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ÉPILEPTIQUES

d'une aura c'est-à-dire de phénomènes soit sensilifs, soit moteurs, soitsécrétoires, soit psychiques, d'une très courte durée. Le malade pâlit subitement, pousseuncri, et tombe en avant ou en arrière. Puis commencent les convulsions toniques; tout le corps est raide, les dents fortement serrées, les globes oculaires renversés en haut, les pupilles immohiles et dilatées. La main est fermée, le pouce sous les autres doigts ; on parvient à redresser le pouce et alors celui-ci reste dans sa nouvelle position. La tétanisa tion des muscles du thorax amène une forte congestion de la face. Puis surviennent les convulsions cloniques, agitant d'abord lesmuscles de la face, puis tout le corps, mais en général avec prédominance sur un côté. Pendant tout ce temps, la sensibilité est complètement abolie, et la perte de connaissance est complète. Enfin l'attaque se termine ordinairement par un sommeil profond avec ronflement stertoreux.

Ces attaques sont d'une fréquence très diverse ; mais souvent, elles surviennent à intervalles réguliers chez un môme sujet. Il est des malades qui n'ont eu que deux ou trois attaques dans toute leur vie, d'autres une tous les ans ou tous les deux ans, d'autres tous les trois mois. Il en est qui en sont atteints plusieurs fois dans une semaine et même dans une seule journée. Les attaques peuvent être tellement rapprochées que chacune se produit avant que la période de sommeil ou de coma qui termine la précédente soit dissipée ; c'est ce que l'on appelle Vétat de mal.

D'autres attaques qualifiées de petit mal ne comportent ni la chute, ni les mouvements convulsifs. Les phénomènes moteurs manquent complètement ou sont à peine ébrfuchés : le malade laisse tomber l'objet qu'il tient, ou mâchonne, ou a quelques mouvements analogues à un tic. Mais il a interrompu brusquement sa conversation ou son travail; il a pâli, ses yeux sont devenus fixes et hagards ; puisau bout d'une dizaine de secondes, il a repris sa phrase ou SOS occupations, sans s'être aperçu de rien. C'est ce que l'on appelle Vabsence ou ie vertige épileptiques(v. plus loin).

Dans d'autres cas la conscience n'est pas annihilée, mais simplement troublée. Certains auteurs regardent mémo comme des équivalents de Vattaque les accès de tristesse, ViBERT. Médecine légale. 7« édil. 43

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de mauvaise humeur ou de colère non motivés qui surviennent à intervalles réguliers chez certains épileptiques.

Ces diverses manifestations de Tépilepsie peuvent alterner chez un même sujet. Mais il est des épileptiques qui n'ont que des grandes attaques, et d'autres qui n'ont que des absences ou des vertiges.

Qu'il soit atteint du grand mal, ou du petit mal^ Tépileptique est également exposé aux autres manifestations de la maladie : au délire, aux impulsions, à un trouble permanent de Tétat mental, à la démence.

Nous reviendrons plus loin sur ces diverses manifestations de Tépilepsie; mais nous parlerons ici du délire.

Ce qui caractérise surtout le délire épileptique c'est la disparition momentanée de la conscience.

Par le mot de conscience, il faut entendre la phase terminale des opérations intellectuelles, celle qui coordonne et synthétise les sensations, les idées, les incorpore au moi en les rattachant aux sensations et aux idées antérieurement acquises. Quand cette phase terminale manque, le fonctionnement intellectuel n'est pas supprimé ; mais il est réduit à un automatisme*, pendant lequel les idées, les sensations, les images se groupent entre elles, en éveillent d'autres, suscitent des actes, en vertu seulement d'associations aveugles, sans que la personnalité participe à tout ce mécanisme, sans qu'elle en ait même eu la notion, et que par conséquent elle puisse en conserver le souvenir. Aussi le caractère le plus constant du délire épileptique est-il d'être complètement oublié du malade, de ne lui laisser aucun souvenir.

Ce délire survient avant ou plus souvent immédiatement après l'attaque, que celle-ci soit constituée par un grand accès convulsif, par un accès incomplet, un vertige ou une absence. Le vertige et l'absence peuvent être très courts, très difficiles à apprécier, passer inaperçus, de sorte que le délire paraît indépendant de toute attaque, et peut-être

i. Ce phénoiml'ne de l'auloroatisme, dont le rôle est extrêmement important en pathologie mentale, est loin d'appartenir exclusivement à l'épilopsie. Ce sujet est étudié d'une favon très complète dans le livre (le M. Pierre Janet : L'Automatisme psychologique, Paris, 1889.

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Test-il quelquefois réellement. Il survient brusquement, et se termine de môme, caractères importants au point de vue du diagnostic. Sa durée est comprise entre quelques minutes et une quinzaine de jours. Sa forme est très différente d'un sujet à l'autre ; mais chez un même individu elle est souvent invariable, les divers accès délirants se reproduisent comme s'ils étaient copiés les uns sur les autres. Tantôt le délire est général ; il représente un accès de délire aigu, pendant lequel le malade déraisonne sur tout, est agité, se livre aux actes les plus extravagants, ou bien il est constitué par un accès de mélancolie (voir plus loin ce mot) ; tantôt le délire est d'emblée ou devient partiel, consiste en des idées plus ou moins nettement systématisées de grandeur, d'ambition, de mysticisme, d'obscénité, pousse le malade aux querelles, aux violences *, etc. Tous ces délires sont fréquemment accompagnés d'hallucinations, en général terrifiantes ou pénibles.

Une forme intéressante est celle où le délire paraît à peine mériter ce nom, car il est constitué seulement par

1. Nous empruntons à M. Magnan (Leçons sur Vépiiepsie, Progrès médical^ 1882) le cas suivant qui peut être donné comme un exemple typique de délire épileptique.

Dans la nuit du 26 juillet, un grand bruit, des cris, des chants se font entendre dans une soupente occupée par deux jeunes employés dans une crémerie ; une bonne qui couchait à côté s'empresse d'ac • courir, et à travers la porte, elle voit l'un des garçons, Auguste P..., Agé de 17 ans, armé d'un pilon, frapper À coups redoublés sur la tête de son camarade, qui expirait en quelques minutes. Elle veut avancer ; mais^ menacée & son tour, elle s'enfuit en appelant au secours. On arrive et l'on trouve le meurtrier en chemise, déclamant, gesticulant à côté de sa victime ; on s'empare de lui, il continue à psalmodier, à répéter des chants d'église. H entre à Sainte-Ânne le surlendemain et reste dix jours dans un état maniaque : loquace, incohérent, chantant, sifflant, déclamant d'un ton sentencieux, comme au sermon : Afisericordia regnus Deus Salvator meus et dignos meos. IJ resta ainsi très excité jour et nuit sans prendre aucun sommeil pendant 120 heures. — L'accès disparut assez brusquement au bout de deux semaines et fut remplacé par de la lassitude. P... demandait le motif de sa présence à l'Asile où il se croyait depuis la veille seulement ; il ne voulait pas croire qu'il avait tué son camarade pour lequel il avait une grande affection et auquel il avait été souvent utile. Il a gardé le souvenir de tout ce qu'il a fait dans la journée du 26 juillet jusqu'au moment du diner ; k partir de ce moment ses souvenirs sont confus, et il ne donne que des renseignements vagues sur ce qu'il a mangé à ce repas. A partir de ce moment^ c'est l'oubli le plus complet et rinconscience la plus absolue.

rinconscience des actes, qui ne portent pas toujours, au moins (l'une manière très apparente, le cachetde Tinsanilé. Ici l'automatisme acquiert son maximum de perfection. En pareil cas, le malade est ordinairement poussé à quitter son domicile pour errer à Tavenlure. Il fait des fugues^ et revenu chez lui n'a plus aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant cette période. Parfois cet automatisme ambulatoire est très prolongé et très compliqué. Le malade fait un long voyage, et un jour il se retrouve avec étonnement dans une ville complètement inconnue, dont il ignore le nom, ayant dépensé, il ne sait comment, une partie de l'argent dont il était muni, et ne se rappelant pas un seul des incidents des jours ou des semaines qui viennent de s'écouler. Pendant ce temps sa conduite est restée quelquefois à peu près correcte ; parfois aussi il a accompli une série d'actes étranges, bizarres, délictueux ou criminels. Un malade de Legrand du Saulle, jeune homme intelligent, d'un rang social élevé, de goûts aristocratiques et d'habitudes mondaines, se retrouve, après ces périodes d'automatisme, très loin de chez lui, en chemin de fer ou en prison, harassé de fatigue, couvert de poussière et de boue, ayant dans ses poches une foule d'objets hétéroclites dérobés par lui sans qu'il ait aucun souvenir de ce qui s'est passé. — Un épileptique (Michot), chez lequel la maladie avait revêtu successivement ses trois aspects principaux : vertiges, accès incomplets, grandes attaques convulsives, est pris, après un grand accès, d'un de ces besoins de locomotion inconsciente au cours de laquelle il tue successivement sept personnes qu'il rencontre sur son chemin.

Le délire ou la folie épileptique dont il vient d'être question ici se rattache par des transitions graduelles d'une part aux impulsions (voir chapitre IV) qui n'en sont en somme qu'une variclé, et d'autre part aux modifications de l'étal mental (jui précèdent souvent l'attaque, sans constituer un véritable délire. Nous reviendrons dans un autre chapitre sur ce dernier point, ainsi que sur les altérations que l'épi. lepsie imprime parfois d'une manière permanente aux fac allés iiitellccluelles et morales du malade. Nous indiquons de suite la question du diagnostic.

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