INFANTICIDE PAR BLESSURES
Il peut arriver aussi que des blessures aient été faites în utero par un traumatisme ayant atteint la mère. Un ébranlement violent du corps, comme celui qui résulte d'une chute de haut, produit ordinairement des lésions graves sur Tenfant (page 322). Même quand Tutérus est resté intact, Tenfant peut subir des blessures graves, par exemple des fractures du crâne. Dans un cas rapporté par Dittrich, une femme, presque au terme de sa grossesse, tombe de sa hauteur, le ventre heurtant un objet en fer. Elle ressentit une vive douleur, mais la chute n*eut pour elle aucune suite fâcheuse. Elle accoucha le lendemain d'un enfant qui présentait une déchirure totale de la paroi abdominale, s*étendant de Tune à l'autre épine iliaque. Il est vrai que cet enfant était atteint de syphilis congénitale, avec hydropisie généralisée.
Les plaies par instrument piquant et tranchant sont rares.
Il faut signaler cependant Tinfanticide par acupuncturcj qui consiste à introduire une longue aiguille, soit dans le cerveau à travers les fontanelles, soit dans le cœur ou dans les gros vaisseaux, soit môme dans le bulbe en passant par la nuque ou par le pharynx. Comme le criminel a soin d'exercer des mouvements étendus avec Taiguille, il se produit ainsi des déchirures et des dilacérations du cerveau ou des autres organes, tandis que la plaie extérieure, très minime, est peu apparente. Plusieurs cas de ce genre ont été publiés à diverses époques.
Il y a aussi quelques exemples d'infanticide par section du cou. Dans un cas que nous avons observé, il s agissait d'une jeune fille de 16 ans qui, à Taide d'un couteau de table ordinaire, fort mal aiguisé, avait séparé complètement la tête du tronc. Les caractères de cette vaste plaie, et surtout les signes d*une hémorragie énorme, auraient suffi à établir que cette mutilation avait été faite pendant la vie; la mère l'avait du reste immédiatement avoué.
Fodéré cite encore des cas où l'enfant a été tué par une simple torsion du cou. On trouverait, suivant lui, à l'autopsie des contusions ou des déchirures des ligaments vertébraux et de la moelle épinière. Nous avons vu nous-
môme un nouveau-né qui avait été étranglé avec une ficelle et qui présentait en outre des déchirures multiples des muscles de la nuque, ce qui nous a fait supposer qu'il avait subi aussi une forte torsion du cou.
§VI. — Infanticide par omission.
On comprend sous ce nom les cas où la mort de Tenfant résulte de ce que la mère a omis volontairement de donner au nouveau-né les soins qui lui sont nécessaires.
L'enfant peut succomber ainsi à des causes diverees : par hémorragie ombilicale, le cordon n'ayant pas été lié (p. 502), par suite de l'application sur la face de fragments des membranes de l'œuf empêchant la respiration, ainsi que nous en avons observé des exemples très nets (voirie rapport à la fin de ce livre), ou bien parce que l'accès de l'air est empêché en raison de la position dans laquelle est laissé le corps.
La mort peut arriver aussi parce que l'enfant a été abandonné pendant un certain temps nu, ou presque nu, dans une chambre froide. Voir le paragragraphe consacré à la mort par l'action du froid (p. 195 et suivantes}*.
Dans une accusation d'infanticide par omission, l'expert a le devoir de rechercher si l'intention criminelle de la mère ne doit pas être écartée. Il est quelquefois admissible que l'inculpée ait ignoré la nécessité des soins qu'elle a omis ; c'est ainsi qu'une primipare, jeune fille inexpérimentée, peut très bien ne pas savoir qu'il faut lier le cordon, ou ne pas comprendre le danger de l'enveloppement de la face par des fragments des membranes de l'œuf.
Dans quelques cas, la mère allègue que par suite de faiblesse ou de perte de connaissance, elle était dans l'impossibilité matérielle de porter secours à son enfant. D'une manière générale, cette assertion est admissible. Toutefois, les soins indispensables à un nouveau-né ne réclament pas beaucoup d'efforts ; il s'agit de le préserver du froid, d'é-
1. Voir aussi L. Labordo, Action du froid sur les nouveau-nés et les enfants à la mamelle^ thèse de Paris, 1866.
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carier les couvertures qui peuvent lui recouvrir la tête, d'empêcher que la face ne baigne dans les liquides de Taccouchement,etc., toutes choses qui n'exigent pas beaucoup de force physique et peuvent être faites par une femme très affaiblie. Quant à la perte complète de connaissance, elle est ordinairement le résultat d'une syncope produite par une hémorragie très abondante, et celle-ci laisse un état général qui ne se dissipe pas immédiatement et dont les traces peuvent quelquefois être encore reconnues au moment de Texamenderinculpée. L'inspection de l'endroit où s'est effectué l'accouchement, l'état des linges, objets de literie, etc., peut aussi donner quelques renseignements sur l'abondance de l'hémorragie.
Certaines circonstances particulières indiquent aussi quelquefois que vraisemblablement la mère aurait pu donner des soins à son enfant ; par exemple si le cordon ombilical a été coupé ou déchiré par elle, si elle s'est transportée de l'endroit où a eu lieu l'accouchement à une certaine distance, etc.