissé une narration célèbre. On accordait deux heures ; alors les experts s’assuraient s’il y avait eu intromission, et an fuissel emissio ubi, quid et quale emissum. L’épreuve du congrès ne fut abolie que le 18 janvier 1677, et Boileau l’a flétrie dans ses vers ».

Dans le Code civil, les questions d’impuissance sont présentées sous trois faces différentes :

1° Au point de vue de la nullité du mariage;

2° De la séparation de corps ;

3° Du désaveu des enfants nés pendant le mariage.

Nous avons dit aussi que cette question pouvait appartenir au Code pénal, dans les affaires d’attentats à la pudeur.

Les règles de l’expertise sont les mêmes que dans l’hermaphrodisme.

L’examen sera local et général.

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