‹ Précis de médecine légaleChapitre 147 sur 410 · ANOMALIES, DÉVIATIONS ET PERVERSIONS DE L'INSTINCT GÉNITAL · texte numérisé non relu

ANOMALIES, DÉVIATIONS ET PERVERSIONS DE L'INSTINCT GÉNITAL

Avant de traiter des divers crimes ou délits dont le mobile est rinstînct génital, il est nécessaire d'indiquer sommairement les anomalies de cet instinct, anomalies qui ont parfois un caractère incontestablement pathologique, et qui soulèvent d'importantes questions de responsabilité.

L'instinct génital, et par là il faut entendre le désir non seulement des rapports sexuels, mais aussi de toutes les sensations voluptueuses et de toutes les émotions qui s'y rattachent plus ou moins directement, peut être anormal d'abord par son degré de développement. Il peut faire radicalement défaut, même chez des individus dont les organes sont régulièrement conformés ; il ne s'agit pas seulement d'impuissance (voir plus loin, ch. iv), mais d'une inaptitude à éprouver toutes les sensations d'ordre génital. — L'instinct génital est quelquefois incomplet, en ce sens par exemple que l'acte sexuel n'est pas accompagné de sensation voluptueuse ; tel est le cas d'un neurasthénique que nous soignons, nosophobe au plus haut point, et qui ne se livre au coït que parce qu'il le juge utile à sa santé.

Cette anomalie par défaut n'intéresse guère la médecine légale ; il n'en est pas de môme de l'anomalie par exagération.

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Sans doute, quand cette anomalie existe seule chez des individus dont l'état mental n'offre pas de troubles notables, elle ne saurait être invoquée comme une atténuation de la responsabilité, sauf dans des cas extrêmement rares, où elle se présente avec les caractères d'une véritable monstruosité *. — Mais Texaltation de Tinstinct génital se manifeste assez souvent au cours de certaines maladies, et sa nature pathologique comporte alors presque toujours l'irresponsabilité.

Parmi ces maladies, il faut citer en première ligne la paralysie générale. Il est à peine besoin de rappeler que la plupart des paralytiques généraux présentent au début une hyperactivité fonctionnelle. Celle-ci s'étend souvent au système génital. 11 n'est pas rare d'observer des viols, des attentats ou des outrages publics à la pudeur pendant cette première période, où, faute d'un examen attentif, la maladie peut rester facilement inaperçue.

La folie circulaire, pendant sa phase d'excitation, est fort comparable à la période tout à fait initiale de la paralysie

1. Une pbservation typique à cet égard est celle rapportée par Trêlat {La Folie lucide). Une dame V., qui n'a jamais présenté aucun trouble intellectuel, « est parfaite tant qu'elle est enfermée, mais absolument incapable d'user de la liberté. Toute sa vie, dès son jeune âge. elle a recherché les hommes et s'est abandonnée à. eux. Jeune tille, elle les provoquait et désolait ses parents par son avilissement. Du caractère le plus docile, le plus aimable et le plus enjoué, rougissant quand on lui adressait la parole, baissant les yeux toutes les fois qu'elle était en présence de plusicui'S personnes, aussitôt qu'elle était parvenue à. se trouver seule avec un homme jeune ou vieux, môme avec un enfant, elle était subitement transformée, relevait ses jupes, et attaquait avec une énergie sauvage celui qui devenait l'objet de ses amoureuses fureurs... Ses parents la marièrent dans Tespoir de mettre un terme à, ses désordres. Elle aimait son mari avec rage, mais elle aimait avec une rage égale tout homme avec lequel elle parvenait k être seule^ et elle y mettait tant de persévérance et tant d'habileté qu'elle en venait souvent k ses fins. C'était un ouvrier occupé à travailler, un passant qu'elle interpellait dans la rue et qu'elle parvenait à faire monter chez elle sous un prétexte quelconque; c'était un jeune homme, un apprenti, un domestique, un enfant revenant de l'école... Etant devenue vieille, elle était obligée de rétribuer les hommages qu'elle se faisait rendre, et elle travaillait avec une ardeur infatigable pourse payer un plus grand nombre d'amoureux. — A voir cette femtae Agée si alerte au travail d'aiguille, toujours propre et soignée dans ses vêtements, ayant l'apparence décente, le visage simple et honnête, jamais l'on n'eût deviné toutes ces turpitudes. »

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générale, et pousse parfois le malade aux mômes crimes et délits,

L'épilepsie est aussi une source des actes en question, commis pendant la période qui précède ou suit immédiatement un accès, période qui, en règle générale, comporte Tamnésie ultérieure. Krafft-Ebing a rassemblé des cas assez nombreux de ce genre dont quelques-uns se rapportent à Tépilepsie larvée. Il est à noter que ces attentats ne sont pas toujours commis avec la brutalité et la violence aveugles que Ton est habitué à attribuer aux actes des épileptiques en accès ; ils sont quelquefois accomplis au contraire avec des précautions convenables pour en faciliter la réussite et l'impunité.

Il semble aussi qu'il existe des accès d'excitation génitale, analogues aux accès de dipsomanie. Il est difficile en effet de regarder simplement comme de vulgaires débauchés les individus dont l'observation a été publiée par quelques médecins, notamment par Tarnowsky. Ces individus se livrent à intervalles plus ou moins éloignés à des excès qui tranchent si étrangement avec leurs goûts habituels, et qui dénotent une telle exaltation et une perversion si complète du sens génital qu'on ne peut guèredénier leur caractère véritablement morbide.

La démence sénile fournit aussi un grand contingent d'attentat aux mœurs. Le réveil de Tinstinct génital, sous une forme plus ou moins pervertie (attouchement sur les enfants, exhibition des parties génitales, etc.) chez un vieillard dont les désirs sexuels étaient abolis, est parfois la première manifestation de cette démence qui peut rester assez longtemps sans se traduire par d'autres traits bien accentués.

Enfin les idiots ont souvent un sens génital développé à l'excès, se livrent avec fureur à la masturbation et commettent parfois des attentats à la pudeur, des viols, des actes de pédérastie sur les enfants.

Chez les déments, les idiots, comme du reste chez les autres malades dont nous venons de parler, les attentats sont commis non seulement sous l'influence de l'exagération du sens génital, mais aussi en raison de l'affaiblisse-

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ment de la volonté, de ramoindrissement ou de Fanéantissement du pouvoir d'inhibition. De ces deux facteurs, c'est surtout le dernier qui peut faire admettre par les magistrats rirresponsabilité plus ou moins complète. C'est un point que l'expert ne doit pas oublier, sous peine de soulever des discussions sur le libre arbitre envisagé d'une façon générale, ce qui n'est pas de son rôle. ' Certains individus présentent une inversion de rinS" tinct sexuel ^ ; ils sont désignés sous le nom d'invertis^ d'homosexuels ou d'uranistes. Des hommes, dont les organes génitaux sont d'ailleurs normalement conformés, éprouvent et ont toujours éprouvé une indifférence complète à l'égard des femmes, de la répulsion à l'idée du coït pratiqué avec elles, répulsion presque égale à celle que la pédérastie inspire aux hommes normaux. En revanche, ces individus ressentent à l'égard des hommes, et plus spécialement envers un homme particulier, non seulement le désir brutal de jouissances vénériennes, mais parfois encore les diverses émotions qui constituent Tamour dans sa forme la plus complète et la plus élevée.

Souvent cette inversion sexuelle retentit sur tout l'être psychique ; chez un homme inverti, les goûts, les tendances, la manière de sentir et de raisonner, sont d'une femme ; de sorte qu'on a pu dire que chez eux un cerveau et une âme de femme étaient logés dans un corps d'homme.

L'assouvissement des désirs génitaux est cherché tantôt par le coït anal, actif ou passif, plus souvent parle coït périnéal ou par des altouchements exercés sur le membre viril, la masturbation réciproque, etc.

Certains uranistes sont mariés et ont des enfants ; mais ils assurent qu'ils n'ont pu exercer le coït avec leur femme qu'en s'excitantpar la pensée et la représentation mentale

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