‹ Précis de médecine légaleChapitre 304 sur 410 · EXAMEN DE L*ÉTAT MENTAL · texte numérisé non relu

EXAMEN DE L*ÉTAT MENTAL

principaux pour le rattacher à Tune des formes indiquées plus haut et s'assurer qu'il n'est pas simulé. — Avec les malades non délirants, c'est par des conversations convena* blement dirigées qu'on apprécie bien l'état mental. Cette direction doit se borner le plus souvent à ramener Tentre- Ifen sur les points qui paraissent les plus importants ; il convient, au moins dans les premières visites, de laisser le sujet raconter sa vie, les diverses circonstances du délit ou du crime qu'il a commis, en évitant d'influencer ce récit par des observations, des réflexions. On apprécie mieux BÎnsî les troubles de la mémoire avec les caractères particuliers qu'ils présentent chez les épileptiques, chez les alcooliques, chez les individus au début de la démence, etc. ; — les incorrections énormes du jugement: — Texagéralion ou l'absence de l'émotivité : — l'impossibilité d'une attentipn soutenue ; — la mobilité extrême ou l'incohérence des idées ; — les marques d'une volonté affaiblie et perpétuellement défaillante: Rien n'est démonstratif et intéressant comme de voir certains malades reproduire spontanément de la manière la plus fidèle, la description classique des obsessions, des impulsions, etc., en rajeunissant cette description par des détails ingénus ou pittoresques suivant la culture et la forme de leur esprit.

Dans la plupart des cas, l'expert ne doit se prononcer qu'après une observation prolongée du malade, après plusieurs examens et interrogatoires, après avoir organisé une surveillance à l'aide des gardiens de la prison, des codétenus de l'inculpé ou d'autres personnes en la sincérité desquelles on puisse avoir confiance. — Parmi les individus dont l'élat mental est soumis à l'appréciation de l'expert, les uns dissimulent leur maladie, d'autres l'ignorent, d'autres méconnaissent la portée des symptômes qu'ils ont présentés, ne comprennent pas la signification que ceux-ci peuvent avoir aux yeux du médecin et ne songeraient pas à les signaler, s'ils n'étaient mis discrètement sur la voie ; d'autres, enfin, simulent une maladie qu'ils n'ont pas. Dans tous les cas, il est indispensable de suivre le malade ou soi-disant tel, presque jour par jour et c'est ainsi que l'on voit lesaliénisteséminents refuser de formu-

73 i CONDUITE DES EXPERTISES RELJWTIVES A l'eTAT MBNTAX.

1er une conclusion avant d'avoir prolongé Tobservation pendant plusieurs mois.

§ III. — Enquête.

Elle se fait à Taide de renseignements de diverse nature qui sont communiqués par le magistrat à Texpert, ou que celui-ci recherche partout où il croit utile de le faire.

Les pièces qui figurent dans le dossier de Tinstruction judiciaire ont évidemment, en raison même de leur authenticité, une grande valeur ; ce sont les procès-verbaux, interrogatoires, rapports médicaux, etc. L'expert est en général autorisé à demander directement des renseignements aux personnes qui ont connu Tinculpé ; il y a là une source d'information des plus importantes, qui peut permettre de reconstituer les diverses phases de la maladie et de faire comprendre la véritable signification des symptômes constatés au moment de Texpertise. On peut aussi de cette façon obtenir ou contrôler des renseignements relatifs à l'hérédité morbide de l'inculpé.

L'examen des écrits des aliénés peut donner dans certains cas des résultats fort importants* et surtout dans les affaires civiles quand il s'agit d'apprécier quel était l'état mental d'une personne décédée. Les lettres ou les autres pièces écrites par les aliénés peuvent révéler la maladie de celui qui en est l'auteur, ou bien par la nature des idées exprimées, ou bien par les caractères matériels de l'écriture, les défectuosités ou les bizarreries de la conformation des lettres, de l'agencement des mots, des lignes*, etc.

Il est des aliénés, spécialement certains monomanes, qui cachent soigneusement leurs conceptions délirantes et qui évitent de les révéler dans leurs discours ; au contraire, ils les étalent avec un grand luxe de détails dans leurs écrits qu'ils rédigent quelquefois^ avec une prolixité extraordinaire ; les hallucinés, les aliénés atteints de délire de persécution, d'hypocondrie, se plaisent souvent à étaler

1. Voir Marco, De la valeur des écrits des aliénés (Ann. d'hyg, pttbU et de méd. lég., 2** série, t. XXï).

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