LXAM£N HIST0L0G1QU£ DES TACHES DE SANG
la tache est de petite dimension, ou qu*on n'a obtenu qu'un liquide très peu coloré, on dissocie le tissu brin à brin, et le tout, liquide et filaments de Tétoffe, est recouvert d'une lamelle et examiné au microscope*. C'est quand on opère dans ces conditions que la recherche est minutieuse et demande beaucoup de temps et de patience. Les globules conservés sont le plus souvent très peu nombreux, et ils peuvent être masqués par les filaments et les autres corps étrangers qui se trouvent en abondance dans la préparation. Il faut examiner successivement tous les champs du microscope, et dans chacun d'eux explorer attentivement tous les filaments les uns après les autres. C'est souvent en eflfet sur ces filaments que Ton trouve fixés des globules qui se présentent alors généralement avec leur forme dentelée caractéristique, mais qui sont quelquefois très pâles. Il suffit de quelques-uns de ces globules pour établir péremptoirement la nature de la tache dont ils proviennent. Quant aux globules qui ont subi des déformations plus profondes, lorsqu'ils sont peu nombreux, il faut être très familiarisé avec Tétude histologique du sang pour les reconnaître avec certitude. Une erreur, qui a été plusieurs fois commise, consiste à prendre pour des hématies des spores de champignons microscopiques qui se rencontrent très souvent dans les taches. Ces spores ont en effet une teinte légèrement jaunâtre, mais leur forme régulièrement sphérique ou ovoïde à contours très nets, leur homogénéité parfaite, le fait qu'ils sont souvent placés bout à bout au nombre de 2 ou 3, leur insolubilité dans l'eau, leur résistance aux acides et aux bases, permettent de les distinguer avec facilité des globules sanguins.
Les liquides dont l'emploi a été conseillé pour ramollir et délayer les taches de sang sont extrêmement nombreux. Aucun n'est capable de ramener les globules à leur forme
i. On peut aussi, quand îl s'agit de taches déposées sur certaines étoffes, efGIocher le tissu ; en opérant sur une lame de veri'e placée sur un fond blanc, et en se servant de la loupe, on aperçoit quelquefois, au niveau de l'entre-croisement des fils, de très minimes croûtes sanguines qu'il est facile de recueillir. On obtient ainsi une préparation presque complètement débarrassée* de corps étrangers.
et à leurs dimensions premières ; leur rôle est surtout de les dissocier, de les isoler les uns des autres et de les détacher des corps auxquels ils adhèrent. Le sérum iodé de Schuitze (liquide amniotique auquel on ajoute quelques gouttes de teinture d'iode) ou celui de Ranvier (eau distillée 100, iodure de potassium 2, iodeq. s. pour saturer la liqueur), la solution de sulfate de soude, le liquide de Roussin (3 de glycérine, I d'acide sulfurique, eau, q. s. pour faire un liquide d'une densité de 1028), peuvent donner de bons résultats. Virchow et les auteurs allemands recommandent une solution de potasse à 30 0/0. L'eau distillée qui décolore et gonfle instantanément les globules frais respecte ceux qui sont desséchés depuis très longtemps et les dissocie facilement ; cependant, si Texamen est prolongé, les globules finissent par pAlir et disparaître : souvent alors la matière colorante se porte, comme après Faction de l'acide acétique, sur les noyaux des globules blancs ; il ne faudrait pas prendre ces noyaux pour des hématies circulaires et en tirer des conclusions relatives à Tespèce animale d'où provient le sang. Les liquides qui nous paraissent préférables sont ceux qui contiennent du bichlorure de mercure, et notamment le suivant :
Eau
. . iOO
Chlorure de sodium
Bichlorure de mercure. .
Avec ce liquide, le délayage de la tache est moins prompt, il est vrai, et la préparation contient de nombreuses granulations, mais en revanche les globules sont très bien isolés et peuvent être conservés presque indéfiniment.
Il est évident que des globules sanguins bien caractérisés sont une preuve certaine de la présence du sang ; ce signe a plus de portée que les précédents, parce qu'il donne en outre des renseignements sur la provenance du sang ; c'est un point sur lequel nous reviendrons plus loin. Malheureusement, le§ globules résistent difficilement aux causes d'altération : lavage, putréfaction, action prolongée de l'air, etc., que les taches de sang subissent fréquemment. Quel-
AUTRES GARALTÈRE5 DBS TACHES D£ SANG 609
quefois cependant, cette résistance est beaucoup plus considérable qu'on ne serait tenté de le croire : c'est ainsi qu'après plus de deux ans, M. Malassez a pu retrouver de nombreux globules sanguins sur une serviette qui était restée plusieurs mois dans un champ exposée à toutes les intempéries, alors qu'il n'a pii obtenir, avec les mômes taches, ni les cristaux d'hémine, ni les bandes spectroscopiques. Mais une telle conservation est exceptionnelle, et le plus souvent, quand on opère dans des conditions analogues, on ne retrouve plus la trace des globules sanguins parce qu'ils sont complètement détruits.
§ IV. — Autres caractères des taches de sang^.
Le sang peut encore être caractérisé par d'autres réactions dont voici les principales.
Réaction par la chaleur et la potasse. — Quand on chauffe graduellement dans un tube de verre une solution de sang jusqu'à l'ébullition, on la voit se décolorer et devenir d'un gris ardoisé ; en même temps l'albumine se coagule. Si la solution est très étendue elle se trouble seulement ; si elle est plus concentrée, il se dépose un coagulum d'un gris verdâtre sans trace de rouge.
L'addition de potasse dissout le coagulum ; le liquide, redevenu parfaitement limpide, est maintenant dichroïque: vert à la lumière réfléchie, et rouge par transparence.
Cette réaction est très nette, et en même temps démonstrative, car il n'y a pas d'autre substance que le sang contenant à la fois de l'albumine et une matière colorante rouge présentant, sous l'influence de la chaleur puis de la potasse, les modifications qui viennent d'être indiquées.
Réaction parla teinture de gaïac. — Cette réaction, signalée par Van Deen, étudiée par Liman et par Taylor, repose sur ce fait que du sang en présence d'un corps ozonisé et de la teinture de gaïac, fait passer l'ozone sur cette teinture qui s'oxyde et devient bleue. Il faut savoir, d'autre part, qu'un nombre très considérable de substances, parmi lesquelles beaucoup de produits organiques, bleuissent directement la teinture de gaïac, tandis que le sang ViBERT. Médecine légale. V- édit. 39
ne le fait ordinairement que par l'intermédiaire d'un corps ozonisé. On conçoit le parti que Ton tire de ces données : une solution de la matière suspecte est ajoutée à la teinture de gaïac qui se précipite ; on verse dans le mélange un liquide ozonisé. Si une coloration bleue ne se manifeste pas, c'est une preuve que la matière suspecte n'est pas du sang, -si le bleuissementse produit, il est possible que la substance contienne du sang, mais cela n'est nuUementcertain, parce que d'autres composés : la salive, le mucus nasal, etc., jouissent à cet égard de la môme propriété que le sang. Si le bleuissement s'était montré avant l'addition de Tozone, il serait bien probable qu'il ne s'agit pas du sang, car celui-ci ne bleuit pas directement le gaïac, à moins qu'il ne soit mélangé de pus ou ne contienne de l'ammoniaque.
La teinture de gaïac s'obtient en dissolvant dans de l'alcool à 83° de la résine de gaïac prise au centre d'un morceau volumineux, afin de l'avoir aussi peu altérée que possible ; la solution doit avoir une teinte claire. Le corps ozonizé est soit de l'eau oxygénée (qui se conserve difficilement), soit un mélange d'eau oxygénée et d'éther sulfurique, mélange que l'on peut garder assez longtemps en le tenant à l'abri de la lumière et de la chaleur ; soit, ce qui est plus commode, de l'essence de térébenthine qui est toujours ozonisée quand elle est conservée à la lumière dans un flacon incomplètement rempli.
Pour procéder à la réaction, on dissout la matière de la tache dans l'eau distillée et on recueille, la solution dans une petite capsule de porcelaine blanche ; on ajoute la teinture de gaïac, puis l'essence de térébenthine: presque immédiatement, ou au bout de quelques minutes, le mélange prend une coloration d'un bleu plus ou moins pur, qui augmente rapidement d'intensité et qui devient extrêmement foncée si le sang est en abondance. On peut aussi humecter directement la tache si elle repose sur un fond peu coloré, et faire la réaction surplace.
Quand la tache est située sur une étoffe sombre, où elle esta peine visible, on emploie le procédé dit de V empreinte. On humecte avec de l'eau le point suspect, puis on le comprime fortement avec du papier blanc, non collé, plié en
CONDUITE DE l'expeutise 611
plusieurs doubles, qu'on a essayé au préalable, pour s'assurer qu'il ne bleuit pas par lui-môme le gaïac. Il se produit suir ce papier une coloration rouge ou brune plus ou moins intense, parfois à peine visible ; c'est sur cette empreinte qu'on dépose la teinture de gaïac et Tessence de térébenthine ; quelque faible quantité de sang que contienne le papier, la coloration bleue se manifeste. On réussit ainsi à mettre en évidence des taches très peu apparentes, è bien apprécier leurs dimensions et leurs formes. Il faut savoir, toutefois, que la coloration bleue ne persiste pas longtemps; il est bon, pendant qu'elle existe, de décalquer les contours de la tache sur une feuille de papier blanc ; on possède ainsi la reproduction exacte de la forme et des dimensions de la tache et Ton peut joindre ce dessin au rapport d'expertise.
Autres réactions chimiques. — L'addition d'une petite quantité d'ammoniaque à une solution de sang n'en change pas la coloration, tandis que les solutions d'autres matières colorantes rouges, traitées de la môme façon, deviennent violettes, écarlales, etc. — L'acide hypochloreux détruit presque immédiatement toutes les matières colorantes, tandis qu'il rend le sang plus foncé ; cependant, au bout de quelques minutes, le sang peut lui-môme se décolorer sous l'influence de cet agent ;• mais cette décoloration n'est jamais instantanée.
Sous l'action de la chaleur, les écailles de sang desséché laissent dégager des vapeurs ammoniacales qu'on reconnaît à leur odeur et à leur action sur un papier de tournesol rougi ; en ajoutant, au préalable, de la potasse au sang desséché, on favorise ce dégagement d'ammoniaque. Enfin le sang contient aussi une notable proportion de fer ; il serait trop long d'exposer ici les procédés pour mettre en évidence ce métal ; on les trouvera décrits dans les traités àe chimie.
g V. — Conduite des expertises relatives à la recherche des taches de sang^.
- On commence par décrire la situation des taches, leurs dimensions, leurs formes, indiquer si elles sont entourées
612 TACHES DE SKÎiG
d'éclaboussures, si elles semblent résulter d'un contact ou du passage du sang liquide suivant une certaine direction, ou d'un jel artériel; si le sang couvre seulement une des faces de Tétoffe, etc. ; en un mot, on relève toutes les circonstances propres à indiquer dans quelles conditions les taches ont été faites.
Si les taches siègent sur un fond très sombre et sont peu apparentes, on a recours pour les mettre en évidence à répreuve du gaïac par le procédé des empreintes. Quand il y a lieu de croire que des taches se trouvent sur un vêlement foncé où il est presque impossible de les apercevoir, soit parce qu'elles sont très petites, soit parce qu'elles ont été lavées ou ont subi d'autres altérations, on peut humecter légèrement toutes les parties du vêtement Tune après Tautre et chercher à obtenir des empreintes.
Si les taches sont solubles dans Teau, tous les procédés indiqués plus haut pour caractériser le sang sont appli« cables.
Quand la matière des taches est abondante, on peut par exemple chauffer la solution, et après avoir constaté les modifications produites par Tébullition et la potasse (p.G09) l'examiner au spectroscope. Après addition de sulfhydrate d'ammoniaque, on verra le spectre extrêmement net, de rhémochrogène. Ce procédé, qui donne une certitude absolue, esl, à notre avis, le plus commode et le plus expédilif.
On peut aussi rechercher simplement le spectre de Thémoglobinc. On y réussit même avec de petites taches de sang ; il suffit en effet de 1 à 2 centimètres cubes d'une solution à peine teintée que l'on verse dans une cuve de verre laquelle est placée dans le sejis de sa longueur^ devant la fente du spectroscope. La solution, vue ainsi sous une grande profondeur, laisse très bien voir les bandes d'absorption d'hémoglobine oxygénée, puis, après addition de sulfhydrate d'ammoniaque, la bande unique de réduction*
Quand les taches sont petites, peu abondantes, insolubles dans Teau, c'est l'examen speclroscopique qui nous paraît le plus recommandablc, comme donnant généralement, sans grande peine, des résultats parfaitement démonstralifs.
CONDUITE DE L EXPEUTlSË 613
Il s'agit d'obtenir la matière colorante du sang soit à Tétat d'hématine, soit à Tétat d'hématoporphyrine.
En faisant macérer longtemps les taches dans Tacide acétique, on finit généralement par obtenir une solution suffisamment colorée pour Texamen spectroscopique. Avec cette môme solution, nous avons réussi quelquefois aussi à préparer des cristaux d'hémine, en ajoutant une trace de chlorure de sodium. On peut aussi évaporer complètement Tacide acétique, laver le résidu à Teau distillée, le redissoudre dans la potasse, et observer alors le spectre de rhématine alcaline.
Mais il est préférable à notre avis d'employer les taches à préparer directement Thémaline alcaline en les faisant macérer dansune solution dépotasse, à30 0/0 par exemple. L'hématine se dissout bien plus facilement et plus vite dans la potasse que dans Tacide acétique *. En outre les caractères spectroscopiques de Thémochromogène qui se produit d' s que Ton ajoute un peu de sulfhydrate d'ammoniaque à la préparation sont des plus nets.
On peut aussi obtenir directement Thémochromogène en faisant macérer les taches dans la pyridine, laquelle, en môme temps qu'elle dissout Thématine, la réduit, sans qu'il soit besoin d'ajouter de sulfhydrate d'ammoniaque^.
D'après ce que nous avons vu, la pyridine, à froid, dissout moins facilement le sang des taches que la potasse ; mais à chaud elle les dissout au moins aussi bien, et plus vite. La préparation supporte très bien la chaleur du bain marie. S'il s'agit d'une unique tache très petite, on la place sur une petite lame de verre, au milieu d'une goutte de
i. Si l'on prend un morceau d'étoffe tachée de sang desséché; et qu'on le plonge dans Teau bouillante pendant 1/4 d'heure, la tache est devenue insoluble dans l'eau. Si Ton divise ensuite ce morceau en plusieurs fragments qu'on laisse macérer les uns dans l'eau froide, d'autres dans l'acide acétique, d'autres dans une solution alcaline, on voit que l'eau reste indéfiniment incolore, que l'acide acétique se colore légèrement en rouge, etque la solution alcaline dissout beaucoup mieux la matière colorante.
. 2. Si l'on ajoute du sulfhydrate d'ammoniaque à de la pyridine, le mélange prend aussitôt une belle coloration verte. Toute la partie droite du spectre devient obscure, et si la solution contenait de l'hématine, on ne .volt plus que la bande d'absorption de gauche.
pyridine, on recouvre d'une lamelle, on chauffe légèrement et le microspectroscope montre bientôt le spectre de Thamochromogène.
La pyridine est susceptible de s^évaporer complètement, sans laisser aucun résidu lui appartenant en propre. On peut donc, après que Texamen spectroscopique a été pra^ tiqué, chasser complètement la pyridine (qui bout un peu au-dessus de 100°) soit par la chaleur, soit par Tévaporation spontanée, et avec Thématine qui reste sur la lamelle, préparer des cristaux d'hémine. Corin* vante beaucoup la commodité de ce procédé.
On peut obtenir aussi facilement l'hématoporphyrine en plaçant une écaille de sang sur une lame de verre au milieu d'une goutte d'acide sulfurique concentré, recouverte d'une lamelle. Quand le sang est ramolli, a pris une belle couleur rouge violacé, on peut voir le spectre caractéristique.
Ces procédés réussissent presque toujours quand on opère sur du sang pur, c'est-à-dire sur une parcelle, même très petite, qu'on a pu enlever d'une tache.
Le succès est plus douteux quand le sang est intimement mélangé à une étoffe ou un autre objet colorés et qu'on ne peut en détacher des parcelles. En pareil cas, le réactif employé dissout le plus souvent les autres matières colorantes ou des substances diverses, et le liquide obtenu ne fournit pas dé spectre net,
C4ependant la potasse ne dissout quelquefois que Thématine. On peut aussi, en pareil cas, obtenir un beau spectre d'hématoporphyrinc, en opérant de la façon suivante, indiquée par Ziemke.
L'étoffe ou l'objet tachés sont immergés dans une petite quantité d'acide sulfurique concentré pendant 24 heures. On a alors un liquide noirâtre mélangé d'un magma ramolli. On filtre sur du coton de verre ; le liquide noir contient de l'hématoporphyrine acide, mélangée d'un grand nombre d'impuretés. On ajoute avec précaution un grand excès d'eau distillée, puis on neutralise par l'ammoniaque.
1. Annales de la Soc.deméd, lëg. de Belgique, 28 octobre 1905.
TACHES POUV. ÉTUË CONFONDUES AVEC CELLES DU SANG 6io
Il se produit un précipité, qu'on décante, qu'on lave longuement à Teau distillée, puisqu'on filtre et qu'on laisse sécher. Le précipité est alors dissous dans un mélange à parties égales d'alcool absolu et d'ammoniaque. Le liquide filtré montre le spectre de Thématoporphyrine alcaline *. Quand, pour une cause ou pour une autre, Texamen spectroscopique a échoué, il faut revenir à la recherche de rhémine ou des hématies. L'un ou l'autre de ces procédés réussissent quelquefois quand le spectroscope n'a rien donné.
{VI. — Des taches offrant un aspect plus ou moins analog;ue à celiii des taches de sang:.
Taches produites par les excréments de puces, dç punaiseSf de mouches. — Les taches produites par les excréments de puces se rencontrent sur les chemises, et elles occupent soit la face interne, soit la face externe de l'étoffe. Elles se présentent sous forme de macules assez régulièrement arrondies ou ovalaires, de 1/2 à 3 millimètres de diamètre, n'offrant jamais une extrémité nettement et longuement effilée comme les taches de sang qui résultent de la projection d'une gouttelette sanguine. Leur couleur est d'un rouge brun plus ou moins foncé; elles sont quelquefois recouvertes de petites croûtelles qui sont en général plus rugueuses et moins régulièrement étalées que sur les taches de sang pur. Si Ton découpe quelques-unes de ces taches et qu'on les soumette à l'action de l'eau, on voit ce liquide se colorer promptement en rouge. Souvent, la solution donne les bandes spectroscopiques de l'hémoglobine, et permet d'obtenir des cristaux d'hémine. Quant à i'examen microscopique, voici quels en seraient les résultais, d'après Ch. Robin, que nous citons textuellement : « Portées sous le microscope, on voit que les parcelles des taches sont composées d'une matière homogène, amorphe, transparente, incolore, gonflée, puis dissociée ou dissoute
i. Corin {loco citato) simplifie les manœuvres en reprenant directement, sans dessiccation préalable y le précipité ammoniacal lavé, par la pyxidlne pure, à chaud.
par Teau, tenant empâtés les granules colorants de ces parcelles. Ces granules colorants forment la plus grande masse de la matière de ces taches, clans lesquelles ils sont presque contigus ; ils sont d'un brun jaunâtre, les uns à reflets verdâtres, les autres à reflets rougeâtres peu prononcés. Tous réfractent fortement la lumière et sont brillants au centre, foncés à la circonférence, comme le sont les corps graisseux ; comme les granules graisseux aussi, ils sont insolubles dans Tacide acétique et se dissolvent presque tous dans Talcool chaud et dans Téther. Quelques petits cristaux, en forme d'aiguilles courtes et de composition chimique indéterminée, lés accompagnent. »> D'après ce que nous avons vu, il s'en faut de beaucoup que l'on obtienne toujours des résultats aussi caractéristiques. Presque toujours, nous avons aperçu, en examinant ces taches au microscope, de petits corpuscules d'un jaune rougeâtre, formant une sorte de mosaïque assez analogue à celle qu'on observe sur les parcelles de sang desséché; nous avons môme vu quelquefois de véritables globules sanguins isolés, et reconnaissables à leur forme circulaire, à leur contour régulièrement dentelé. Peut-être quelquesunes de ces taches résultent-elles d'une petite hémorragie, consécutive à la morsure de la puce. Quoi qu'il en soit, nous croyons que l'analyse est souvent insufQsante pour distinguer avec certitude si ces taches sont constituées par du sang pur ou si elles ont été produites par des puces.
Dans le plus grand nombre des cas, il est vrai, on reconnaît facilement les taches de puces à leur aspect extérieur, à leur forme, à leur disposition, à ce fait qu'elles occupent tantôt la face extérieure, tantôt la face intérieure de l'étoffe. Quand elles sont nombreuses et réparties sur toute ou presque toute l'étendue d'une chemise par exemple, on ne les confondra pas avec des taches résultant de la projection du sang. Mais, quand il s'agit de taches en très petit nombre, siégeant en un point où elles peuvent avoir été produites par des éclaboussures de sang liquide, le problème est des plus délicats.
Les taches produites par les punaises se montrent, au
TACHES POUV. ÊTRE CaNF07U>UES AVEC CELLES DU SANG 617
microscope, constituées de la façon suivante, d'après Charles Robin :
« Cette poussière (provenant des excréments) se montre formée de petites gouttelettes desséchées, variant de volume depuis un millième jusqu'à 10 millièmes de millimètre; elles sont sphériques ou ovoïdes, d'un brun rouge plus clair au centre qu'à la circonférence, qui est moins nettement déterminée. Elles sont isolées ou en groupes de volume très variable... Ces gouttelettes sont accompagnées de cristaux d'un aspect analogue à ceux des éléments organiques :
ce sont des lamelles en losange, à arêtes très nettes, isolées ou réunies en faisceaux. Quelques cristaux tendent
85. — Eléments des taches formées par des excréments de punaises *.
à prendre la forme
1. a, a, gouttes sèches ou globules souvent creux, d'un brun jaunâtre, agglomérés ou isolés (h) variant en diamètre depuis 0,001 jusqu'à 0,010. — b, amas dans lequel les gouttes sèches ou globules brisés ressemblent sur le bord à un demi-cercle ouvert. — c, amas plus foncés noirâtres. — d, lamelles cristallines, losangiques. — e,f, aiguilles de volume variable isolées ou groupées. — g^ lamelles et aiguilles partant de la périphérie d'un amas volumineux ; cette disposition est fréquente (Ch. Robin).
prismatique (fig. 85). % Ces taches, traitées par l'acide' sulfurique, exhalent, paraît-il, l'odeur fétide des punaises.
Enfin, les mouches écrasées sur du linge laissent une tache brune assez analogue à une tache de sang, mais qui ne donne aucune des réactions caractéristiques du liquide sanguin. D'après Lassaigne, cette tache se décolore par le chlore et l'acide hypochloreux et prend une teinte spéciale avec les divers acides *.
Taches de rouille. — Ces taches sont d'un rouge jaunâtre ou jaune ocre, le plus souvent ternes et rugueuses, quelquefois cependant un peu vernissées, mais ne présentant pas l'aspect fendillé que revêt souvent le sang desséché sur un corps imperméable. Si l'on dépose une goutto d'acide chlorhydrique sur une tache de rouille, le liquide prend immédiatemc'nt une couleur jaune, en même temps que la rouille se dissout et laisse la surface métallique sousjacente parfaitement nette. Si l'on enlève la rouille par grattage (avec une lame qui ne soit pas en fer), la poudre qu'on obtient est complètement insoluble dans l'eau et dans une solution de potasse; placée dans un peu d'acide chlorhydrique, elle s'y dissout en communiquant à l'acide une coloration jaune. Cette solution fournit toutes les réactions des sels ferriques, parmi lesquelles nous rappellerons seulement les deux suivantes, qui suffisent à établir sa nature :
Avec le ferrocyanure de potassium, précipité bleu (bleu de Prusse), soluble dans l'acide oxalique ;
Avec le tannin précipité noir.
Ces réactions peuvent être obtenues nettement, avec une quantité très minime de rouille : celle-ci étant dissoute dans une goutte d'acide chlorhydrique, on étend la solution avec de l'eau distillée, on dispose une goutte du mélange sur plusieurs lames de verre creusées d'une cellule, Ton ajoute à chacune de ces gouttes l'un des réactifs convenables.
Les caractères qui viennent d'être énumérés permettent de distinguer nettement la rouille des taches de sang.
1. Lassaigne, Nouvelles recherches sur les taches de sang déposées sur les lames de fer et d'acier (Annales d'hyg. publ, et de méd, lég.y