AVEC QUELLE ARME LES BLESSURES ONT -ELLES ETE FAITES
{ II. — Avec quelle arme les blessures ont-elles été faites ?
En cas de mort par blessures, la détermination de la nature de Tarme avec laquelle la victime a été frappée est toujours une des parties essentielles de la tâche du médecin ; souvent la question est plus précise et on lui demande si les plaies ont été faites avec telle arme particulière que Ton soumet à son examen. Nous avons déjà vu (page 243 et suivantes), sur quelles données on pouvait s'appuyer pour résoudre cette question, et sous quelles réserves la comparaison des blessures et de Tarme pouvait permettre des conclusions. Ajoutons qu'on doit aussi rechercher avec le plus grand soin sur les armes toutes les traces de Tusage auquel on suppose qu'elles ont servi, à savoir les taches de sang, la présence de cheveux ou de poils, de fragments de tissu cellulo-adipeux ou de toute autre substance pouvant provenir du corps humain. Cette recherche exige souvent un soin très minutieux ; l'exploration doit porter sur toutes les anfractuosités et les parties cachées de l'arme qui échappent aux nettoyages; sur les haches, les marteaux, on examine la partie du fer qui entre dans le manche ; sur les couteaux, on trouve quelquefois du sang dans la rainure du manche, et sur la lame, dans l'encoche qui reçoit l'ongle pour ouvrir l'instrument, dans le creux des lettres qui forment le nom du fabricant, etc. *. II faut décrire avec détail la situation, la forme, la dimension et l'aspect des taches, surtout de celles qu'on enlève pour les analyser. — Il est bon de noter aussi les ébréchures du tranchant, les époin-
4. Dans certains cas exceptionnels, Tarme qui a produit une blessure saignante^ n'est pas tachée de sang. Cela se conçoit assez bien pour les instruments contondants, mais beaucoup plus difficilement pour les couteaux. Cependant Gasper-Liman (7* édition, 2« vol., p. 147) citent un cas de suicide par section du cou avec un couteau qui ne présentait pas la moindre trace de sang. Us attribuent le fait à ce que la plaie n*avait commencé à saigner qu'après que le couteau avait quitté la blessure. Les Drs Fouck et Praum (de Luxembourg ont vu un homme qui 3*était tué d'un coup de couteau ayant perforé le ventricule gauche du coeur; il n'y avait qu'une Irî's minime tache de sang k la pointe du couteau (Ann, d'hyg, pubL et de méd, lég., 1901). l'eut-èlre l'arme s'était-elle essuyée en sortant à travers les vêtements (?).
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tures, les cassures, les traces d'aiguisage qui paraissent récentes et qui auraient perdu en partie cet aspect au mo<» ment où les débats commenceront.
I III. — Dans quelle attitude se trouvait la victime au moment où elle a été frappée?
Si le sang qui tache les vêtements ou la peau se trouve uniquement au-dessous de la blessure et a coulé verticalement sur une grande étendue, on peut en conclure que la victime a été frappée debout ; d'autres dispositions des taches, qu'il est facile de concevoir, indiquent que des blessures ont été reçues par une personne couchée sur le dos ou latéralement. Au cou, aux membres, le trajet de la blessure peut indiquer si les parties frappées se trouvaient dans Textension ou dans la flexion ; la forme de la plaie montre quelquefois aussi que la peau présentait des plis au moment où elle a été divisée.
L'examen des vêtements fournit souvent des renseignements importants ; on peut reconnaître quelquefois s'ils étaient ou non dans une disposition régulière, d'après la correspondance entre les trous que l'arme a faits sur eux et la situation des blessures.
Les positions respectives de la victime et de l'agresseur sont indiquées quelquefois par la direction du trajet de la plaie. Il faut se rappeler, toutefois, que l'arme peut dévier en frappant ; la déviation est surtout à prendre en considération dans les blessures par arme à feu ; elle peut se produire avant que le projectile n'ait atteint le corps. — Les blessures de la partie postérieure du corps peuvent être produites par un individu placé en avant de la victime, et frappant avec le bras porté en arrière de celle-ci, ou bien encore pendant que la victime était baissée en avant.
S IV. — Dans quel ordre lés coups ont-Ils été portés ?
C'est là une question qu'il est bien rarement possible de résoudre avec certitude. On ne peut admettre d'une façon
LA VICTIME S*EST-ELLE ET^FERRés SUR L*ARME 293*
générale que les blessures lesplus graves sontlesdernîères, ainsi que le disent certains auteurs ; le meurtrier peut avoir frappé encore après avoir fait une ou plusieurs plaies mortelles. — Dans un cas d'homicide par section d'une grosse artère, le cœur avait été en outre traversé sans qu'il y eût d'épanchement notable de sang dans le péricarde ; Tardieu conclut que cette blessure avait été faite la dernière. — Tourdes mentionne les circonstances suir vantes comme indiquant l'ordre des coups. « L'arme tranchante et affilée, tordue, faussée, émoussée à la fin, produit des blessures de différents caractères, correspondant aux phases de la lutte. La pointe de l'instrument arrêtée dans un os peut signaler la dernière blessure. Une arme ensanglantée par une première blessure peut s'essuyer sur les vêtements qu'elle traverse en en faisant une seconde. Un coup de couteau avait percé les poumons et le cœur; il existait sur le dos une blessure superficielle qui avait à peine saigné. La face externe des vêtements, au-dessus de cette blessure, était ensanglantée ;le médecin en conclut que le sang déposé provenait de la lésion du cœur, et que par conséquent la plaie du dos avait été faite la dernière.
§ V. — La victime a-t-elle été blessée en se précipitant elie-même sur l'arme?
Il arrive souvent, à l'occasion des homicides commis pendant une rixe, que l'inculpé allègue qu'il avait un couteau ou une autre arme pour tenir en respect son adversaire, et que celui-ci s'est enferré lui-môme en se précipitant aveuglément sur l'arme. Quand la blessure est profonde, il est en général bien difficile d'admettre qu'elle ait été produite de cette façon, sans que l'inculpé ait donné une certaine impulsion à l'arme, ou, du moins, ait résisté avec celle-ci, au choc du corps de son adversaire. On comprend, en effet, que si un homme se jette au-devant d'un couteau, son corps repoussera l'arme, et pour que celle-ci puisse traverser les vêtements et faire ensuite une plaie profonde, il faut qu'elle ait été tout au moins maintenue vigoureusement.
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Certaines circonstances peuvent démontrer la fausseté des explications de Tinculpé. Ainsi un coup dont la direction est nettement oblique de haut en bas exclut, dans la plupart des cas, la possibilité de Tenferrement. Il en es^ de môme si, avec une plaie extérieure unique, on trouve deux trajets distincts ; une telle disposition, qu'il n'est pas très rare de rencontrer, indique que Tarme, après avoir été retirée incomplètement, a été enfoncée une seconde fois dans la plaie. Quand les positions respectives des deux adversaires sont bien indiquées par les déclarations des témoins et de Tinculpé lui-même, on peut quelquefois reconnaître, d'après le siège et la direction de la blessure, si Tenferrement est ou non possible *,
! VI. — La victime a-t-elle pu accomplir certains actes après avoir été frappée?
C'est là une question qui peut présenter de l'intérêt à divers litres, et surtout parce que l'on suppose qu'en raison de la gravité des bleçsures, la victime a été frappée immédiatement avant sa mort et non pas au moment antérieur où il est établi qu'elle s'est trouvée en présence de l'inculpé.
11 convient d'apporter une grande réserve dans la réponse aux questions de cette nature, car de nombreux exemples montrent que des blessures très graves n'entraînent pas toujours la mort immédiate et permettent l'accomplissement d'actes exigeant des efforts prolongés. Les blessures
1. Un cas où ces deux circonstances se trouvaient réunies est rapporté par Fodéré (d'après Elvers). Un meunier est tué par un boucher et celui-ci prétend qu'il tenait son couteau à, la main, et que son adversaire en se précipitant sur lui a fait un faux pas et est tombé sur ce couteau. La plaie, simple extérieurement, conduisait à. deux plaies du ventricule gauche, séparées l'une de l'autre par un intervalle de deux lignes ; le meurtrier avait dirigé l'arme à la façon des bouchers de son pays qui plongent le couteau dans le cœur de l'animal, et, sans le retirer complètement, font une seconde blessure. De plus, comme le coup avait été porté obliquement de haut en bas, que le meunier était beaucoup plus grand que le boucher, cela indiquait que le meunier avait été frappé non pas debout, mais probablement alors qu'il était encore assis.
ACTES AGGOMPUS AVANT tA MORT 295
(lu cerveau sont surtout remarquables à cet égard ; elles peuvent laisser une survie de plusieurs jours et môme de plusieurs semaines, et pendant ce temps le blessé continue quelquefois à vaquer à ses occupations ; nous en avons cité plusieurs exemples à propos de la mort subite (p. 99) ; en voici deux autres que nous avons observés. Un homme reçoit en arrière de la tête une balle qui traverse entièrement le lobe gauche du cerveau suivant son grand axe, en intéressant les corps opto-striés ; il est vu ensuite par plusieurs personnes gravissant un escalier, très péniblement, parce qu'il avait une hémiplégie bien remarquée par les témoins ; il est trouvé sans connaissance à un endroit qu'on a lieu de croire distant de près d'un kilomètre du point où il a été frappé ; il ne meurt qu'au bout de six ou huit heures. — Un homme a le crâne perforé par un coup de marteau qui produit en même temps une plaie du cerveau intéressant les deux premières circonvolutions frontales gauches sur une longueur de 4 centimètres, une largeur de 2 centimètres et demi et une profondeur d'environ 1 centimètre. Trente heures après il put répondre au juge d'instruction, dire son nom et donner quelques indications sur le crime. Il mourut le cinquième jour.
Des lésions très graves des organes les plus importants laissent quelquefois aussi une survie inattendue. On trouve dans le Traité de médecine légale de Devergie les deux observations suivantes. Un homme atteint de fractures nombreuses et étendues (mais non comminutives) du crâne avec épanchement sanguin abondant sous la dure-mère, de rupture du diaphragme et de déchirure de la portion herniée de l'estomac avec issue de près de 1 litre de matières alimentaires dans la plèvre gauche, put marcher pendant deux heures, séjourner en outre pendant une heure dans une ville, répondant aux questions qui lui étaient posées, et ne mourut que plusieurs heures après. Un homme écrasé par sa voilure et atteint d'une large rupture du diaphragme, d'une déchirure complète du jéjunum, de broiement de la rate, put encore faire deux lieues presque toujours à pied et ne mourut que le lendemain. — Brierre de Boismont rapporte un cas tellement extraordinaire que nous ne le