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LA GROSSESSE PEUT-ELLE DETERMINER DES IMPULSIONS

couche elle n'avait pas vu ses règles et avait pris beaucoup d'embonpoint, ce qu'elle attribuait à la lactation. Un jour elle fut prise de douleurs abdominales qu'elle crut occasionnées par des coliques hépatiques. Moins de deux heures après Taccouchement était terminé.

Quand il s>git d'une primipare non mariée, c'est surtout aux magistrats et aux jurés qu'il appartient de décider si une fille a pu être assez simple et assez ignorante pour ne pas connaître les conséquences possibles du coït, et pour ne pas comprendre la signification des phénomènes qui se passaient en elles. — Nous avons vu une fille primipare, paraissant d'ailleurs fort peu intelligente, qui était entrée à deux reprises dans un hôpital de Paris où elle avait été admise comme atteinte d'un kyste de l'ovaire ; pendant son second séjour à l'hôpital elle accoucha, dans les latrines, d'un enfanta terme qu'elle précipita immédiatement dans la fosse ; elle assura qu'elle ne s'était jamais crue enceinte et qu'elle l'avait compris seulement, non pas pendant les douleurs de l'accouchement, mais au moment môme où l'enfant était sorti. Cette fille, qui avait avoué son infanticide, paraissait sincère dans ses déclarations ; elle avait sans doute cru elle-même à l'interprétation que les médecins avaient donnée de son état.

§ V. — La g^rossesse peut-elle déterminer des Impulsions irrésistibles ?

Il arrive assez souvent qu'une femme ayant commis un crime ou un délit (ordinairement un vol) invoque comme excuse son état de grossesse qui l'aurait poussée d'une façon irrésistible à commettre l'acte qui lui est reproché.

Il est certain que la grossesse détermine quelquefois des troubles psychiques nettement accentués. Nous ne parlons pas des dépravations singulières de l'appétit, des désirs d'aliments bizarres qui n'ont rien à voir avec cette question, mais des changements de caractère, des désordres affectifs qui existent réellement, et qui font par exemple qu'une femme, sans motifs appréciables, montre une antipathie prononcée pour des personnes auxquelles elle avait

témoigné de raffection auparavant. Outre cet état, qui n'est pas extrêmement rare, il faut bien admettre que la grossesse peut déterminer aussi, dans des cas très excep^ tionnels, de véritables impulsions irrésistibles. On a vu en effet des femmes d'une conduite jusque-là irréprochable, se trouvant au-dessus de tout besoin, commettre, pendant qu*elles étaient enceintes, une série de vols ou d'autres actes répréhensibles, dont elles ne tiraient aucun profit. Mais si Tirresponsabilité des femmes enceintes doit être considérée comme possible d'une façon générale, il est évident qu'elle ne peut être admise dans un cas particulier qu'après un examen approfondi. On doit rechercher avec soin les antécédents héréditaires et l'état mental antérieur de la femme, car la grossesse ne fait souvent que développer des troubles dont le germe existait auparavant ; il est rare aussi que tout se borne alors à l'impulsion qui a fait commettre l'acte incriminé ; on trouve au contraire ordinairement d'autres désordres des facultés intellectuelles ou des sentiments affectifs, existant simultanément. Enfin il faut examiner l'acte lui-même, s'il a été soudain, non prémédité, accompli pour satisfaire un désir immédiat ou un appétit physique, et non pour en tirer un véritable profit, pour obtenir un gain illicite à Taide de manœuvres longuement combinées. — Suivant que ces circonstances sont ou non réunies, sont plus ou moins évidentes, on peut exprimer l'opinion que la femme est ou bien irresponsable, ou bien dans un état qui atténue sa culpabilité et appelle l'indulgence. En pareil cas, il est quelquefois facile à l'expert d'expliquer aux juges les motifs de l'opinion qu'il soutient, et qui s'impose souvent par les circonstances dans lesquelles le délit a été commis *.

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