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DR. LA NÉVROSE TRAUMATIQUE

manière incomparablement plus fréquente, c'est une affection que nous désignerons, à l'exemple de plusieurs auteurs, sous le nom de névrose traumatique,

La névrose traumatique a été tout d'abord étudiée et décrite chez les personnes qui avaient été victimes d'accident de chemins de fer : delà les noms de raiZioay-spine, de railwayhrain, qui lui ont été donnés par les auteurs anglais et américains. Mais la maladie s'observe également chez les individus qui ont subi un accident de voiture, qui sont tombés de haut, qui ont été victimes d'une explosion, d'un éboulement, qui ont reçu une violente contusion à la tête. Elle ne se produit pas, sauf peut-être de rares exceptions dont nous n'avons vu personnellement aucun exemple, à la suite de blessures par instruments piquants ou tranchants, par armes à feu. — La prédisposition ne joue, à notre avis, qu'un rôle très secondaire et le plus souvent, nul*.

Symptômes. — Les symptômes essentiels de la névrose traumatique consistent en maux de tête, insomnie^ cauchemars, asthénopie accommodative, troubles intellectuels et psychiques spéciaux, le tout constituant un état morbide permanent, entrecoupé par des paroxysmes, des sortes de crises ou d'attaques qui surviennent souvent plusieurs fois par jour.

Les troubles psychiques font bien rarement défaut, parfois ils sont peu accusés, mais chez beaucoup de malades ils acquièrent une grande intensité. Chez ces sujets tout effort d'attention est extrêmement pénible et ne peut être continué un certain temps. La mémoire, en ce qui concerne les choses récentes, est diminuée en ce sens surtout qu'elle présente des lacunes. Un commerçant oublie ses rendezvous, renouvelle à divers fournisseurs une commande qu'il voulait faire à un seul ; un cocher de fiacre ne sait plus trouver son chemin dans Paris ; une ménagère oublie totalement de préparer le repas de la famille ; certains ne

1. Nous avons longuement motivé cette opinion dans nos travaux déjà cités et surtout dans : Vibert, Les Accidents du travail, 1906. ,

peuvent plus lire parce qu'arrivés à la fin d'une page ils ont oublié tout ce qui précède. — Le caractère est profondément modifié ; tous ces malades sont tristes et leur air morne frappe au premier coup d'œil ; ils sont taciturnes et recherchent la solitude. Ils sont devenus extrêmement émotionnables, pleurent pour le motif le plus futile ; souvent aussi ils sont très irascibles et ne peuvent supporter la moindre contrariété. Sauf de rares exceptions, ces troubles ne s'accompagnent pas de délire ni d'hallucinations, et le raisonnement reste correct.

Un symptôme presque constant aussi est celui que nous désignons, peut-être à tort, sous le nom d'asthénopie accommodative ; la vue se brouille vite quand elle s'exerce assidûment à la lecture, à l'écriture, etc., et si l'effort continue il occasionne bientôt des maux de tète, puis une de ces crises qui sont Tune des caractéristiques de la névrose traumatique.

Ces crises surviennent parfois sans cause appréciable, par exemple au milieu de la nuit. Plus souvent elles sont provoquées par un effort intellectuel, par le bruit de la rue, des conversations animées, par une fatigue physique, etc. Elles débutent par ce que le malade appelle ordinairement « des étourdissements » ; il faut entendre par là non pas de véritables vertiges, mais une sorte d'obnubilation intellectuelle avec quelques tintements d'oreille et une grande augmentation du mal de tète ; puis le malade éprouve une sensation d'angoisse, d'anxiété, un malaise général extrêmement pénible ; il lui semble parfois qu'un horrible malheur va lui arriver. Le pouls devient faible, inégal et irrégulier. Rarement cette crise aboutit à une perte complète de connaissance, plus rarement encore à une attaque convùlsive. La durée varie de quelques secondes à une demi-heure et plus. Il est des malades qui ont une dizaine de ces paroxysmes dans les 24 heures.

La plupart des malades présentent en outre un ou plusieurs des symptômes suivants. La dyspepsie est très fréquente ; l'anorexie, les digestions laborieuses avec développement abondant de gaz dans l'estomac, les alternatives de constipation et de diarrhée s'observent souvent. Fré-

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quemment aussi le rachis est très douloureux à la pression et pendant les mouvements, ce qui donne au malade une attitude raide et tout d'une pièce. Le pouls est accéléré, au point de battre constamment entre 100 et 130, sans que le malade s'en aperçoive aucunement ; ou bien il est irrégulier quant à la fréquence et à la force des pulsations. La dyspnée, Toppression sans lésions des organes thoraciques s'observent aussi. La force musculaire peut être extrêmement amoindrie, sans amyotrophie. Les réflexes tendineux sont souvent exagérés, amoindris, ou même abolis. 11 n'est pas très rare d'observer du tremblement, notamment le tremblement fibrillaire des muscles de la face quand le malade est ému ou attentif. — La sensibilité présente des troubles variables, et qui nous ont paru relativement rares: fourmillements dans les extrémités, hyperesthésie (notamment de la face et du cuir chevelu), anesthésie ordinairement disposée en plaques irrégulières. Parmi les troubles sensoriels, ceux de la vue et de Fouïe sont les plus fréquents. Outre Tasthénopie accommodative,on note souvent le rétrécissement concentrique du champ visuel. Les bourdonnements d'oreille sont accusés par beaucoup de malades ; la dureté de l'ouïe et Thyperacousie ont été parfois observées.

Dans certains cas, Tun des symptômes énumérés précédemment se développe outre mesure, prend une importance prépondérante, et paraît au premier abord constituer toute la maladie. On pourrait décrire ainsi des formes cardiaque, dyspnéique, spinale, etc., de la névrose traumatique, dans lesquelles il est d*ailleurs toujours facile de retrouver les symptômes fondamentaux indiqués plus haut.

Développement, évolution, diagnostic et pronostic. — En général, les symptômes de la névrose traumatique ne commencent à se manifester nettement que quelques semaines après l'accident ; ce n'est souvent qu'au bout de plusieurs mois, d'une année, ou plus encore, qu'ils ont acquis tout leur développement. Il ne faudrait pas considérer comme le début de la névrose traumatique certains troubles nerveux qui s'observent souvent immédiatement

après un accident. Les personnes qui ont été blessées ou fortement secouées pendant une collision de trains par exemple ont souvent pendant plusieurs jours une grande excitation nerveuse, de Tinsomnie, de Tag^tation, des maux de tête, de Témotivité, du tremblement. Quelques autres, bien moins nombreuses, tombent immédiatement dans un état mental très voisin du somnambulisme ; Tactivité intellectuelle ne se manifeste plus que par un automatisme restreint à un très petit cercle d'idées, à celles du salut personnel, du domicile à regagner, etc. Tous ces désordres peuvent se dissiper complètement et définitivement en quelques jours, et les personnes qui en ont été atteintes ne nous paraissent pas plus spécialement exposées au développement ultérieur de la névrose traumatique que celles qui, au moment de Faccident, n'ont pas présenté de troubles graves du système nerveux.

Une fois qu'elle est bien développée, la névrose traumatique constitue une maladie très nettement caractérisée, toujours identique à elle-même, à l'intensité près, de sorte qu'on peut prévoir tout ce qu'accusera le plaignant. Il en. résulte qu'un médecin attentif, et surtout expérimenté en cette matière, sera presque toujours à môme de déjouer la simulation.

Au degré le plus léger, la maladie se borne à des troubles psychiques qui peuvent encore permettre au malade de vaquer à ses occupations et de faire prospérer ses affaires. Et cependant celui-ci a beaucoup perdu ; il n'a plus l'entrain, la bonne humeur et le juste équilibre ; il est devenu nerveux, inquiet, triste et irascible ; il est malheureux et insupportable à son entourage. A un degré bien accentué, et lorsque la plupart des symptômes indiqués plus haut sont réunis, on est en présence d'un véritable infirme, d'un individu incapable de se livrer à tout travail, à toute occupation suivie; hors d'état non seulement d'exercer son métier, mais souvent de vaquer à ses occupations domestiques les plus simples.

Le pronostic de la névrose traumatique est difficile à établir, et ne doit jamais être formulé que lorsqu'il s'est écoulé plusieurs mois depuis l'accident. A ce moment, on

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peut dire d'une manière générale que si les symptômes sont peu intenses, restent depuis longtemps stationnaires ou se sont déjà amendés, la guérison est probable, mais elle ne se produit souvent qu'après plus d'une année. Si les symptômes vont en s'aggravant, et s'ils se sont développés tardivement, très graduellement, la guérison est très douteuse, et la maladie a une durée indéfinie.

Nature de la maladie. — Le professeur Charcot enseignait que la névrose traumatique est constituée par l'association de la neurasthénie et de Thystérie. Cette opinion, émise par un savant d'une si grande autorité, paraît adoptée par la plupart des médecins français.

En réalité, l'association des symptômes de l'hystérie et de la neurasthénie n'est pas absolument constante. On passe par des transitions insensibles des cas d'hystérie pure et simple (qui ne doivent pas entrer dans le cas de la névrose traumatique) à des cas qui comportent, avec les symptômes de l'hystérie, ceux de la neurasthénie, et enfin à d'autres où ces derniers existent seuls.

Mais à côté de ces formes où les symptômes éveillent l'idée de troubles purement fonctionnels, il en est d'autres où, avec ces mêmes symptômes généralement très accentués, on constate des signes d'une lésion matérielle des centres nerveux : une fracture du crâne, une atrophie du nerf optique, un hématome de la dure-mère, etc.

Une grosse lésion traumatique de l'encéphale et du crâne est donc susceptible de provoquer l'apparition de symptômes identiques à ceux de la neurasthénie ou de l'hys" téro-neurasthénie. N'en serait-il pas de même pour des lésions traumatiques moins grossières que l'examen clinique ne nous permet pas de diagnostiquer sûrement ? Nous sommes porté à le croire pour des raisons que nous avons exposées ailleurs.

D'après cette manière de voir, la névrose traumatique se produirait parfois dans des cas où, il existe des lésions disséminées de Tencéphale, spécialement de l'écorce cérébrale et dans d'autres cas, les plus nombreux sans doute, ces lésions matérielles feraient défaut. La plupart des symptômes seraient les mômes dans les deux groupes de cas, mais

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avec une gravité et une durée plus grande dans le premier*.

S VI. — Questions de survie.

Quand deux ou plusieurs personnes, parentes entre elles, succombent ensemble dans un accident, il est nécessaire de savoir laquelle a péri la première pour régler les questions de succession. La loi a prévu les cas où cette détermination serait impossible, et elle a fixé, en se basant sur l'âge et le sexe des personnes, dans quel ordre on admettrait qu'elles ont succombé.

Code civil. Art. 720. — Si plusieurs personnes respectivement appeléees^à la succession l'une de l'autre, périssent dans un même événement sans qu'on puisse reconnaître laquelle est décédée la première, la présomption de survie est déterminée par les circonstances du fait, et à leur défaut, par la force de l'âge ou du sexe.

Art. 721. — Si ceux qui ont péri ensemble avaient moins de quinze ans, le plus Agé sera présumé avoir survécu.

S'ils étaient tous au-dessus de soixante ans, le moins Agé sera présumé avoir survécu.

Si les uns avaient moins de quinze ans et les autres plus de soixante, les premiers seront présumés avoir survécu.

Art. 7-32. — Si ceux qui ont péri ensemble avaient quinze ans accomplis et moins de soixante, le mâle est toujours présumé avoir survécu, tors-

i. Nous n'avons pu dans ce volume qu'esquisser sommairement l'iiistoire de la névrose traumatique. Parmi les nombreux travaux qui ont été publiés A ce sujet, nous indiquerons seulement les suivants :

John Eric Erichsen, On Railway and otker Injuries of the nervous System: London. Ce livre est le premier en date sur la question.

Herbert W. Page, Injuries of the Spine and spinal Cord and nervous Shock, intheirsurgical and médico-légal aspects, London, 1885.

Thompson et Oppenheim, Ueber dos Vorkommen und die Bedeutung der sensorischen Anaesthesie bel Erkrankungen des centralen Nervensy stems (Àrch. fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten. 1884).

Oppenheim, Die traumatischen Neurosen, Berlin, 1889. — Dans ce travail, la question est étudiée complètement et à tous les points de vue.

Gharcot. in Leçons sur les maladies du système nerveux^ et Leçons du mardi et aussi dans Ann, d*hyg. publ. et de méd, lég,, février 1889.

Knapp, Nervous affections following Injuries Jîailway-spine^ Rail^ way-brain, 1888, Boston.

Bouveret, La Neurasthénie, J.B. Baillière, 1891. — Crocq fils. Les Névroses traumatiques, Bruxelles, 1896.

Nous-môme avons étudié la question plus spécialement au point de vue médico-légal dans deux mémoires : Vibert, Etude médico-légale sur les accidents de chemins de fer, J,-B, Baillière, 1888. Contribution à Vhistoire de la névrose traumatique {Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég,, février et mars 1893). Tirage à part, J.-B. Baillière, 1893 et Viberl, Les Accidents du travail^ 1906.

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