V. — Meurtre par blessures et strangulation. Pédérastie
PERSONNEL -
Aspect du cadavre. — Le cadavre est celui d'un homme bien constitué et paraissant très vigoureux.
Le corps porte de très nombreuses blessures produites les unes par un corps contondant tel qu'un marteau par exemple; d'autres par un couteau ou par un autre instrument coupant, d'autres par des éclats de verre ou de vaisselle, d'autres par des coups d'ongle, d'autres enfin par des coups de poing ou des heurts contre les meubles ou le sol.
Enfin le cou est entouré par une ficelle fortement serrée.
Les diverses blessures sont réparties de la façon suivante :
Tète, — Sur Je cuir chevelu il y a quinze plaies contuses^ qui toutes ont divisé entièrement le cuir chevelu. Leur longueur varie entre 1 à 4 centimètres. Presque toutes sont rectilignes^ ou bien forment un angle net, presque droit. Il semble donc très probable qu'elles ont été produites par un instrument à bords ou arêtes rectil ignés, tels qu'un marteau. L'une de ces plaies, située à la région temporale igauche (voir la photographie jointe au présent rapport) éveille tout spécialement l'idée d'une blessure faite au marteau ; avec ses trois bords rectilignes et coudés à angle droit, elle représente en quelque sorte l'empreinte d'un marteau. Elle se continue par une fracture du crâne, avec enfoncement de l'os suivant un contour qui rappelle aussi la forme d'une tête de marteau.
L'oreille droite est presque entièrement divisée par une plaie horizontale qui parcourt toute la partie médiane du pavillon, et n'a respecté que la peau de la partie postérieure. Cette plaie paraît avoir été fai^e par un couteau ou par un autre objet coupant.
Les paupières des deux yeux sont ecchymosées et il y a un ché* mosis sanglant sur chaque œil. Ces contusions sont beaucoup plus marquées du côté gauche.
Des caillots de sang sortent des narines.
La face est couverte de petites plaies superficielles, <lont la plupart paraissent avoir été produites par les ongles ; quelques-unes sont constituées par des coupures faites soit par des débris de verre, soit par la pointe d'un couteau.
Les deux lèvres de la bouche sont ecchymosées sur presque
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toute leur étendue, et principalement au niveau de leur face muqueuse : elles ont donc été fortement comprimées contre les dents.
Sur le cou, on trouve l'empreinte de la corde qui a laissé deux sillons horizontaux, parcheminés, fortement déprimés, distants l'un de l'autre d'environ 1 centimètre. — Plusieurs égratignures se remarquent au voisinage de ces sillons. Sur le côté gauche du cou il y a une petite piqûre superficielle, se continuant par une éràflure de 4 millimètres de longueur, et produite sans doute par la pointe d'un couteau.
. Sur les bras et les mains, il y a plusieurs blessures. Sur le dos de la main droite on trouve une dizaine d'égratignures ou coups d'ongles; il y en a autant sur le coude et l'avant-bras droits, plus une piqûre sur le dos du pouce droit, paraissant produite par la pointe d'un couteau. En arrière du coude gauche» il y a une large contusion. A la main droite, on trouve, entre l'extrémité des ongles et la pulpe des doigts, quatre poils (qui seront décrits plus loin).
Les genoux sont couverts de contusions, de plaques parcheminées, et de nombreuses coupures très fines, très superficielles, . rectilignes, longues de J à 5 centimètres. — Les mêmes coupures au nombre d'une vingtaine se remarquent à la partie interne de la cuisse droite.
Sous le bord externe du pied droit, il y a six coupures, plus ou moins curvilignes, de 1 à S centimètres de longueur; quatre d'entre elles ont divisé toute l'épaisseur de la peau.
Sur la fesse droite^ il y a une douzaine d'estafilades, c'est-à-dire de longues coupures rectilignes, superficielles; quatre d'entre elles ont divisé, sur une partie de leur étendue, toute l'épaisseur de la peau et le tissu cellulaire sous-cutané.
Il y a aussi de nombreuses contusions sur les deux membres inférieurs.
L'anus est le siège d'hémorroïdes peu volumineuses. On y remarque deux érosions ou écorchures tout à fait récentes, de 2 à 3 millimètres de diamètre, l'une en haut et à droite de l'orifice, l'autre à sa partie inférieure et médiane. — > L'anus n'est pas déprimé en entonnoir; il est dilaté, mais cette dilatation peut tenir uniquement au relâchement cadavérique du sphincter.
(La recherche du sperme dans l'anus et le rectum est indiquée plus loin.)
La verge est normalement conformée. Sur le gland sont collés quelques poils courts, et dans la rainure du gland se trouve un petit fragment noirâtre, dont la nature sera indiquée plus loin. Ouverture du cadaore. — Deux des plaies du cuir chevelu communiquent avec des fractures du crâne.
L'une de ces fractures, déjà mentioaoée plus haut, se troare à la région temporale gauche et empiète sur i'os pariétal. Sar une partie de son contour, elle représente assez bien Tempreiate d'un marteau ; mais ce contour se continue par des traits secondaires de fracture. La fracture est comminutive, c'est-à-dire qu'elle comprend plusieurs fragments enfoncés vers la cavité crânienne Dans son ensemble, elle représente un trou de 8 centimètres de plus grand diamètre; à travers ce trou, le doigt pénètre facilement jusqu'au cerveau, dont la partie superficielle (substance grise) est dilacérée et ecchymosée.
La seconde fracture, qui communique également avec une plaie du cuir chevelu, est située à la partie postérieure des deux pariétaux. Elle a la forme d'un trait de 2 centimètres de longueur, avec ua léger enfoncement des os.
A l'intérieur de la cavité crânienne, il y a un épanchement de sang dont la quantité totale est de 50 grammes.
Sur les divers organes du cou : dans le corps thyroïde» dans la gaine des carotides, dans plusieurs muscles et dans le tissu cellulaire qui sépare ceux-ci, on trouve de nombreux épanchements sanguins. L'os hyoïde et le larynx ne sont pas fracturés.
Les côtes ne sont pas fracturées. Les poumons sont un peu congestionnés ; ils ne présentent pas d'ecchymoses sous-pleurales. Les bronches renferment un peu d'écume.
Le cœur ne contient que du sang liquide. Les valvules sont saines, ainsi que l'aorte. Il n'y a pas d'ecchymoses sous-péricardiques.
L'estomac renferme S50 grammes de matières alimentaires incomplètement digérées. Le mélange n'exhale pas d'odeur d'alcool ou '^e liqueurs.
Les intestins, le foie, la rate, les reins et les autres viscères abdominaux ne présentent pas de lésions.
La vessie contient un peu d'urine.
• Recherches complémentaires. — Le 46 mai, alors que le cadavre ne présentait encore aucune trace de putréfaction, nous avons raclé avec le dos d'une lame de scalpel la partie interne de l'orifice anal et l'extrémité inférieure du rectum (sur une hauteur d'environ 4 centimètres).
Le magma blanchâtre ainsi obtenu a été étalé sur une douzaine de lames de verre pour être ultérieurement soumis à l'examen microscopique. Cet examen a été pratiqué le lendemain et les jours suivants, en diluant chaque préparation avec un peu d'eau distillée et en ajoutant divers réactifs colorants. Le grossissement employé était de 500 diamètres.
Les préparations ont montré de nombreuses cellules de l'épithélium intestinal ; mais, malgré des recherches répétées un très
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grand nombre de fois, il iei été impossible de trouver un seul spermatozoïde dans les diverses préparations. Il est par suite très probable qu'il n'y a pas eu d'éjaculation dans Tanus et le rectum, car en général l'examen microscopique permet de caractériser facilement le sperme quand la putréfaction n'est pas commencée, et même quand elle est seulement peu avancée.
Les poils qui se trouvaient sur le gland sont de coloration brune ; deux d'entre eux sont courts et recourbés en arcs de cercle : les deux autres, un peu plus longs (2 et 3 1/2 centimètres) sont fins et frisés. L'aspect de ces poils indique qu'ils proviennent sans doute du pourtour de l'anus (les deux premiers) et des parties génitales. Leur coloration ne fournit pas d'indice probant, car Ballardini et l'inculpé Mas ont les poils des organes génitaux à peu près de la même couleur.
Le petit fragment noirâtre qui se trouvait dans la rainure du gland a été examiné au microscope : on en a prélevé pour cela une parcelle, le reste ayant été conservé et placé avec les quatre poils sous un scellé que nous joignons au présent rapport.
L'examen microscopique a montré que cette substance était constituée par de la matière fécale. En effet, on aperçoit dans la préparation de nombreux éléments de tissus végétaux: cellules et groupes divers de cellules, poils végétaux^ trachées, etc., quelques cellules d'épithélium de l'intestin, de nombreuses granulations, le tout nageant dans un liquide uniformément jaunâtre, lequel liquide teint fortement certains des éléments figurés . - Examen de divers objets saisis. •— « Scellé 4 (clos) de M, le commissaire de police du Gros-Caillou. Le clou après lequel était suspendu» la montre^ et dont la tête ensanglantée retient collés des poils de barbe ou des cheveux. »
Ce clou était planté à la tête du lit, du côté opposé à la ruelle. 11 a été arraché par nous. Il est légèrement tordu. Sa tête est ensanglantée, elle retient sept poils châtains qui paraissent être des cheveux, sauf l'un d'eux, plus long et frisé, qui provient peut-être de la barbe. Ces poils sont engagés dans un encoche de la tête du clou, laquelle est tordue et fendue à ce niveau.
a Scellé 5 (clos). Une certaine quantité de poils de barbe et de cheveux saisis à la tète du lit, sur le devant du matelas, et collés dans une large tache de sang ; un de ces poils est plus gros que les autres. »
La plupart de ces poils, de coloration châtain^ paraissent être des cheveux. Ils sont tous à peu près de même longueur, sont relativement fins, ils sont légèrement recourbés, mais ne sont pas frisés.
« Scellé 6 (clos). Quatre poils trouvés par M. le D' Vibert dans les onglet de la main droite de la victime. »
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Ces poils, de coloration brune, paraissent provenir de la cheve* lure ; ils sont en effet assez courts, légèrement courbés en arc de cercle ; leur extrémité libre est sectionnée nettement, et présente k peine quelques traces d'usures (tandis que les poils de barbe et surtout de la moustache sont souvent plus ou moins frisés, et qu'ils sont habituellement usés et fendillés à leur extrémité libre parce qu'ils sont plus rarement coupés).
« Scellé 15 (du service de Sûreté), Débris ensanglantés d'une bou^ teille bleue avec étiquette rouge, trouvés épars dans la chambre de Ballardini, »
Cette bouteille était d'assez faible volume (environ 200 à 300 grammes) et de verre relativement peu épais. Il est donc impossible de croire qu'elle ait pu servir au meurtrier pour produire les graves blessures qui se trouvent sur le cuir chevelu, et notamment celles qui s'accompagnent de fractures du crâne. D'ailleurs, en examinant les fragments de la bouteille, on constate que si la plupart de ceux-ci sont tachés de sang, ce sang ne se trouve pas sur la partie tranchante, sur la cassure des divers fragments, ou senlemeat en quelques points limités de 2 ou 3 de ces cassures. Cette circonstance indique que très probablement la bouteille en question a'a pas servi à frapper le sieur Ballardini, ou tout au moins qu'elle n« s'est pas brisée au moment où elle le frappait.
« Scellé 12 {de la Sûreté). Une jfmirede bottines à élastique ensanglantées, aux talons desquelles adhérent encore des cheveux bruns, trouvées dans la chambre de Ballardini^ êi pêraissant lui avoir ap^ par tenu. »
De nombreuses tachesde sang couvrent ces de«x bottines, non seulement sur la semelle, mais encore sur l'empeiga^. Ces bottines se trouvaient près du cadavre, au milieu d'un amoncellement de vaisselle brisée et d'autres objets également ensanglantés. Mais une circonstance indique que les bottines n'ont pas seulement été tachées par le sang qui jaillissait à une distance plus ou moins grande des blessures. L'une d'elles (la droite) porte une vingtaine de cheveux bruns collés sur le talon par le sang desséché. Cette bottine a donc servi à frapper Ballardini à la tête. Mais elle n'a pu produire toutes les blessures de la tète, et notamment celles qui s'accompagnent de fracture du crâne.
« Scellé 1 {de la Morgue), Ficelle retirée du cou de Ballardini par M. le />'■ Vibert^ au moment de Vautopsie.
Cette ficelle ne peut former qu'un tour sur le cou ; comme il Y avait deux sillons, il faut admettre que la ficelle a été déplacée après avoir été serrée une première fois autour du cou.
« Scellé 7 {de la Sûreté), Deux cordes préparées en nceud coulant^ et un peloton de ficelle susceptible d'être comparéeiavec celle qui a été