Annales médico^psychologiques
2. Voici deux des faits qui ont été soumis à notre appréciation. j Une jeune fille de 21 ans, enceinte de 7 mois au moment de notre ;
examen^ déclare qu'elle n'a subi le coït qu'une seule fois. — Un homme 1
qu'elle ne connaissait pas personnellement, mais qui avait le droit de I
pénétrer dans la maison qu'elle habitait, l'y trouve seule un jour. Elle 1
se rappelle quelles paroles ont été d'abord échangées entre elle et lui ; elle se souvient fort bien qu'il l'a embrassée sur la figure, puis qu'il a commencé à déboutonner sa braguette, qu'en se débattant contre lui '
toires paraissent à priori extrêmement invraisemblables, et en fait elles sont souvent de purs mensonges, conscients ou non. II ne conviendrait pas cependant de leur opposer
elle a été serrée au cou. A partir de ce moment, elle a entièrement perdu connaissance pendant un laps de temps qu'elle ne peut préciser. Quand elle a repris conscience^ elle était assise sur la même chaise ; elle a vu par terre la coiffure de son agresseur ; immédiatement elle a chassé cet homme en l'injuriant et en le griffant aux mains (il a été réellement griffé] ; ce n'est qu'ensuite, en voyant sa robe couverte de poussière, qu'elle a pensé qu'elle avait dû être couchée à terre. — Quant à l'accusé, il niait tout» prétendant avoir échangé seulement quelques paroles banales avec la plaignante. — Comme cette jeune tille ne présentait aucun stigmate d'hystérie, aucune trace personnelle ou héréditaire de névropathie, qu'à, aucune époque elle n'avait rien eu qui ressemblât à l'hypnotisme sous une forme quelconque, nous déclarâmes que rien ne permettait d'expliquer l'évanouissement si profond et si soudain qu'elle disait avoir eu.
L'autre cas concerne une jeune fîUe de 24 ans, hystérique à attaques bien que ne présentant pas au moment de notre examen de stigmates permanents, névropathe à un haut degré, et très probablement hypnotisable, bien que nous n'ayons pas voulu pousser l'expérience jusqu'au bout. Elle prétendait qu'elle allait assez souvent chez un médecin avec sa mère ; un jour qu'elle y était venue seule, le médecin l'aurait d'abord auscultée pardessus ses vêtements, puis tout à coup il lui aurait appuyé fortement la main sur le ventre. Aussitôt la jeune ûlle aurait perdu connaissance pendant un temps qu'elle croit avoir été très court ; elle aurait repris connaissance en éprouvant une vive doutcur dans les parties génitales ; elle était alors assise sur l'un des genoux du médecin; ses jupes étaient relevées par la main de celui-ci qui avait introduit un ou plusieurs doigts dans les parties sexuelles. Elle se serait relevée aussitôt, sans avoir à lutter contre le médecin ; elle s'est retirée sans protester, ce qu'elle attribue à la faiblesse et à l'émotion qu'elle éprouvait. — Cette parlie du récit de la plaignante n'était pas absolument inadmissible ; on constatait cependant que l'orifice de la membrane hymen était trop étroit pour permettre l'introduction du doigt. Mais cette jeune fille, qui avait été prise le soir d'un accès de délire avec hallucinations ayant duré huit jours, ajoutait des détails dont plusieurs étaient inacceptables. Elle prétendait avoir souffert longtemps de douleurs atroces dans les parties génitales, avoir perdu une grande quantité de sanf< par la vulve, avoir été abrutie et privée de volonté par les médicaments (très anodins, en réalité) que lui avait donnés antérieurement son médecin, etc. Nous déclarâmes donc que, suivant toute vraisemblance, il s'agissait d'une histoire purement imaginaire. Le médecin ne fut pas inquiété ; il ignore encore l'accusation qui a été portée contre lui.
Il est à remarquer que cette accusation n'avait pas été faite dans un but de chantage ou de vengeance. La jeune fille était sans doute de bonne foi et s'était suggestionné celte histoire romanesque. On trouvera plusieurs faits du même genre dans la section de ce livre consacrée à l'aliénation mentale.
d'emblée une fin de non-recevoir au nom des principes de la science ; nous sommes porté à croire que le fait est possible ; mais sa réalité dans un cas donné est d'autant plus difficile à établir que Tétude, même très attentive, de la plaignante ne permet pas toujours de reconnaître si elle est apte ou non à présenter ces singulières perturbations nerveuses.
Aphrodisiaques. — La cantharide passe pour exciter les désirs vénériens. Nous avons eu à nous occuper d'une affaire dans laquelle un jeune homme reconnaissait avoir versé subrepticement de la cantharide dans la boisson d'une fille de 16 ans qu'il courtisait depuis quelque temps et qu'il trouvait trop réservée. Cette réserve cessa complètement car bientôt après le dîner, la jeune fille, au dire de nombreux témoins, commença à faire des déclarations passionnées à son amoureux et à lui prodiguer des caresses jusque dans la rue. La nuit suivante elle eut des rêves erotiques. L'intoxication se manifesta par de la dysurie, de l'hématurie et de l'albuminurie qui furent peu intenses et ne durèrent pas, et par une gastrite beaucoup plus tenace. Comme cette jeune fille était une dégénérée, hystérique et anémique, il est à supposer que c'est en raison de cette circonstance que l'action aphrodisiaque de la cantharide s'est produite chez elle d'une manière si accentuée.
Nous ne connaissons pas d'autres cas de ce genre.
Nous avons défini déjà (p. 355) ce que l'on entend par attentats à la pudeur. Dans la pratique médico-légale, ces attentats sont presque toujours constitués, en dehors des actes de pédérastie (voir plus loin), par des attouchements exercés sur les parties génitales de filles non pubères, le plus souvent sur de très jeunes enfants.
On comprend que de simples attouchements exercés avec les doigts, avec la verge, avec la langue ou la bouche ne laissent pas en général de traces appréciables sur les organes génitaux ; aussi arrive-t-il souvent que, môme dans les
cas OÙ les actes incriminés ont été certainement commis, les constatations médicales restent complètement négatives.
Si les attouchements ont été répétés très fréquemment sans être d'ailleurs accompagnés de violences, les organes génitaux peuvent présenter les modifications qu'occasionne quelquefois Tonanisme ; mais ces modifications sont rares et, ainsi que nous le verrons, peu probantes en général.
Des attouchements exercés avec une certaine violence peuvent occasionner des lésions plus ou moins marquées, plus ou moins caractéristiques des parties génitales : la rougeur de la muqueuse, des érosions, des excoriations, des ecchymoses, des plaies ou une inflammation de la vulve.
A Tétat physiologique, la couleur de la muqueuse vulvaire varie du rose pâle au rouge vif, et quand on constate que la muqueuse, d'ailleurs tout à fait saine, présente une rougeur même assez intense, uniformément répartie, il n'y a guère de conclusions à en tirer relativement à la réalité de l'attentat allégué. Quand la muqueuse, en même temps qu'elle est rouge, est un peu tuméfiée, douloureuse au toucher ; quand l'enfant se plaint de souffrir des parties génitales pendant la marche et pendant la miction, il existe un premier degré d'inflammation vulvaire^ et, pour apprécier la nature et la cause de cette inflammation, il est nécessaire d'en suivre l'évolution en examinant de nouveau l'enfant une ou plusieurs autres fois.
La rougeur limitée à une certaine partie de la vulve s'observe quelquefois sans qu'il existe d'autres traces de violences. Ces rougeurs partielles ne peuvent que raremen être attribuées avec certitude à des attouchements ; on les trouve fréquemment aux points où a séjourné la matière sébacée, sur diverses parties de la vulve quand il existe un écoulement même très léger, et quelquefois aussi en l'absence de ces causes, chez les petites filles proprement tenues ; elles occupent souvent alors la périphérie de l'hymen, près de l'insertion de cette membrane.
Les ecchymoses ont évidemment une signification beaucoup plus nette ; elles se présentent sous forme de taches