‹ Précis de médecine légaleChapitre 300 sur 410 · DES AFFECTIONS MENTALES CARACTÉRISÉES PAR LA FAIBLESSE D'ESPRIT · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS MENTALES CARACTÉRISÉES PAR LA FAIBLESSE D'ESPRIT

SI. — Démence.

Le mot démence, dans le sens auquel Tentend la loi, désigne l'ensemble des maladies mentales ; dans le sens médical il a une signification plus restreinte et s'applique à la diminution ou à la perte des facultés intellectuelles, morales et affectives. La démence, ainsi comprise, diffère d'autres états de dégradation mentale, en ce qu'elle est consécutive à diverses maladies, ou aux progrès de Tâge, qu'elle suppose un état mental antérieur relativement ou absolument sain, a L'homme en démence, dit Esquirol, est privé des biens dont il jouissait autrefois ; c'est un riche devenu pauvre : L'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère, a — Il faut ajouter, pour achever de définir la démence, qu'elle est chronique et incurable.

La démence est produite par un grand nombre de causes, et sous ce rapport on peut distinguer : la démence sénilcy qui résulte des progrès de Tâge ; la démence consécutive à diverses maladies cérébrales : paralysie générale, hémorragie, ramollissement du cerveau ou tumeurs ; — la démence consécutive aux névroses : épilepsie ; chorée y — la démence qui termine diverses espèces de folie, ou démence vésanique ; la démence produite par certaines intoxications : alcool, opium, plomb, etc.

La démence peut frapper aussi les jeunes gens, à la suite d'une affection mentale qui parait liée à la puberté, et qui . a été dénommée pour cette raison liébéphrénie (l). Elle est

(i) L'hébéphrénie. décrite par Kahlbaum (1863), et regardée d'abord comme une forme de la dégénéresceDce mentale, est considérée maintcaant comme une entité clinique spéciale. — Cotte atrection, qui se manifeste généralement entre 15 et 25 ans, est caractérisée au début par une altération profonde des sentiments afTectifs et moraux, précédant en général celle des affections intellectuelles proprement dîtes ; puis par un état d'excitation maniaque avec des idées délirantes polymorphes.

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aussi la terminaison à peu près constante de la caiatonîe (voir page 700) qui frappe surtout les jeunes gens. Enfîn on a décrit encore une autre variété de démence précoce sous le nom de démence paranoide (1), mais celle-ci survient aussi à Tâge adulte, et même plus tard.

La perte des facultés mentales,qui caractérise la démence, est plus ou moins complète. Dans certains cas, elle est absolue ; le malade, privé de toute idée, incapable de satisfaire ses besoins, gâteux» ne vit plus que d'une vie purement végétative. D'autres déments, encore en état de se livrer à certains actes, et môme à quelques travaux, ayant conservé une tenue correcte, tiennent les propos les plus incohérents, prononcent, quelquefois avec une volubilité excessive, des phrases ou des mots dont Tensemble est dépourvu de toute signification. Voici, par exemple, un spécimen de ces discours, recueilli par Marcé, qui Ta écrit sous la dictée d'un malade atteint de cette forme de démence dite incohérente : € Je puis créer Jumiègepour qu'ils sachent lire le camphre dans toutes les situations de la vie ; la femme ivre qui accouche du néflier et de l'écureuil en remontant les cheminées, et d'une très nombreuse fortune. Je suis Fauteur de trois gibecières ; vous mourriez littéralement de faim, si vous aviez un chien enragé dont nous fîmes un gros caillou. »

A côté de ces formes de démence où la déchéance psychique est si accusée, il en est d'autres où le trouble mental est beaucoup moins prononcé, et l'on observe à cet égard une foule de degrés jusqu'à la forme où la démence ne se manifeste que par une diminution de la mémoire, quelques incorrections du jugement, un affaiblissement de l'attention, certaines bizarreries de l'affectivité. Ces troubles peuvent rester pendant longtemps assez légers, notamment dans la démence sénile, pour qu'il soit difficile ou impossible de reconnaître si les défectuosités que l'on constate traduisent un état mental pathologique, ou s'ils doivent être considérés comme les manifestations

(1) Les trois affections, réunies soas le nom de Démence précoce, ont fait l'objet d'une étude intéressante de Deny et Koy in les ActuaHiég médicales, J.-B. Bailllère, 1903.

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d^un esprit encore sain, bien qu'incomplètement développé ou mal équilibré. On se trouve ici sur la limite, forcément artificielle, de la raison ou de Taliénation, et dans bien des cas, malgré une étude minutieuse, les médecins les plus compétents hésitent souvent à formuler un jugement.

Dans d'autres cas, la diminution des facultés, quoique très réelle et très accusée, est peu apparente au premier abord, et peut être méconnue par les personnes qui ont occasion d'approcher même souvent le malade. Certains sujets, en effet, vivent sur leurs idées anciennes restées relativement intactes, et obéissent d'une façon en quelque sorte automatique à leurs habitudes antérieures ; ils suivent, sans désordre apparent, le train ordinaire de leur vie, accomplissent très correctement les actes auxquels ils sont habitués, prennent part aux conversations banales, jouent aux divers jeux, etc. ; mais si on les soumet à un examen un peu approfondi, on constate qu'ils sont incapables de s'assimiler une idée nouvelle, d'asseoir des raisonnements nouveaux, môme sur les faits qu'ils possèdent depuis longtemps, de prendre une décision qui ne soit pas motivée par une habitude ancienne ou suggérée par une volonté étrangère. Cette forme appartient surtout à la démence sénile.

La démence est souvent compliquée de délire ; il en est presque toujours ainsi quand elle succède à une vésanie, et le délire conserve alors la forme qu'il avait primitivement. On a ainsi les démences maniaquey monomanxaque^ lypémaniaquey catatoniquej etc., appellations qui désignent non seulement l'origine de la démence, mais aussi, en général, la forme de la perversion que les facultés intellectuelles, tout en diminuant dans une mesure plus ou moins large, ont conservée.

Les déments, quels qu'ils soient, sont d'ailleurs assez fréquemment atteints d accès d'excitation ou de dépression. Pendant la période d'excitation, ils peuvent commettre toutes sortes d'actes délictueux ou criminels ; ceuxci, et notamment des attentats ou des outrages publics à la pudeur, sont quelquefois aussi accomplis à d'autres époques. L'état mental des déments est assez fréquemment

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invoqué comme une cause de nullité des testaments, e( c'est là Toccasion d'expertises souvent très délicates, dont on trouvera des exemples dans les traités spéciaux*.

§ II. — Idiotie et crétinisme.

Les idiots sont des individus dont le développement intellectuel ne s'est fait que d'une façon très incomplète. Quelquefois, ce développement est resté à peu près nul, et le niveau intellectuel n'est pas supérieur à celui de la brute. Plus souvent la dégradation n'est pas aussi prononcée ; les facultés existent et peuvent être cultivées jusqu'à un certain point, mais non point atteindre la limite à partir de laquelle commence l'intelligence ordinaire. Il est à remarquer, toutefois, que la déchéance ne porte pas également sur toutes les facultés et que quelques-unes d'entre elles peuvent être développées remarquablement ; c'est ainsi qu'on voit parfois des idiots doués d'une bonne mémoire qui, d'ailleurs, ne porte ordinairement que sur certains points restreints : les chiffres, les noms propres, etc. ; d'autres idiots ont une grande aptitude pour la musique.

Les idiots ont leurs facultés affectives ordinairement peu développées et surtout très mobiles ; certains témoignent habituellement de l'affection à leurs parents ou aux gens qui les soignent, et cependant, à la moindre contrainte, ils les menacent, s'efforcent de les battre, de leur être nuisibles, et combinent quelquefois leur vengeance avec une certaine ruse. D'autres commettent, sans motifs, des actes de cruauté sur des animaux, des petits enfants ; ilsobéissenl acilement aux suggestions étrangères et peuvent devenir ainsi les auteurs de délits ou de crimes commis au profil d'autres personnes. En raison de leur faiblesse intellectuelle et morale, ils sont assez souvent victimes de viol, d'actes de pédérastie, etc. Eux-mêmes, lorsque leurs organes génitaux sont bien développés et qu'ils ont des désirs sexuels, ce qui a lieu le plus souvent, satisfont ces

1. Voir notamment Legrand du Saulle, Etude médico-légale sur les testaments contestés pour cause de folie, Paris, 1879, in-8o.

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