DÉLIRANTS CHRONIQUES
primer leurs souffrances de créer des néologismes souvent fort pittoresques.
Mais toutes ces tortures ne sont pas supportées avec une résignation passive. L'aliéné se défend au contraire, combine et met en œuvre avec patience et ténacité mille moyens de sauvegarde. Il vérifie soigneusement ses aliments, les fait analyser par un chimiste, change à tous moments de fournisseur, se barricade chez lui, porte des vêtements spéciaux destinés à le garantir contre les jets d'électricité ; il réclame le secours de la police. Ce n'est en général que beaucoup plus tard, après une longue défense, qu'il passe à Toffensive et il devient alors extrêmement
avons examiné après qu'il avait commis une tentative de meurtre sur son patron. Ce document est intitulé : Confession d'un homme sur le point d'être assassiné par M, N. L'auteur est un journalier sans instruction : il décrit cependant fort bien ses hallucinations.
« N. a versé dans mes aliments un breuvage vénéneux qui détruit les sens d'un homme et le met complètement à la disposition d'un autre homme qui peut le conduire à sa guise, cet homme n'ayant plus ni la tête & lui, ni idée, car l'autre en use librement et à sa volonté suivant ses caprices... Cet homme me poursuivait partout de sa haine et de son mépris, tantôt me pariant bas et à l'oreille, d'autres fois comme s'il était éloigné, une fois m'insultant, une autre fois me recevant avec des alternatives de mieux et de pire... Cet homme me contait des choses odieuses, et prenant le nom des autres ouvriers que je reconnaissais sur les chantiers me causait mille tortures, au point que j'en étais devenu idiot, ne pouvant plus trouver de travail null« part, n'osant même pas me montrer.
...D'après l'ascendant qu'il a pris sur moi, cet homme m'a offert, toujours me parlant par les sens, de faire l'indicateur dans ses chantiers, pour lui faire voir tout ce que les ouvriers faisaient, car cet homme voyait tout ce que je voyais, entendait tout ce que j'entendais, savait tout ce que je pensais, en un mot, était un autre moi-même.
...A l'heure où j'écris ces lignes, cet homme qui connaît ma pensée est là qui me taquine : « Fais ceci, fais cela ; mets ceci, mets cela », ne me laissant ni trêve ni repos ; k mesure que ma main écrit un mot^ cet homme le dit ; dès que je formule une pensée, cet homme le sait... Dans les premiers temps qu'il me tenait, tout le monde entendait ces voix qui me poursuivent sans relâche ; mais plus tard les sons étant affaiblis je ne l'entendais que seul ; cet homme ayant fait courir le bruit que c'était moi qui parlais de la sorte, et beaucoup de monde le croyait, car étant maître de mes S6ns les paroles me sortaient forcément de la gorge. Dire ce que j'ai enduré est affreux ; il y avait des instants où j'avais envie de me suicider car je ne pouvais plus y tenir tant j'étais malheureux. Voilà où la destinée a poussé cet homme fatal à faire de moi un martyr... En cas d'accident, prière à celui dans les mains de qui tombera ce papier de le remettre à la gendarmerie.»
672 PRINCIPAUX TYPES d'aLIÉNÉS
dangereux parce que cette offensive est préparée et exécutée avec sang-froid, intelligence et énergie*.
L'aliéné ne sait d'abord à qui attribuer les persécutions qu'il subit, ni même définir exactement la nature de cellesci. Il y a de ces malades qui se trouvent empoisonnés, électrisés, magnétisés, hypnotisés, suggestionnés, téléphonés, inoculés ; d'autres sont simplement mouchardés par celui qui leur prend leurs pensées, entre dans leur cerveau, etc. Les persécuteurs sont d'abord indéterminés ; c'est a on », « ils », les « invisibles » ; puis ils se précisent davantage; c'est une corporation, un parti politique, etc , les « médecins», les « jésuites )),les « francs-maçons ». Enfin c'est une personne déterminée, et dès lors cette personne a, souvent sans s'en douter, un ennemi terrible aux coups duquel elle échappera difficilement. Parfois elle sera prévenue longtemps à l'avance parles reproches de l'aliéné ou par son attitude singulière ; plus rarement celui-ci frappe immédiatement un inconnu qu'une hallucination auditive vient de lui faire prendre brusquement pour un de ses persécuteurs.
Nous avons dit que ce délire persistait très longtemps, parfois 20 ou 30 ans. D'après M. Magnan*, il finit toujours, après cette longue durée, par se transformer en délire des grandeurs, et finalement en démence, période qui serait rarement observée parce que le sujet succombe souvent par le fait de l'âge ou d'une affection quelconque avant que la maladie ait achevé son évolution.
§111. — Épiieptiques.
L'épilepsie {liant mal, mal caduc, mal comùiaî) est caractérisée par des attaques, d'aspects divers, mais comportant toutes une annihilation ou une modificationbrusquesdela conscience.
La grande attaque ou haut mal consiste en une perte subite de connaissance avec convulsions, précédée parfois