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ARTICLE V. - QUESTIONS ACCESSOIRES RELATIVES A L'INFANTICIDE

1 1. — Combien de temps renfant a-t-ll vécu ?

Il est indispensable, pour qualifier une accusation d'infanticide, de savoir s'il s'agit ou non d'un enfant nouveau-né. Nous avons vu que la jurisprudence ne délimite que d'une façon vague la période pendant laquelle l'enfant doit être considéré comme un nouveau-né et que l'expert, sans avoir à se prononcer sur l'appellation qui convient à l'enfant, doit s'efforcer de déterminer aussi exactement que possible combien de temps celui-ci a vécu, afin de fournir des éléments précis d'appréciation aux magistrats et aux jurés. Cette question se pose du reste assez souvent.

Dans d'autres cas, la qualification de nouveau-né n'étant pas discutée, lajustice a intérêt à savoir si l'enfant est mort immédiatement après sa naissance, ou s'il a survécu

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quelques instants ; cela peut être utile dans certaines circonstances pour apprécier les allégations et le système de défense de l'accusée.

Pour résoudre ces questions, on s'appuie sur les signes suivants.

Contenu de V estomac. — L'estomac d'un enfant qui n*a pas vécu renferme une quantité variable de mucus sous form e d'un liqu ide visqueux, tenace , transparent ou mélangé de flocons blanchâtres, qui prend avec les progrès de la putréfaction une teinte d'un rouge brun sale.

Nous avons vu que la présence de l'air dans l'estomac et l'intestin indique que l'enfant a vécu. La quantité de cet air n'est pas toujours proportionnelle à la durée de la vie de l'enfant ; quelquefois tout l'intestin grêle en est rempli après quelques heures, et dans d'autres cas, certaines de ses parties en sont encore dépou vues après plusieurs jours. Cependant, quand on trouve beaucoup d'air dans l'estomac, il est certain que la mort n'a pas été immédiate. Si cet air est mélangé au mucus, forme avec lui des bulles plus ou moins volumineuses, si, en même temps, on rencontre dans l'estomac de la salive spumeuse, on peut en conclure que Tenfant a vécu pendant un temps qui, sans pouvoir être fixé exactement, peut être évalué, croyons-nous, à un minimum d'environ deux minutes.

Il va sans dire que si le corps est putréfié, ce signe perd toute valeur ; il en serait de même s'il était établi qu'on a pratiqué l'insufflation.

Il est inutile d'insister sur l'importance que présenterait la constatation de la présence du lait dans l'estomac.

État des poumons. — Nous ne mentionnons ici l'état des poumons que pour mettre en garde contre les conclusions erronées qu'on pourrait être tenté d'en tirer. Il faut savoir, en effet, que les poumons peuvent être complètement remplis d'air après un très petit nombre d'inspirations, peut-être même après une seule ; c'est ce que montrent les expériences sur les animaux et aussi certaines observations médico légales faites dans des circonstances où des renseignements très exacts ont pu être obtenus. D'autre part, il est certain qu'un enfant peut vivre plusieurs heures et plu-

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sieurs jours alors que ses poumons n'ont reçu de l'air que dans une portion de leur étendue.

Bosse séro-sanguine. — La bosse séro-sanguine qui se forme fréquemment sous le cuir chevelu pendant l'accouchement disparaît rapidement. La présence d'une de ces tumeurs volumineuse, bienlimitée, etcontenant unegrande quantité de sérosité, indique queTenfant n'a pas vécu plus de trois ou quatre jours.

État du cordon ombilical et des vaisseaux ombilicaux. — Après la naissance, le cordon se dessèche S puis tombe en se détachant au niveau de Tombilic. La séparalion se fait par Tulcération d'abord des parties périphériques, puis des vaisseaux ; l'ulcération s'accompagne de la production d'une petite quantité de pus. Elle commence en général après les 48 premières heures qui suivent la naissance, par la formation d'un liséré rouge autour de la peau ; la chute du cordon a lieu ordinairement dans le cours du cinquième ou sixième jour. C'est là ce qui s'observe le plus communément ; mais il y a quelques exceptions : l'élimination du cordon peut être plus tardive ou plus rapide ; Depaul l'a vue terminée une fois au bout de 36 heures, et dans un autre cas le treizième jour seulement. Après la chute, il reste une petite plaie minime qu'on aperçoit en écartant les plis de Tombilic, et qui se cicatrise après deux ou trois jours.

Il peut arriver que le cordon ait été arraché au ras de l'ombilic au moment delà naissance ou peu de temps après. Quand le cadavre est encore frais, on reconnaît en général facilement qu'il s'agit d'un arrachement et non d'une élimination naturelle, car il est rare qu'il ne reste pas quelques fragments de la gaine amniotique ou des vaisseaux. Sur les cadavres putréfiés, cette distinction est souvent impossible à faire.

Après la ligature du cordon, il commence à se former des caillots à l'extrémité de la portion intra-abdominalc

1. La dessiccation du cordon n'est pas un phénomène vital ; elle peut se faire également après la mort, et d'autant plus vite que le cadavre a séjourné dans un endroit plus sec et plus chaud. Sur le vivant, le cordon reste quelquefois humide et se putrêlie sans s'être desséché.

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des vaisseaux ombilicaux, dont le calibre n'est pas, cependant, complètement oblitéré. Quelque temps aprèsla chute du cordon, 5 jours au plus tôt, les vaisseaux ombilicaux quittent Tombilic, ou du moins n'y restent plus reliés que par leur tunique externe ; les deux autres tuniques se rétractent graduellement, et quelquefois dès la fin du deuxième mois les extrémités des artères se trouvent au niveau du sommet de la vessie *.

État de la peau. — La peau du nouveau-né est recouverte d'une couche d'enduit sébacé, substance blanche, savonneuse,tenace, abondante surtouten certaines régions : face, aisselles, aines, partie postérieure du tronc. La quantité de cet enduit est très variable ; quelquefois il a jusqu'à 2 millimètres d'épaisseur, dans d'autres cas il manque presque complètement. Comme il est très adhérent à la peau, il peut n'avoir pas disparu complètement au bout de plusieurs jours, quand il n'a pas été enlevé par une toilette de l'enfant convenablement faite. — On ne le trouve pas sur les cadavres dont la putréfaction est très avancée.

L'épiderme des nouveau-nés tombe en laissant au-dessous de lui une nouvelle couche épidermique ; la desquamation est tantôt très fine, et tantôt elle se fait par de larges lambeaux. Cette chute de l'épiderme commence en général vers le troisième ou le quatrième jour ; elle peut durer quinze jours et plus. On a signalé quelques cas, rares il est vrai, où elle était déjà commencée et même très avancée au moment de la naissance.

Méconium dans rintestin. — Au moment de la naissance, l'enfant peut avoir expulsé déjà une grande partie du méconium. Dans un cas cité par Tardieu (d'après le docteur Bineau), le gros intestin était absolument vide chez un nouveau-né à terme, étouffé presque aussitôt après sa naissance. On ne peut donc guère, au point de vue de la survie de l'enfant, tirer de conclusions de l'absence ou de la faible quantité de méconium. Mais la présence de ce

1. Pour la description complètedes ph^^nomènesqui se passent aîors, voir Ch. Robin, Mémoire sur la rétraction des vaisseaux ombilicaux et sur l'apparoil ligamonteux ([ui lui succède (Mèm. de l'Acad, de méd,^ lu à l'Acad'Mnio en 1858, t. XXIV, p. 387, avec planches.

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produit est plus utile à noter ; Depaul déclare qu'il n'a jamais vu la première évacuation tarder plus de 27 heures après la naissance, et que l'expulsion est ordinairement complète au bout de 2 ou 3 jours, exceptionnellement le cinquième jour seulement.

Ce signe est surtout précieux quand le cadavre est très putréfié, car alors il est quelquefois le seul qu'on puisse invoquer. Le méconium se conserve en effet très longtemps et se reconnaît facilement grûce à sa consistance visqueuse, tenace, à sa coloration vert foncé ou jaune d'or. Il présente au microscope des caractères particuliers (voyez à la quatrième section de ce livre, Examen des taches).

État du cœur et du tronc artériel. — On sait que chez le fœtus les deux oreillettes du cœur communiquent par un orifice ovalaire appelé trou de Botal, Après la naissance, cet orifice s'oblitère, mais en laissant un petit pertuis qui peut persister des années. L'oblitération du trou de Botal est en général terminée vers le quinzième jour, mais elle est quelquefois beaucoup plus tardive. Dans certains cas pathologiques, le trou de Botal persiste indéfiniment.

Le canal artériel, qui chez le fœtus fait communiquer l'artère pulmonaire avec l'aorte, se rétrécit, puis s'oblitère aussi après la naissance. Cette oblitération s'opère, comme celle du trou de Botal, en un temps variable ; il est rare qu'elle soit complète avant la fin du premier mois.

État du squelette. — Le squelette ne subit pas de modifications caractéristiques dans les premières semaines qui suivent la naissance. Le point osseux du cartilage de l'extrémité inférieure du fémur s'accroît graduellement; mais comme ses dimensions sont très variables à la fin de la gestation, que son diamètre peut, dans certains cas, atteindre à ce moment 9 millimètres, il n'y a pas de conclusions certaines à tirer de sa grosseur. On pourrait cependant, si le noyau osseux avait plus de 1 centimètre, et en l'absence de tous autres signes, déclarer que l'enfant n'est probablement plus un nouveau-né *.

i. Suivant des métlecins légistes très autorisés (OUivier d'Angers,

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Résumé des signes propres à reconnaître combien de temps l'enfant a vécu. — En ne tenant compte que des plus importants de ces signes, et en laissant de côté les exceptions signalées à propos de chacun d'eux, on peut établir le tableau suivant :

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