ARMES CHARGÉES SEULEMENT A POUDRE
une étoffe tendue sur un cadre, avec des fusils de môme calibre, et avec des cartouches ayant la même charge de poudre et de plomb.
A partir de 15 mètres, beaucoup de plombs ont passé en dehors du cadre visé, un carré deO m. 80. L'auteur n*apas observé Tincrustation de grains de poudre et le dépôt de produits de combustion au delà de la dislance d'un mètre.
On voit dans le tableau de Lachèze qu*à une distance de 14 ou 15 mètres, les plombs peuvent encore pénétrer assez profondément pour atteindre un rein, le corps étant dépouillé de vêtements. Les blessures occasionnées par quelques grains ou un seul grain de plomb prennent quelquefois une gravité imprévue. Laugier * a vu se produire une fois la gangrène du membre inférieur, et une autre fois la gangrène du membre supérieur par suite d'une thrombose des gros vaisseaux résultant de la contusion de ceux-ci par un ou plusieurs grains de plomb. Dans les deux cas l'amputation dut être pratiquée.
§ V. — Armes charg^ées seulement à poudre.
Dans les fêtes publiques, les cirques, on tire souvent des coups de feu avec des armes chargées uniquement de poudre, laquelle est maintenue par une bourre en papier, en feutre, etc. Cette bourre constitue un projectile qui, au sortir de l'arme, est animé d'une impulsion très vive, et qui, même après un certain trajet, est encore capable de produire des blessures mortelles ou très graves. C'est ainsi que nous avons vu un enfant de 9 ans blessé par une bourre qui avait pénétré verticalement dans la cuisse à 0 m. 15 de profondeur, alors que, d'après des renseignements qui paraissent exacts, le coup avait été tiré à une distance d'environ 2 m. 50. L'arme était un instrument fabriqué à l'aide d'un frag** ment du canon de fusil Chassepot ; la bourre était en papier très serré, et mesurait 0 m. 20 de longueur.
4. Maurice Laugier, Annales d'hyg. publ. et de méd. lèg., 3« série, t. XXX, 4893.
Avec une arme plus grosse qu'un fusil, la bourre peut pénétrer quand le coup est tiré à une distance plus consi^ dérable. Briand et Chaude citent le cas d'un jeune homme atteint par la bourre en papier d'un petit canon, qui pénétra profondément dans l'orbite ; le coup avait été tiré à une vingtaine de mètres. Cependant, même dans ces cas, la bourre perd rapidement sa force d'impulsion. C'est ce que montrent des expériences entreprises par Tardîeu à l'occasion d'une plainte portée par un homme qui disait avoir eu le bras cassé par la bourre d'un canon tiré à 45 mètres de lui. Ce canon avait une longueur de 1 m. 35 et un diamètre intérieur de 0 m. 10 ; avec une charge de 130 grammes de poudre, une bourre formée de papier fortement tassé atteignait au plus une distance de 40 mètres ; sa vitesse diminuait très rapidement et elle était dépourvue de toute force au moment où elle tombait. La fracture du plaignant fut attribuée à un mouvement violent et inconscient déterminé par le bruit de l'explosion, et ayant eu pour effet de heurter le bras contre une balustrade ^
Quand le coup est tiré de très près, la seule action du gaz de combustion peut être assez énergique pour produire des blessures graves ou mortelles. Hofmann cite l'observation d'un homme qui s'était tiré à la région précordiale un coup d'un pistolet ne contenant pas de projectile : il y avait une large plaque parcheminée de la peau sans plaie ; les cartilages costaux étaient fracturés, et chaque ventricule présentait une déchirure complète qui avait occasionné un épanchement sanguin remplissant le péricarde. Le D' Philouze * a étudié sur le cadavre les effets d'un pistolet du calibre de 14 millim. et d'un revolver à percussion centrale du calibre 8 millim. chargés à blanc. Il a constaté que quand le coup est tiré obliquement, môme aussi près que possible, il ne produit aucune lésion, sauf le tatouage et une légère brûlure de Tépiderme. Quand, au contraire, le coup est tiré bien perpendiculairement, il peut occasion-
4. Tard i eu, Effets d'un coup de canon chargé à poudre (Annales d*hyg. pubL et deméd. lég., f série, t. XI). 2. Philouze, Thèse de Paris, 1897.