LA MORT A-T-ELL*: ÉTÉ LA CONSÉQUENCE DES BLESSURES
techniques qui donnent un air de rigueur à ses affirmations, il risque, môme s'il n'est pas démenti par les faits, de concevoir plus tard, sur le bien-fondé de ses propres déclarations, des doutes pleins de remords.
Le médecin doit s'abstenir absolument d'invoquer des considérations qui ne sont pas directement du domaine de son art. II doit distinguer soigneusement dans son rapport et dans sa déposition, d'une part ce qui est établi, démontré avec certitude par ses constatations, et d'autre part, ce qui est seulement probable, en indiquant clairement les raisons qui militent pour ou contre l'hypothèse qu'il soutient, afin que les magistrats et les jurés puissent, autant que possible, partager avec lui la responsabilité des conclusions.
Il est impossible d'indiquer, ni môme de prévoir toutes les questions qui peuvent être posées à l'expert ; nous allons seulement en examiner quelques-unes.
I I. — La mort a-t-elle été la conséquence directe des blessures.
A côté des cas où les blessures sont d'une telle nature qu'elles auraient entraîné la mort de n'importe quel sujet, il en est d'autres où elles ne sont devenues mortelles qu'en raison de certaines particularités individuelles. La responsabilité de l'inculpé peut se trouver ainsi diminuée, et parfois dans de très larges proportions. Le médecin légiste n'a pas à apprécier par lui-même cette atténuation de la responsabilité, mais il a le devoir d'indiquer soigneusement aux juges et aux jurés toutes les circonstances qui leur permettront de se faire une opinion sur ce point.
Signalons d'abord les cas où la blessure, légère ou môme presque insignifiante par elle-même, devient presque aussitôt mortelle par suite de lésions organiques antérieures. Parmi ces lésions celles dont le rôle est ici le plus fréquent sont les cardiopathies et d'autre part la pachyméningite (voir Mort subite), La minceur extrême de la paroi crânienne doit aussi être indiquée comme ayant rendu beaucoup'plus facile la production d'une fracture.
Moins rares sont les cas où la blessure devient mortelle ViBERT. Médecine légale. 7* édil. 19
290 QUESTIONS RELATIVES A L*flOMIGIDE
par suite d'une complication. Cette complication peut sur« venir en dehors de tout état pathologique antérieur appréciable. Telles sont par exemple les diverses infections et aussi Tembolie pulmonaire consécutive à une phlébite de la région contusionnée. Dans ces cas, le médecin doit indiquer exactement quelles étaient la gravité et les consé- . quences probables de la blessure, abstraction faite de la complication mortelle. Quelquefois il doit faire ressortir que cette complication s*est produite vraisemblablement par la faute du blessé lui-môme ou d'une autre personne ; nous avons vu par exemple une femme qui avait été frappée d'un coup de couteau au bras ; la plaie, peu étendue, avait seulement entamé la surface du biceps ; elle se compliqua d*un phlegmon mortel ; or le mari de cette femme avait pansé la plaie avec un onguent qu'il avait composé luimême à Taide de joubarbe et de graisse prise dans la cuisine.
La complication résulte assez souvent d'une maladie antérieure. L'importance du diabète à cet égard est bien connue. Après lui, nous citerons par ordre de fréquence les affections hépatiques qui, d'après ce que nous avons vu, prennent assez souvent une gravité extrême quelques jours après un traumatisme.
Une question délicate se pose quelquefois à l'occasion des opérations chirurgicales subies par le blessé, spécialement de la laparotomie. L'avocat plaide que le blessé a succombé par suite de l'opération et non par suite de ses blessures. Cette argumentation a quelque chance d'être admise parles uges quand le traumatisme n'a occasionné aucune déchirure, parfois môme aucune lésion des organes internes. La péritonite est mise alors sur le compte de la laparotomie. Il est bien certain cependant qu'une contusion du ventre, non suivie de laparotomie, peut occasionner une péritonite sans lésions traumatiques appréciables des viscères abdominaux ; le médecin légiste doit dire cela, mais sans chercher autrement à empêcher que le doute profite à Taccusé.