A QUELLE DATE REMONTE L* ACCOUCHEMENT
grande valeur; cependant, il mérile d'être pris en considération, dansleS'Cas où il vient confirmer d'autres signes peu accentués et dont l'interprétation resterait un peu douteuse.
§ III. — A quelle date remonte raccouchement ?
Dans les dix premiers jours environ, on peut reconnaître avec une assez grande approximation la date à laquelle remonte l'accouchement, en prenant en considération le volume de l'utérus, à la condition toutefois que le retrait de cet organe n'ait pas été entravé par quelque cas pathologique. Vers le dixième jour, le fond de l'utérus disparait derrière la symphyse pubienne, et à partir de ce mom.ent, on ne peut guère préciser à quelle époque s'est effectué l'accouchement. Cependant, dans certains cas on peut tirer parti d'une déchirure de la fourchette ou d'autres lésions non cicatrisées de la vulve ; l'aspect des lochies et leur examen microscopique peut fournir aussi des données utiles. Mais cet écoulement prend rapidement les caractères d'une leucorrhée ordinaire qui peut persister ensuite très longtemps, et à cet état, il ne donne aucune indication utilisable.
Quant à la présence du lait dans les seins, c'est un signe qui ne doit être invoqué qu'avec beaucoup de réserve. La sécrétion lactée est habituellement très abondante dans les premiers jours qui suivent l'accouchement; elle peut disparaître en peu de temps, quinze jours et même moins, tandis que dans d'autres cas elle persiste, sans allaitement, pendant de nombreux mois. Le lait est alors en getite quantité, mais il est facile d'en faire sourdre plusieurs gouttelettes en comprimant la base du mamelon.
Il arrive môme quelquefois que la compression du mamelon fait sortir un liquide lactescent chez des femmes qui n'ont jamais été enceintes ou qui n'ont pas eu de grossesse depuis plusieurs années. Ce fait est relativement assez fréquent chez les femmes atteintes d'une affection utérine ; il s'observe aussi en l'absence de cette cause. D'après certains auteurs, la sécrétion lactée aurait été dans quelques cas assez abondante pour nourrir un enfant ; le YiBEUT. Médecine légale. 1* édit, 28
même fait s'observerait chez les femelles d'animaux. Oa a vu quelquefois aussi la sécrétion lactée chez des hommes*.
L'état de la sécrétion lactée donne cependant des renseignements utiles et parfois très importants. Nous avons examiné une femme qu'on soupçonnait être accouchée six semaines auparavant ; cette femme disait avoir eu plusieurs grossesses, mais niait celle plus récente qui lui était imputée. Au moment de l'examen, elle ne présentait d'autres signes d'un accouchement récent qu*une sécrétion lactée assez abondante qui, disait-elle, avait persisté depuis sa dernière grossesse remontant à deux ans. Pendant le séjour dans la prison, l'écoulement du lait diminua graduellement et disparut tout à fait au bout d'environ un mois ; cette circonstance nous fit dire que probablement la femme était accouchée depuis peu.
Après un mois ou six semaines, il est le plus souvent impossible de reconnaître, même approximativement, la date de l'accouchement, et souvent, on ne peut affirmer qu'il ne remonte pas à plusieurs années.
§ IV. — Une femme a-t-clle eu an seul on plnslears accouchements ?
Cette question ne peut être résolue. On constate les mêmes signes, qu'il y ait eu un ou plusieurs accouchements ; ces signes sont en général plus accentués quand la femme a eu plusieurs grossesses, mais il y a à cet égard tant de différences individuelles qu'on ne peut se baser sur ce point pour formuler des conclusions. — Cependant, certaines circonstances particulières pourraient permettre, dans des cas exceptionnels, d'être plus affirmatif; par exemple, si l'on trouvait, 'avec les signes d'un accouchement tout à fait récent, une cicatrice ancienne de la fourchette.
1. Mascarel, Une femme mariée peut- elle avoir pendant plusieurs années du lait dans les deux seins sans avoir jamais été en état de gestation? [Soc. de méd. lég., séance du 10 décembre iSSZ, Annales (T hygiène, 1884, t. XI).
UNE FEMME PEUT-ELLE AGGOUCHEIl SANS s'eN APERCEVOIR 435
§ V. — A quelle époqae de la grrossesse a eu lieu Paceoucheinent ?
Celte question ne peut être résolue qu'approximativement. Des vergetures nombreuses, une ou plusieurs déchirures du col de Tutérus, une déchirure de la fourchette, indiquent un accouchement elTectué à terme, ou tout au moins après le sixième mois delà gestation. Mais il ne faut pas oublier que chacun de ces signes peut manquer après un accouchement à terme, et que même ils pourraient faire simultanément défaut ou être très peu accusés. Leur absence permet cependant en général de conclure que Taccouchement a eu lieu probablement avant le septième mois de la grossesse, sans qu'il soit possible de préciser d'une façon plus exacte, surtout si Fexamen est tardif.
S VI. — Une femme peut-elle accoucher sans s'en apercevoir?
Il est certain qu'une femme complètement privée de connaissance peut accoucher sans le savoir. Le fait n'a guère d'intérêt médico-légal, car dans l'immense majorité des cas, la perte de connaissance résulte d'un état pathologique antérieur facile à déterminer : éclampsie, épilepsie, aliénation, ivresse profonde, etc. Quant à la perte de connaissance survenant du fait seul de l'accouchement et résultant soit' d'une hémorragie très abondante, soit de l'excès des douleurs, on ne peut admettre qu'elle ait été assez profonde et assez prolongée pour rendre l'accouchement tout à fait inconscient, que s'il existe des circonstances très spéciales.
11 ne nous paraît guère admissible que l'accouchement puisse s'effectuer inconsciemment pendant le sommeil naturel, bien qu'on en ait cité quelques exemples. Ces exemples sont fort peu nombreux. Coliez * n'a pu en trouver qu'une dizaine dans toute la littérature médicale, et
i . Coliez, Les Accouchements inconscients et sans douleur. Thèse de Paris, 1899.
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encore la plupart ne semblent-ils pa&parfaitement probants, notamment en ce sens qu'il n'y a pas de renseignements sur Tétat antérieur de la femme.
Ces renseignements sont cependant fort importants, car Taccouchement peut être rendu complètement indolore, même à Tétat de veille, en raison de l'analgésie et de Tanesthésie des organes génitaux externes et internes.
Le fait peut se produire chez les femmes atteintes de tabès, même à la période initiale. Neuf cas de ce genre ont été publiés *.
Le professeur Brouardel * a vu aussi le cas suivant: «Une dame R... avait déjà deux enfants. Chacun des accouchements avait été accompagné d'un accès de manie qui avait duré de 4 à 6 mois. Cette dame devint de nouveau enceinte. Etant à table avec son mari et ses deux enfants, elle sentit une gêne au niveau des parties génitales. Elle se redressa le long du dossier de sa chaise et entendit tomber quelque chose à terre. Avant d'avoir pu se baisser pour constater ce qui était tombé, elle entendit un second bruit analogue. Le mari ramassa à terre deux fœtus de 6 mois... Cette dame avait une anesthésie et une analgésie complètes, notamment aux parties génitales, à tel point que, les yeux fermés, elle ignorait si Ton pratiquait le toucher vaginal. Les mouvements communiqués à l'utérus n'étaient pas perçus.