‹ Précis de médecine légaleChapitre 305 sur 410 · Voy. les spôcimens ci-joints · texte numérisé non relu

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ViDERT. Médecine légale. 7^ édit.

738 CONDUITE DES EXPERTISES RBLUTIVES A L*ÉTàT MENTAL

ainsi leurs malheurs et leurs sonfTrances. La démence se caractérise quelquefois aussi beaucoup mieux par les écrits que par les paroles et les actes. Il faut remarquer touteroîs qu*un certain nombre d'aliénés non déments sont encore capables d'écrire, sur des sujets étrangers à leur délire, des lettres irréprochables à tous les points de vue, et que leur désordre mental, s*il se manifeste par des documents écrits, n'éclate que dans les mémoires qu'ils rédigent secrètement cl tiennent cachés.

Les désordres que présente l'écriture par elle-même sont de diverses sortes. On trouve des omissions de mots, de syllabes, des fautes d'orthographe qui contrastent d'une façon choquante avec l'instruction antérieure du malade ou qui dénotent moins Tignorance qu'une bizarre fantaisie ; la ponctuation est non seulement fautive, mais d'une étrangeté inexplicable; un certain nombre de mots sont soulignés sans qu*on puisse en comprendre la raison. Chez les paralytiques généraux, on peut retrouver la trace du tremblement qui agite les mains et qui est manifeste surtout sur les lettres à longs jambages ; à un degré plus avancé, les lignes divergent, s'enchevêtrent les unes dans les autres, les caractères deviennent illisibles, en même temps que la démence se décèle par l'incohérence des idées exprimées. Quand l'incorrection de l'écriture est moins accusée, elle peut être encore assez démonstrative si Ton est à môme de comparer des pièces écrites à diverses époques par le malade, et s'assurer que les fautes, les omissions,les défectuosités dans le tracé des caractères, ne sont pas le fait d'une instruction incomplète.

Dans quelques cas, une visite au domicile de raliéoé indique nettement la nature de son délire ; certains persécutés ont pris les précautions les plus minutieuses contre leurs ennemis imaginaires et ont mis leur chambre en état de défense ; d'autres ont couvert les murs d'inscriptions, souillé d'ordures leur ameublement, fait des collections soigneusement conservées et classées des objets les plus étranges, de leurs rognures d'ongles, de leurs détritus corporels ; d'autres enfin ont écrit des mémoires où ils dévoilent sans arrière-pensée leur état mental.

ALIÉNATXOK ÉMULÉE 739

§ IV. — Aliénation simulée

La simulation de la folie, qui est d'ailleurs assez rare, est fort difficile. Elle exige de la part de celui qui s'y livre une force et une ténacité peu communes,.et pour avoir quelque chance de réussir aux yeux d'un observateur compétent, elle nécessite en général une connaissance approfondie des maladies mentales.

Le véritable aliéné n'est pas, comme le croit le vulgaire simulateur, un individu qui divaguesur tout, tient constamment des propos niais et incohérents, se livre à des actes extravagants, à des gestes ridicules. Chaque forme d'aliénation comporte une classe particulière de troubles psychiques, plus ou moins limités, susceptibles ou non, suivant lacatégorieàlaquelleappartientla maladie, d'intermittences ou de rémissions. On peut dire d'unemaniére générale qu'il est des désordres d'esprit qui en excluent d'autres d'une nature différente, et qu'on ne peuttrouverces manifestations réunies chez un môme malade. Le simulateur ne peut éviter les contradictions, les défaillances, les exagérations, les démentis aux données recueillies par l'observation clinique et qui sont la base de la science des aliénistes {voir le rapport à la fin du livre).

Certaines formes d'aliénation mentale sont accompagnées par des troubles autres que le délire etqui sont impossibles ou très difficiles à simuler ; par exemple, la fièvre, l'insomnie persistante, l'anesthésie, les tremblements, etc. Signalons encore le ralentissement du pouls et de la respiration, l'abaissement de la température qu'on observe chez certains mélancoliques.

Toutefois, les ruses des simulateurs ne peuvent ordinairement être déjouées avec certitude que par les médecins qui ont une compétence spéciale, et ceux-ci môme s'accordent à reconnaître qu'il est certains cas, où il est difficile de se prononcer.

Ilestà noter que parmi les simulateurs d'aliénation, figurent en forte proportion des hystériques, des dégénérés, des débiles, des neurasthéniques, des imbéciles et môme des idiots; on trouve alors, à côté de symptômes simulésou gros-

sîèrement exagérés, des signes incontestables d'une affection mentale très réelle.

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