D. DES BRÛLURES
Nous nous occuperons successivement des brûlures produites par le calorique et par les caustiques, de la foudre et de la combustion spontanée :
1° Par le calorique. — Les brûlures varient en profondeur, en étendue, d’après le corps qui les a produites. On observe successivement et en gravité croissante l'érythème, les pblyctènes, puis l’eschare : l’albumine se coagule, le derme se désorganise, les tissus se carbonisent. Dans la brûlure au premier degré, il y a rougeur; elle n'a lieu que pendant la vie. Dans le deuxième degré il y a vésicules ; mais comme il faut un certain temps pour qu’elles se produisent, leur absence ne permet pas d’affirmer que la brûlure a été faite après la mort. La phlyctène, entourée d’un liséré rouge, est caractéristique de la brûlure faite pendant la vie ou quelques minutes après la mort. Leuret et Champollion ont montré qu’il était facile de développer des pblyctènes sur des cadavres infiltrés. Les trois autres degrés des brûlures représentent une destruction plus ou moins profonde des parties.
Certains caractères des brûlures varient avec la nature du calorique. Ainsi, si l’agent est de la vapeur très chaude ou une flamme de gaz, la brûlure est étalée, le derme à nu ; si c’est un liquide chaud (huile, bouillon, etc.), la brûlure est étendue, les parties rouges et tuméfiées, les eschares
molles, les vêtements sont empreints. Quand le corps incandescent est solide, la plaie est unique et profonde.
2“ P ai- les caustiques. — Elles sont produites par la vengeance ou la jalousie. Il peut y avoir brûlure et empoisonnement. Mais nous voulons parler surtout des caustiques liquides versés à la surface du corps ou introduits dans une cavité. Ce sont des rayons ou des sillons formant rigole et partant du point sur lequel a d’abord porté l’action. L’eschare varie avec la nature du caustique. L’acide sulfurique en produit de grises ou de noires ; 1 acide azotique de plus sèches et de jaunâtres. L’examen des vêtements donne de très bons renseignements.
D’une manière générale pour les blessures produites par le calorique ou les caustiques, la gravité est en rapport avec l’étendue et la profondeur. Les brûlures étendues déterminent facilement des réflexes généraux et une sensibilité extrême (tétanos). Celles qui sont profondes occasionnent des suppurations et des hémorrhagies. On doit tenir compte aussi des accidents [consécutifs : rétraction des cicatrices, adhérences vicieuses, canaux ou ouvertures oblitérés.
Dans les brûlures étendues, la mort survient à différentes périodes pendant lesquelles, d après le docteur Mendel, des lésions caractéristiques se produisent : il y a paralysie du système nerveux central ou congestion d organes internes , dans la période d’inflammation : phlegrnasies, telles que pneumonie, pleurésie, péricardite, gastro-entérites et surtout duodénite (par altération de la bile?), tétanos; dans la période de suppuration et d’épuisement : pyémie et septicémie, hydropisie, hémorrhagies intestinales.
L’expertise peut porter sur des cadavres plus ou moins carbonisés. D’après Brouardel, on peut avoir la preuve que la personne était vivante au moment où elle a été atteinte par la combustion, si l’on constate de l’oxyde de carbone dans le sang et s’il y a une coloration rouge uniforme des tissus et surtout des poumons. Cette coloration proviendrait de la destruction des globules sanguins et de la diffusion de l’hémoglobine. Le docteur Falk a, sur un enfant qui portait une plaie au cou et dont le corps fut brûlé, montré que cet
DUS BRULURES.
enfant était vivant parce que la carotide correspondant à la plaie était remplie de sang solidifié. L’action d’une haute température des flammes modifie profondément les tissus. La peau peut éclater sous forme de fentes, au niveau des grandes articulations; les os se brisent, se fendillent; les tissus se rétractent et certains organes, comme le cerveau et le cœur se rapetissent au point que, chez l'adulte, ces derniers organes peuvent être réduits au volume qu’il a chez un enfant d’une douzaine d'années.
5° De la fulguration.
Citons le mémoire du docteur Vincent (de Guère!), l’article Fulguration de Tourdes dans le Dictionnaire encyclopédique. Il faut examiner successivement les circonstances extérieures, les conditions présentées par les vêtements ou objets en rapport immédiat avec la victime elle-même.
a. Circonstances extérieures. — Il y a eu un orage, la foudre a laissé des traces de son passage sur les objets voisins; un incendie a pu être allumé. Comme le dit Ambroise Paré, la foudre est le fou des feux;
b. État des vêlements. — On a vu des individus déshabillés. Les vêtements peuvent être lacérés, les morceaux projetés au loin; des objets métalliques ont été londus : il peut y avoir des déchirures semblables à celles que produisent les projectiles par les armes à feu, ou bien il n’y a aucun rapport entre les brûlures de la peau et celles des vêtements;
c. La victime. — Elle conserve parfois l’attitude qu’elle avait au moment de l’accident, ou est projetée à distance. — Les lésions peuvent être multiples.
f La brûlure à la surface du corps montre le passage d’un courant électrique. Il peut y avoir une série de brûlures. Les parties génitales sont souvent atteintes.
LACASSAGNE
D’après Vincent, on ne constate pas les phlyctènes avec liséré rouge. Les eschares sont sèches.
A tous ces signes on ajoute encore les traces bizar i es du passage de la foudre : l’individu est épilé, et parfois les poils d’une même couleur ont disparu; il y a des empreintes de monnaies que la personne avait dans la poche, des images photo-électriques des objets voisins, et cela sur les vêtements ou la peau de la personne atteinte. Il faut aussi citer les accidents produits par il’ électricité développée industriellement. Au théâtre IMlecour, à Lyon, 'en 1879, un ouvrier ayant par mégarde touché un conducteur non isole lut tue sur le coup. M. Grange a publié un mémoire sur ce sujet dans les Annales d’hygiène de 1885;.
4° De la combustion spontanée.
Ce serait l’inflammation subite du corps humain, soit spontanément, soit par le contact d’une substance en ignition, inflammation produite par une eombus bilité spéciale, développée sous l’influence de labus
des alcooliques. ' , .
C’est une question qui n’a plus qu un interet lnsto
rique, mais qui a permis toutefois d’apprecier es causes capables d’influencer la combustibilité du corps humain. M. Tourdes évalue à 45 ou 48 le nombre tota des faits qui, de 4672 à notre époque, ont ete enre- Î5J, par h science comme exemples (1e combustam fpfnLée. On l'expliquait autrefois soit par l'.mpre- -nation alcoolique de toutes les parties du corps, soit par le développement dans le tissu cellulaire de Daz inflammables (hjdrogène pur, carbone, P^phorep, sulfuré). D’autres auteurs attribuent une Dra
fluence à l’électricité. . # . .
On lui avait trouvé les caractères suivants . e