AVEC QUEL AGENT LES BRULURES ONT- ELLES ÉTÉ PRODUITES
D'après certains auteurs, le même phénomène se produit quelquefois également sur des cadavres non infiltrés ; mais le fait doit être rare, car d'autres médecins, notamment Casper-Liman et Hofmann, n'ont jamais pu le reproduire. Certains caractères permettent d'ailleurs ordinairement de reconnaître si les phlyctènes ont été produites pendant la vie ou après la mort. Dans le second cas, il n'existe pas de liséré rouge autour de Tampoule, ni de vive injection de son fond, tandis que cet aspect peut se rencontrer, non constamment il est vrai, quand la brûlure a été faite pendant la vie. La présence de nombreux globules blancs dans le liquide de la phlyctène indique aussi une réaction vitale. Enfin, d'après Chambert*, le liquide contiendrait toujours une grande quantité d'albumine et se prendrait en masse sous l'action de la chaleur ou de l'acide nitrique s'il a été sécrété pendant la vie, tandis que, s'il s'est exhalé après la mort, il ne contient que peu d'albumine et les agents coagulants ne déterminent la formation que de quelques flocons.
Les mêmes caractères peuvent servir aussi à distinguer les phlyctènes des brûlés de celles qui se produisent spontanément pendant la putréfaction.
§ III. — Avec qael ag^ent les brûlures ont-elles été produites.
La flamme produit de larges brûlures à surface irrégulière et mal limitée ; elle roussit et carbonise les petits poils de la peau. C'est également le contact de la flamme ou d'un corps en ignilion qui produit les carbonisations profondes des tissus. Ces brûlures respectent ordinairement les points qui se trouvent serrés par les pièces de l'habillement: ceinture, jarretières, etc. Les brûlures occasionnées par l'air ou les gaz chauds atteignent presque exclusivement les parties dépourvues de vêtements. Les brûlures
• pour se produire que sur le vivant. L'eau bouillante n'en fait jamais apparaître sur le cadavre.
1. Chambert, Recherches médico-légales sur les difTérencesdes brûlures produites pendant la vie ou après la mort (Ann, d*hyg. publ. et de méd. lég., 1859, 2e série, t. Xi).
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par des liquides produisent souvent des plaies en forme de sillons ou de rigoles résultant de Fécoulement des gouttes sur la peau, ou des plaies irrégulièrement rayonnées par suite d'éclaboussures. Ces brûlures sont rendues plus graves par le contact prolongé des vêtements imbibés du liquide chaud.
L'examen des vêtements fournit des renseignements importants sur la nature de l'agent qui a occasionné les brû* lures.
Brûlures produites par des substances corrosives, — On désigne généralement sous le nom de brûlures les lésions produites par des substances caustiques ou corrosives. Ces brûlures se produisent accidentellement ou sont le résultat d'un acte volontaire. La projection d'acides sur le visage est un moyen de vengeance souvent employé maintenant, à Paris du moins. L'acide sulfurique produit les brûlures les plus graves et les plus profondes ; vient ensuite l'acide azotique, puis l'acide chlorhydrique, qui ne produit ordinairement que des lésions très superficielles.
Les brûlures produites par des substances chimiques ont partout le même aspect, tandis que celles faites par la flamme ou par un corps chaud déterminent en général des lésions un peu différentes sur les divers points atteints. Ainsi sur la planche IV (empruntée à Hofmann), représentant une enfant brûlée par ses vêtements enflammés on voit : 1° de l'érythème sous forme d'un étroit bourrelet rouge que présente la peau en bordure des parties plus profondément brûlées ; 2^ le soulèvement de l'épiderme : il forme» des phlyctènes aux poignets, sur le dos du pouce droit; à la main gauche il est détaché presque comme un gant; 3° la mise à nu du derme dont les couches superficielles ont subi la nécrose de coagulation ; c'est la lésion la plus étendue; il s'y joint de l'hyperémie inflammatoire et de la tuméfaction ; 4" entre le pubis et l'ombilic, à la face interne des cuisses, des régions rôties, en partie carbonisées ; l'épiderme est encore adhérent et paraît avoir été coagulé en môme temps que la peau. — Les parties correspondant aux jarretières sont intactes. — Le long des plis inguinal et génilo-crural gauches, la peau, devenue
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cassante, s'est fendue post moHem au moment où Ton a étendu le membre.
Quand il s'agit d'acides projetés à la face, on observe très souvent les plaies en sillons provenant de Técouleraent du liquide.
L'acide nitrique colore la peau en jaune, l'acide chlorhydrique également, mais à un moindre degré ; l'acide sulfurique forme des escarres noirâtres.
L'examen des vêtements fournit des données précieuses pour reconnaître quelle substance chimique a produit les blessures. En lavant dans un peu d'eau distillée les parties atteintes, on caractérise facilement les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique.
§ IV. -^ Brûlures non mortelles.
Tant que la cicatrisation de brûlures étendues n'est pas terminée, le blessé reste exposé aux complications énumé» rées plus haut, ainsi qu'à la cachexie qui résulte des suppurations prolongées, et l'expert doit mentionner cette éventualité dans son rapport.
Les brûlures qui ont détruit une partie de l'épaisseur de la peau entraînent après leur guérison des conséquences graves par suite de la rétraction des cicatrices. Presque toujours les plaies ont une certaine étendue et, par suite, la rétraction fait rarement défaut. Il peut en résulter des troubles fonctionnels considérables ; nous avons vu un jeune homme atteint par du plomb fondu sur le cou et la poitrine et qui, consécutivement, avait la tête fortement inclinée sur le cou, conservait une gêne très prononcée des mouvements du thorax et de la respiration, et était incapable de se livrer à tout travail actif. Les brûlures des mains laissent souvent aussi, par soudure des doigts, flexion ou extension forcée de ceux-ci, une incapacité fonctionnelle définitive. Au visage, il se produit des déformations hideuses, de Tentropion ou deTectropion cicatriciels, occasionnant des troubles graves de la vision, alors môme que le globe de l'œil n'a pas été directement atteint, etc.
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S V. — Carbonisation des cadavres.
A propos de cadavres carbonisés, diverses questions médico-légales peuvent se poser, dont les principales sont les suivantes: comment le cadavre a-t-il été carbonisé ? — reconnaître l'identité du cadavre, — quelle a été la véritable cause de la mort ?
Combustibilité du corps humain. — Dans le four crématoire spécial, un cadavre se carbonise en quelques minutes ; mais il faut 1 heure 1/2 ou 2 heures pour que l'incinération soit complète, c'est-à-dire pour qu'il ne reste plus que des cendres et quelques fragments d'os.
Un criminel qui cherche à faire disparaître un cadavre en le brûlant est obligé de placer ce cadavre par fragments dans un poêle, ou bien de l'enduire d'un liquide combustible, ou enfin il allume un incendie dans la pièce où se trouve le corps.
A propos de l'affaire Pel *, des expériences ont été faites pour rechercher comment s'effectuait la combustion d'un corps dans un poêle de cuisine chauffé au charbon de bois. Le four de ce poêle pouvait contenir des fragments du corps de 2 à 4 kilogrammes. On a constaté que cette opération n'occasionnait pas d'odeurintense,sauf au moment où Ton ouvrait la porte du four; l'incinération pouvait être à peu près complète, laissant seulement un résidu de cendres blanchâtres et de fragments osseux, représentant le dixième du poids total primitif. En l'espace d'une heure, on incinérait ainsi 1 kilog. 1/2 à 2 kilogrammes. Pour un cadavre de 70 kilogrammes, l'opération demanderait donc de 35 à 40 heures. Pour un cadavre de nouveau-né, deux heures environ suffiraient. — Hofmann a constaté de son côté qu'en plaçant un cadavre de nouveau-né dans un poêle d'appartement chauffé au bois et tirant bien, l'incinération était complète au bout de deux heures. C'est ce que nous avons vu aussi. Une domestique avait mis le cadavre de son enfani nouveau-né dans le foyer à houille du
i. Brouardel et L'Hole, Ànn. d*hyg, pubL et de méd. lég,, t. XV, i886.