ARTICLE II. — RECONNAITRE L'ORIGINE DU SANG
On demande souvent à l'expert si des taches sont for-* mées par du sang humain ou par du sang d'un animal, et aussi s'il provient de telle partie du corps plutôt que de telle autre.
§ I. — Le sang: provient-^il d'un être humain ?
Les propriétés spectroscopiques du sang sont les mêmes chez l'homme et chez les animaux. Les cristaux d'hémine sont également les mêmes.
Des caractères différentiels peuvent être cherchés dans la forme des cristaux d'hémoglobine, dans l'étude morphologique des hématies, et enfin dans les sérums précipitants*.
Cristaux d hémoglobine. — L'hémoglobine dissoute est susceptible de cristalliser, et les cristaux ont une forme différente pour chaque espèce animale.
Pour préparer les cristaux d'hémoglobine, on a recours à divers procédés qui consistent tous à séparer l'hémoglo-
1. Barruel a proposé d'utiliser dans les expertises l'odeur du sang, spéciale pour chaque espèce animale, comme celle de la sueur et de l'exhalaison pulmonaire, à, laquelle elle serait du reste semblable. Pour percevoir cette odeur avec du sang desséché, il suffirait d'ajouter un peu d'acide sulfurique concentré à ce sang ou à la solution aqueuse d'une tache sanguine, ou bien encore de chauffer modérément cette solution. Mais en admettant môme que, dans ces conditions, l'odeur se dégage aussi bien qu'avec du sang tout à fait frais, on ne saurait vraiment admettre que ce caractère soit invoqué dans une expertise.
On a proposé aussi de faire le diagnostic d'après la proportion difTérente de fer dans le sang des divers animaux, d'après l'aspect spécial de l'image formée par le réseau des petites fentes qui se produisent sur du sang desséché (Naumann et Day), d'après l'espace de temps au bout duquel le sang se coagule (Taddei). Ces signes sont aussi insuffisants que peu pratiques. — Récemment, Corin a signalé ce fait que les globules du sang des animaux mammifères ne renfermeraient jamais de granulations dites « neutrophiles •, tandis que la plupart (65 à 70 0]0) des leucocytes du sang humain contiendraient ces granulations. Si cette observation était conflrmée par des recherches ultérieures, peutêtre pourrait-elle servir parfois pour le diagnostic médico-légal de l'origine du sang (Gabriel Corin, Recherches sur le diagnostic du sang en méd.lég., Liège, 1893).
bine du siroma des hématies, et à obtenir ainsi de l'hémoglobine dissoute dont on favorise la cristallisation par tel ou tel moyen.
Mais les cristaux d'hémoglobine ne peuvent guère être obtenus que lorsqu'on opère avec du sang liquide et frais. Avec des taches de sang desséché, on échoue presque toujours. Ce procédé n'est donc pas susceptible d'être employé dans la pratique médico-légale.
Caractères morphologiques des hématies. — On sait que, tandis que les hématies des mammifères sont circulaires avec excavation sur chaque face, celles des oiseaux, des poissons et des reptiles sont elliptiques ; ces dernières possèdent de plus un noyau et leurs dimensions sont en général beaucoup plus considérables. Il y a là un ensemble de caractères bien tranchés qui permettent, après un seul coup d'œil jeté sur une préparation de sang frais, de reconnaître si ce sang provient ou non d'un mammifère. Sur du sang desséché, les globules elliptiques subissent, comme les discoïdes, des déformations ; mais ces déformations les rendent moins méconnaissables, parce qu'ils ont des dimensions plus considérables, une forme plus spéciale et surtout parce qu'ils possèdent un noyau caractéristique. Aussi, à moins que la tache ne soit très ancienne et que les globules n'aient été détruits, il est en général relativement facile, après un examen microscopique bien conduit, de reconnaître si du sang provient ou non d'un mammifère.
Mais quand il s'agit de distinguer le sang de l'homme de celui d'un mammifère, le problème devient beaucoup plus difficile et il est môme presque toujours insoluble. En effet, le seul caractère distinctif entre le sang des divers mammifères consiste en la différence du diamètre de leurs globules. Or, celte différence, sauf pour quelques espèces, est très minime, et, d'autre part, non seulement chez une espèce, mais encore chez un même animal, les dimensions de globules varient dans des limites notables. Il en résulte qu'une hématie d'un diamètre donné peut le plus souvent être attribuée en même temps à deux ou trois espèces voisines. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le tableau suivant :