‹ Précis de médecine légaleChapitre 134 sur 410 · ECRASEMENT · texte numérisé non relu

ECRASEMENT

laires, des épanchements de sérosité, des décollements de la peau, lésions attribuables au mouvement de rotation de la roue. C'est surtout le décollement de la peau qui peut être utile au diagnostic, ce décollement atteint parfois une étendue énorme : toute la longueur d'un membre ou du tronc, et parfois on trouve des fragments de tissu celluloadipeux entièrement détachés ^. De telles lésions ne sont guère produites que par le passage d'une roue, ou par un traumatisme analogue (action d'une courroie de machine, etc.), ayant pour effet de tirailler isolément la peau.

Il est assez rare que la roue ne laisse pas quelques traces sur la peau, sauf quand il s'agit de l'abdomen. Ces traces consistent en érosions et en plaques parcheminées ; les ecchymoses sont exceptionnelles. Quelquefois on retrouve sur la peau la marque plus ou moins régulière du fer du cheval, sous forme d'ecchymoses ou de parcheminement.

Parfois cependant il n'y a aucune lésion extérieure sur la région traumatisée. Chez un homme écrasé, dont la tête avait été broyée, mais dont le tronc ne présentait que quelques érosions au niveau du sternum, nous avons trouvé non seulement des déchirures des reins, du foie et de la rate, mais encore des poumons et du cœur dont la pointe, complètement détachée, flottait dans le péricarde resté intact. Il n'y avait pas de fracture de côtes, dont les cartilages n'étaient pas ossifiés, ni d'ecchymoses sous-cutanées ou musculaires.

L'écrasement par chute d'un objet pesant sur le corps produit en général des blessures limitées à une seule région. La compression de la poitrine et du tronc par le genou d'un meurtrier, le trépignement peuvent aussi occasionner des ruptures internes. L'écrasement par compression dans la foule détermine surtout des fractures de côtes et des lésions des poumons (voy. page 193).

1. Quand ces blessures guérissent, elles laissent des cicatrices souscutanées, qui forment une induration en général assez mal limitée du tissu cellulo-graisseux adhérant à la peau, qui se trouve ainsi déprimée, mais qui est d'ailleurs intacte.

g IV. — Des accidents de chemin de fer.

Accidents individuels. — Parmi les blessures reçues par lesouvriers ou les employés, ily a à signaler les tamponnements, dans lesquels l'ouvrier se trouve pris entre les tam^ pons de deux wagons qui viennent heurter l'un contre l'autre ; il en résulte une compression limitée ordinairement au bassinet à la partie inférieure du tronc. Ce traumatisme peut n'occasionner que des lésions extérieures peu graves, des ecchymoses ou des contusions superficielles, sans fracture des divers os de la région ; et cependant il se produit en même temps des lésions des organes internes. Quelquefois la victime meurt sur le coup, ou en très peu de temps à la suite d'une rupture de l'estomac, delà vessie, etc. Dans d'autres cas, les lésions entraînent des troubles très prolongés delà santé et une incapacité de travail quelquefois définitive ; on voit ainsi se produire des paraplégies, des paralysies de la vessie et du rectum, des hémorragies vésicales et intestinales, une hernie abdominale par éventration, etc. Dans un cas que nous avons observé, les troubles étaient plus complexes, et ont fini par intéresser toutes les grandes fonctions, sans prédominance des désordres médullaires, bien que la violence ait porté uniquement sur la partie inférieure du tronc. Ces troubles ont abouti, après deux ans, à une cachexie profonde qu'on ne pouvait attribuer qu'au traumatisme (voy. l'observation à la fin du livre).

Accidents de marche. — Ces accidents résultent de la rencontre de deux trains marchant en sens opposé, d'un tamponnement imprimant une impulsion brusque et rapide à un convoi, d'un déraillement qui fait rouler les wagons sur un sol inégal, de la précipitation d'un wagon du haut d'un remblai, etc.

Les conséquences de ces accidents sont quelquefois terribles au point de vue du nombre des victimes et de la gravité des blessures. L'accident survenu le 5 septembre 1881 à Charenlon a fait 104 victimes, dont 18 ont été tuées sur le coup ; dans l'accident de Saint-Mandé (26 juillet 1891) 16 personnes ont été tuées sur le coup, et 167 ont été blés-

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