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CARBONISATION DES CADAVRES

fourneau de la cuisine qui resta allumé 2 heures 1/2 ; il ne restait du cadavre que des fragments osseux complètement incinérés. On n'avait pas senti d'odeur dans la maison.

A l'occasion d'une expertise médico-légale*. Descoust, Robert et Ogier ont étudié la combustion à lair libre. Des cadavres revêtus de leurs habits ont été largement arrosés, l'un avec de l'alcool, l'autre avec du pétrole, le dernier avec de l'huile. Les résultats ont été les mêmes avec ces trois liquides ; seule, la rapidité delà combustion a différé. Dans une première phase, la peau et les tissus sous-jacents se rétractent sous l'influence de la chaleur ; il en résulte des déplacements très marqués des membres. « Les bras s'élèvent par des mouvements saccadés (l'avant-bras se rapprochant du bras); les genoux se soulèvent aussi, lestalons se rapprochent du siège. Ce changement d'attitude du catlavre permet à l'air de circuler librement autour des jambes, des cuisses et des fesses ; par suite la combustion devient plus énergique dans cette région, la flamme du liquide répandu à terre pouvant lécher les membres ainsi soulevés. » — Dans une seconde phase, la peau éclate, la graisse sous-cutanée commence à fondre, s'étend à terre tout enflammée, et agit à son tour comme agent de combustion. Mais cette combustion se fait en somme lentement et incomplètement ; au bout de deux heures, il n'y avait encore de détruits que la peau et une faible épaisseur du tissu musculaire.

Malgré cela, la combustion du cadavre par ce procédé peut être poussée fort loin, et sans que le feu se communique aux objets voisins. Dans une expertise faite avec Ogier, nous avons vu une femme qui avait été brûlée dans la chambre assez exiguë qu'elle habitait. Sauf les jambes et les pieds restés intacts, tout le corps était profondément carbonisé et certains os étaient même presque incinérés. Or, les divers objets voisins n'avaient nullement subi l'action du feu. Le corps avait été brûlé probablement avec du pétrole, dont il avait sans doute été aspergé à maintes reprises.

1. Descoust, Robert et Ogier, Ann, d'hyg, publ. et de méd. lég,^ t. XXXI, p. 533, 1894.

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Avec le goudron, la combustion se ferait beaucoup mieux ; sur le champ de bataille de Sedan les cadavres, inhumés à une profondeur insuffisante, exhalaient au loin des odeurs infectes. Ils furent non pas exhumés complètement, mais mis à découvert, arrosés de goudron qu'on alluma ; en une heure environ la combustion était terminée, et il ne restait plus, paraît-il, que des os calcinés.

Les cadavres qu'on retire des décombres d'un incendie ont subi parfois l'action d'une énorme chaleur, et sont alors non pas incinérés, mais carbonisés d'une manière plus ou moins complète. Dès la première période de cette carbonisation, les membres se rétractent, ainsi qu'il a été dit précédemment, et les bras prennent l'attitude dite « de boxe » ou <t de combat », qui a été notée à maintes reprises, et qui est reproduite parla figure 21 laquelle représente une jeune fille brûlée dans l'incendie de l'Opéra Comique *. La rétrac' lion de la peau a aussi pour effet de relever les lèvres qui laissent à découvert les gencives et les dents. Dans une seconde période, la peau éclate sous forme de fentes à bords réguliers, puis les muscles se carbonisent, les os deviennent friables et se brisent. Les membres se trouvent ainsi détachés comme par une amputation ; le thorax s'ouvre, souvent aussi l'abdomen ; les viscères soumis à l'action de la chaleur perdent leur eau, se carbonisent surtout à la partie superficielle et souvent leur volume se trouve ainsi réduit de plus de moitié. L'utérus et la vessie remplie d'urine sont les organes qui résistent le mieux. — Le sang contenu dans le cœur ou dans les gros vaisseaux a la consistance d'une pâte ferme, et a une coloration d'un rouge vif, même lorsqu'il ne contient pas d'oxyde de carbone.

L identité des cadavres carbonisés au point qui vient

1. Brouardcl, L'Incendie de rOpéra-Comique (Ann. d'hyg, publ, et de méd. lég.y 1895). — Les Asphyxies, Paris, i895.

Hofmann et Schulze ont publié n.\x^^\ (Wiener med, Blàtter, 1881) un mémoire sur l'incendie du Ring-ïheater de Vienne qui a fait 450 victimes.

Les incendies de théâtre sont fréquents. On en compte 730 avec 6573 victimes en l'espace de 135 années (Ghoquet, Les Incendiet dans les (hédtres, Paris, 1886).

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d'être indiqué est évidemment très difficile à établir. Il importe, du moins, d'éviterde grossières erreurs. Plusieurs

Fig. 21. — Jeune fille brùléo dans l'incendie de rOpéra-Goniique. D'après une photographie de MM. Ogier et Bordas.

fois, on aurait pu croire que des fragments de cadavre d'un adulte provenaient d'un enfant de 10 ans ou même do

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5 à 6 ans (Hofman) tellement le corps était réduit de volume. C'est qu'en eflet, cette réduction ne porte pas seulement sur les viscères, mais encore sur le squelette, les os se fracturant et s'amincissant par la carbonisation. Le crâne, par exemple, éclate souvent, soit sous l'influence seule de la chaleur, soit aussi sous l'action de la pression inlracrânienne, et la tête peut être alors réduite au volume des deux poings. — Les organes génitaux externes peuvent être complètement détruits, et c'est alors la présence ou l'absence de l'utérus qui permet de reconnaître le sexe *. Signalons encore les modifications que peuvent présenter les yeux. La cornée devient opalescente ; cette opalescence fait croire que l'iris est bleuâtre, le cristallin peut devenir opaque et simuler une cataracte (Brouardel). — Malgré une carbonisation presque complète de la peau, on voit parfois quelques poils subsister, et l'on a pu reconnaître ainsi qu'il s'agissait d'un garçon à peine pubère, d'une femme adulte. Nous-même avons eu occasion de voir sur les victimes de Tincendie du Bazar de la Charité des cas où certaines parties, protégées sans doute par le contactétroit d'un objet quelconque, étaient restées épargnées au milieu d'autres profondément carbonisées.

La cause de la mort peut être parfois reconnue sur un cadavre en partie carbonisé ; mais il faut procéder à un examen très attentif avant de se prononcer sur l'origine des lésions observées.

Les éclatements de la peau simulent plus ou moins bien des plaies par instrument tranchant ; les fentes ainsi produites sont à bords rigides, non renversés, d'une épaisseur égale à celle du reste de la peau qui est carbonisée tout autour sur une zone assez large ; on voit quelquefois, au-

1. Les tissus carbonisés, môme à un haut degré, et notamment Tutérus, montrent encore leur structure histologique. C'est ce qu'a constaté Reuler (Vierteljahrschr, fur gerichtl. Medicin, XVI, 1898) qui signale aussi la striation transversale que prennent alors les faisceaux du tissu conjonctif. — Le même auteur a vu que la réplétion des vaisseaux sanguins, la présence de petites hémorragies, la teinte rouge diffuse du tissu peuvent se produire post mortem par l'action d'une haute température, le sang, tant qu'il reste liquide, étant déplacé et refoulé par la chaleur.

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dessous de la fente, des vaisseaux ou des nerfs non divisés; il n'y a pas de traces d'épanchement sanguin au voisinage. Les fractures ne se produisent guère que lorsque les os sont devenus très friables ; au crâne, ces fractures se présentent sous forme de fissures ou d'éclatement. Une fracture du crâne avec enfoncement ne résulte pas de l'action de la chaleur; elle ne peut être attribuée qu'à un choc extérieur : coup porté volontairement ou heurt accidentel par suite de l'écroulement d'un mur, de la chute d'une poutre, etc.

Dans un cas, on a pu reconnaître sur un cadavre carbonisé un sillon de strangulation, sous forme d'une rigole déprimée, à surface lisse, tandis que la peau avoisinante, également carbonisée, avait un aspect rugueux, inégal et poreux. Il s'agissait en effet d'un meurtre dissimulé par un incendie. A cette occasion SchûppeH s'est livré à des expériences dont les résultats sont les suivants : Quand le lien est enlevé avant que la chaleur n'agisse, le sillon disparaît complètement. Si le lien n'est pas enlevé, il protège très longtemps la peau sous-jacente, et le sillon peut être retrouvé intact. Enfin si le lien finit par brûler, le sillon se carbonise, mais il reste lisse ; sa surface longtemps comprimée est unie, tandis que tout autour la peau est rugueuse, friable et poreuse, par suite de l'éclatement des petites vésicules qui se forment pendant la carbonisation.

11 arrive souvent que l'on trouve de l'oxyde de carbone dans le sang des cadavres retirés d'un foyer d'incendie K C'est la preuve certaine que la victime n'était pas morte avant que cet incwidie fût allumé, et l'on comprend l'intérêt que présente parfois cette constatation. La recherche de l'oxyde de carbone dans le sang permet môme quelquefois des constatations plus précises encore. Nous avons été chargé d'une expertise où il s'agissait d'un homme retiré

i . Vierleljahrschr, fur gerichtliche Medicin, neue Folge, Band XIIT.

2. Le fait a été constaté à maintes reprises, notamment par Hofmann sur les victimes de Tincendie d'un théâtre à Vienne (1882), par le professeur Brouardel lors de l'incendie de TOpéra-comique de Paris (1887) et par nous-môme : Ch. Vibert, La Catastrophe du Métropolitain (Ann, d*hyg, publ, et de méd, lég., 1905).

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mortjd'un vaste foyer d'incendie. Cet homme portait des brûlures étendues, mais superficielles ; il présentait à la région précordiale une cinquantaine de coups de couteau dont six seulement avaient pénétré à Tintérieur du thorax pour atteindre le poumon et le cœur. Tout le sang du corps contenait en abondance de Toxyde de carbone, à Texception du sang épanché dans la plèvre qui n'en contenait pas. Par conséquent les blessures du poumon avaient été faites non pas au moment où Tindividu était déjà intoxiqué par CO, sans connaissance et hors d'état de se défendre, mais antérieurement.

Un autre signe a été indiqué par Falk *. Dans un cas observé par lui, un enfant, après avoir été atteint d'une plaie profonde au cou, fut brûlé vivant ; la carotide du côté correspondant, dénudé par la plaie, était remplie par du sang solidifié ; Falk en conclut que ce vaisseau renfermait du sang au moment où la chaleur avait agi, et que par conséquent Tenfant vivait, car après la mort la caro*?tide est vide ou ne contient qu'une quantité minime de sang.

I VI. — Combustion spontanée du corps humain.

On croyait autrefois que dans certaines circonstances le corps d'une personne vivante pouvait prendre feu spontanément et se consumer. Cette opinion reposait sur des faits assez nombreux dont une cinquantaine ont été publiés ^ ; on pensait que le corps devenait combustible, par suite d'un usage prolongé de Talcool qui finissait par imprégner tous les tissus, ou bien Ton admettait qu*il se développait pendant la vie des gaz inflammables. On citait même des cas où la combustion spontanée s'était limitée à une portion très restreinte du corps, à un doigt par exemple.

Cette théorie fut ruinée en 1850 par des expériences et des travaux véritablement scientifiques entrepris à Tocca-

1 . Vierteljahrschr, fur gerichtliche Medicin, nouvelle série, Band XLII, 4 885.

2 Voir Tourdes, arliclu Combustion humaine spontanée, in Dict, encyc, des se, méd.

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sion d'un procès célèbre, celui delà comtesse de Gœrlitz*. Les experts, parmilesquels se trouvaient Liebiget Bischoff, démontrèrent que la proportion d*eau que contient le corps humain (75 à 80 pour 100) ne lui permet pas de s'enflammer spontanément, ni de brûler sans combustible. Tous les savants se sont ralliés à cette opinion.

11 faut savoir cependant que, dans certains cas, il suf6t d'une très faible quantité de combustible pour occasionner des brûlures du corps qui se continuent après la mort, et détruisent profondément les tissus. Cela arrive surtout à des individus très gras, et que Tâge ou l'alcoolisme rendent peu capables de se sauver à temps. — Voici par exemple un cas relativement récent, observé par le B' Legludic : Une femme de 49 ans, petite, obèse, alcoolique, se couche un soir en état d'ivresse. Le lendemain, elle est trouvée morte dans son lit, dont les draps et matelas étaient partiellement brûlés ; près des genoux, dans le lit, on trouve une allumette dont le bout est carbonisé. Le corps porte à l'abdomen, aux cuisses, aux genoux, des brûlures du !«' au 4* degré, brûlures offrant les caractères de la réaction vitale.

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