DÉPOSITION ORALE
La présence de ce sang prouve que la blessure de la tête a ét^ produite pendant que Tenfant vivait, et qu'elle a bien été la cause de sa mort. De telles fractures ne peuvent être attribuées qu'à un coup ou à un choc violent.
Un rapport relatif à des blessures (reproduit à la fin de ce livre) peut être résumé très brièvement dans la déposition orale.
J*ai fait le l'autopsie du cadavre du sieur X... J'ai cons-
taté que cet homme avait été atteint au-dessous du sein gauche d'une blessure produite par un instrument piquant très délié ; l'arme, dirigée de gauche à droite, de bas en haut, et un peu d'arrière en avant, a pénétré à une profondeur de 15 centimètres, en traversant le poumon de part en part. La mort a été la conséquence de rhémorragie interne produite par cette blessure.
Le corps ne portait pas d'autres marques de violences» indiquant que le sieur X... ait reçu des coups ou soutenu une lutte avant d'être frappé mortellement.
S'il s'agit d'un attentat à la pudeur, on pourra s'exprimer, par exemple, de la façon suivante (voy. le rapport à la fin de ce livre) :
J'ai examiné la demoiselle X..., le . J'ai constaté que cette jeune fille n'était pas déflorée ; en effet la membrane hymen, qui ferme l'entrée du vagin, n'était pas déchirée, et l'orifice que présente toujours cette membrane était^ dans le cas particulier, de trop petites dimensions pour laisser passer le membre viril en érection. Au moment de mon examen, les parties génitales de la jeune X... étaient saines, elles n'étaient pas le siège d'écoulement, ne présentaient pas d'érosions, d'ecchymoses, ni de marques quelconques deviolences,et je n'ai trouvé aucune trace matérielle de l'attentat dont cette jeune fille dit avoir été victime.
Quand le médecin a terminé, le président l'interroge quelquefois sur divers points, soit pour obtenir des renseignements plus complets relativement à certaines parties du rapport, soit pour connaître son opinion sur d'autres faits révélés au cours de l'instruction ou depuis Touverture des débats^ puis il demande successivement aux jurés, à l'avocat général et au défenseur de l'accusé, s'ils ont quelques questions à poser au médecin. Toutes ces personnes ont, en effet, le droit d'interroger les témoins :
mais les questions se font par rinlermédiairedu président,: et, en général, il faut éviter de répondre directement à Tavocat ou à celui des jurés qui a pris la parole.
Le médecin donne, bien entendu, toutes les explications et tous les éclaircissements qui lui sont demandés, et c*est ici surtout qu'il doit mesurer ses paroles, peser les conséquences de ce qu'il dit, et ne rien avancer qu'il ne soit en état de prouver au besoin. Quelquefois une longue discussion s'engage avec le défenseur, car dans certaines affaires, principalement celles qui sont relatives à Tavortement, à Tinfanticide, au viol, à l'attentat à la pudeur, les déclarations du médecin ont souvent une importance capitale, sont la base môme de l'accusation, et l'avocat s'efforce d'en diminuer la valeur, d'en atténuer la portée et de combattre les conclusions de l'expertise.
Cette discussion exige de la part du médecin beaucoup de prudence ; certains avocats tâchent de le faire tomber dans des contradictions, ils s'efforcent de montrer que sur un point tout à fait secondaire, il s'est trompé ou n'a pas été à même de répondre, et ils s'appuient sur une erreur ou une omission insignifiantes pour insinuer que l'expertise tout entière ne mérite pas grande créance. Il faut s'attendre aussi à se voir opposer des citations des traités spéciaux les plus autorisés qui ont été apportés à Taudience par l'avocat ; l'on est obligé quelquefois de reconstituer des passages tronqués, d'indiquer la véritable signification de l'opinion citée, etc. Le médecin peut entrer, en répondant, dans les développements qu'il juge convenables, en n'oubliant pas toutefois qu'il parle devant un public non médical et en traduisant sa pensée en termes intelligibles pour tous. Certains avocats ont pour tactique de poser de nombreuses objections qui sont sans aucune valeur par elles-mêmes, mais qui, par leur multiplicité même, laissent croire aux jurés que les conclusions de l'expertise sont peu certaines et passibles de' beaucoup de doutes ; c'est souvent un devoir pour le médecin d'insister alors sur le peu d'importance des objections qui lui sont faites. Mais un devoir plus impérieux est de ne pas se départir d'une impartialité absolue, de ne pas se laisser ani-