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BLESSURES ET STRANGULATION

trouvée autour du cou de Ballardini ; saisies, 10, rue de Surcoût, chez Mas, »

La ficelle et la corde saisies ne sont certainement pas identiques, ni l'une ni l'autre, au lien avec lequel Ballardini a été étranglé.

« Scellé 6 (delà Sûreté). Un couteau poignard gui ne porte aucune trace de sang, mais qui peut at>oir été lavé; saisi chez Mas, 10, rue Surcouf.

On n'aperçoit pas en effet de tracffiï de sang sur les diverses parties de ce couteau.

Conclusions. — En nous basant sur tout ce qui précède, comme aussi sur l'inspection de la chambre où le meurtre a été commis, et enfin sur Texamen de l'inculpé Mas, nous formulerons les conclusions suivantes :

i^ Parmi les innombrables blessures que le sieur Ballardini a reçues, il en était une qui suffisait à elle seule pour entraîner la mort, c'est la plaie contuse de la région temporale gauche qui s'accompagne d'une vaste fracture du crâne et de contusion du cer\'eau.

Les autres blessures auraient vraisemblablement entraîné aussi la mort par leur multiplicité même et par la continuation de l'hémorragie qu'elles occasionnaient.

2o Le sieur Ballardini a été en outre étranglé par une ficelle fortement serrée autour du cou. Cette ficelle a été placée au moment où Ballardini vivait encore, car elle a produit de nombreuses ecchymoses sur les parties profondes du cou. Comme la plupart des blessures ont beaucoup saigné^ elles ont donc été produites avant que le sieur Ballardini fût étranglé. Il faut admettre par suite que la corde a été mise autour du cou au moment où Ballardini était déjà épuisé par l'hémorragie et sans doute agonisant.

3* Comme Ballardini était au moins aussi vigoureux que Mas, et que le premier a été couvert de blessures tandis que le second n'en a reçu qu'un très petit nombre, toutes légères et produites seulement par la main de la victime, et non pas par un instrument servant d'arme, il faut admettre qu'une circonstance quelconque a mis Ballardini hors d'état de se défendre, ou dans des conditions de très grande infériorité pour soutenir la lutte.

4<» Il est à supposer que cette infériorité a résulté de ce que Ballardini a été surpris à Timproviste soit pendant son sommeil, soit pendant un acte de pédérastie, lequel, ainsi que cela sera dit plus loin, a été accompli, suivant toute vraisemblance, entre les deux hommes.

C'est eu effet dans le lit que les premiers coups paraissent avoir été portés. La tête de Ballardini a heurté violemment le clou

planté auprès du lit pour accrocher la montre ; un autre coup violent a été porté sur le crâne pendant que Ballardini était •encore couché^ puisqu'on trouve sur le drap, à la tête du lit, une grande quantité de sang, et au moins une trentaine de cheveux. Ballardini se trouvait ainsi affaibli ou étourdi^ quand la lutte a continué en un autre endroit de la chambre, là où le cadavre a été trouvé au milieu de débris de vaisselle et d'autres objets couverts de sang.

5» Ballardini a reçu une quantité innombrable de blessures produites les unes avec les ongles, d'autres (peu graves) avec un couteau, celles de la tête avec un corps contondant. Mas prétend, paralt-il, qu'il ne s'est servi que d'une bouteille et aussi d'une bottine. La bottine a pu produire quelques-unes des blessures de la tête, parmi les moins profondes. Il nous parait impossible d'admettre qu'elle ait occasionné l'énorme fracture du crâne dont il a été parlé plusieurs fois. Cette fracture n'a pas été faite non plus par une petite bouteille bleue saisie ou par un objet coupant.

L'aspect de quelques-unes des plaies de la tête éveille l'idée de blessures produites par un marteau : nous avons dit que l'une de ces blessures représentait en quelque sorte l'empreinte d'un marteau. Il y avait bien, auprès du cadavre, deux marteaux ; mais ils paraissent trop petits et trop légers pour avoir produit la blessure dont il s'agit, en outre leurtête ne présente que quelques petites taches de sang*.

60 Comme nous avons trouvé sur la verge de Ballardini quatre poils, courts, collés sur le gland, et un petit fragment de matière fécale dans la rainure du gland, il nous paratt certain que Ballardini a accompli, peu de temps avant d'être frappé, un acte de pédérastie active.

Sur l'anus, nous n'avons pas trouvé de traces certaines d'habitude de pédérastie passive. Mais la présence de deux petites écorchures récentes sur les hémorroïdes peu volumineuses qui entourent l'anus fait supposer qu'un acte de pédérastie passive avait été accompli aussi ; mais sur ce point nous ne saurions être -entièrement affirmatif.

PROFESSEUR THOINOT —

L'accusée, Jeanne Moulinet, a épousé Jean Weber en 4893 ; de leur mariage étaient issus trois enfants qui sont morts successi-

i . Mas a avoué plus tard qu'il s'était servi d'un marteau qu'il avait fait disparaître après le meurtre.

vement : Tun à Tftge de 2 mois, an autre à 2 ans. et le troisième k Và^t de 7 ans, à une date toute récente.

Jean Weber a plusieurs frères : Pierre Weber, Charles Weber et Léon Weber, qui tous trois sont mariés et ont des enfants : or, en 1905, dans un espace de quelques semaines, trois enfants sont morts dans ces familles ; un quatrième a failli mourir au milieu de circonstances qui paraissent engager gravement la responsabilité de la femme Jeanne Weber.

Le 2 mars 1905, l'accusée gardait les enCants de la dame Pierre Weber, sa belle-sœur, tandis que celle-ci était au lavoir. Ces enfants semblaient être en pleine santé. Tout à coup, une voisine entend appeler au secours : elle se précipite et trouve la petite Georgette Weber, âgée de 18 mois, qui était étendue sur le lit ; Tenfant haletait, la langue sortait un peu de la bouche, avec de la mousse au coin des lèvres ; enfin les yeux étaient hors de Torbile. Jeanne Weber, qui était seule avec Tenfant, se trouvait près du lit, et une de ses mains était passée sous le vêtement de la petite fille. Sur l'observation de la voisine, que cette enfant étouffait, elle la prit sur ses genoux, mais sans retirer sa main ; c'était, disait-elle, pour s'assurer si le cœur battait toujours. La mère avertie fit les mêmes constatations que la voisine et s'empara de l'enfant, qui aussitôt parut respirer. Rassurée, elle eut l'imprudence de se retirer, laissant encore une fois la petite Germaine seule avec sa belle-sœur. Trois quarts d'heure après, la dame Pierre Weber était prévenue que sa petite fille était morte. La demoiselle Pouche, qui examina le corps, le père luimême, le. sieur Pierre Weber, disent que l'enfant avait le cou violacé ; cependant l'attention du médecin de l'étal civil ne fut pas attirée sur celte circonstance, et l'inhumation eut lieu.

Georgette Weber était morte le 2 mars 1905 ; neuf jours après, sa petite sœur, Suzanne, âgée de 34 mois, succombait à son tour dans des circontances presque identiques. Le 11 mars, les époux Pierre Weber allèrent à leur travail, confiant leur fille à l'accusée. L'enfant était gaie et paraissait être en parfaite santé ; elle avait cependant bu le matin en cachette un peu de sirop d'éther, mais elle ne semblait pas s'en ressentir. Une demi-heure après, averti que sa fille était malade, Pierre Weber rentrait précipitamment et trouvait l'enfant, la figure violacée, les membres con tractés, les dents serrées ; il crut à une indigestion causée par le sirop d'éther et lui fit prendre un vomitif pour la dégager. Il retourna à son ouvrage^ mais on vint le chercher peu après : l'enfant allait plus mal, elle râlait, et, dès son arrivée, elle expira entre ses bras.

La dame Charles Weber, qui vint le lendemain, remarqua que le visage de l'enfant était noir avec des pointillés sanguins. Elle ViBERT. Médecine légale. ?• édii. 54

également lioéaires et curvilignes, non doublées d'ecchymoses ; une autre irrégulière, est située sur ta joue droite, au niveau de l'os malaire, elle est ecchymotique. Toute la paupière inférieure de l'œil droit est fortement ecchymosée ; une autre ecchymose, arrondie* de 3 centimètres de diamètre, se trouve sur le côté droit de la mâchoire inférieure. Sur le cou, près du bord gauche de la trachée, et à î centimètre au-dessous du larynx, on remarque une érosion linéaire et rectiligne, de 1/2 centimètre delongueur; uoe seconde érosion, irrégulière, existe au-dessous de la précédente, entre le larynx et la mâchoire inférieure. A la partie antérieure et médiane du cou, à S centimètres au-dessous du larynx, existe une ecchymose de 1/2 centimètre de diamètre.

A la partie antérieure et supérieure du bras droit, se trouvent deux ecchymoses arrondies de 2 centimètres de diamètre, correspondant à Tempreiole de doigts fortement appliqués en ce point. A la partie supérieure et externe du bras gauche existe une large ecchymose arrondie, de 6 centimètres de diamètre; en pratiquant une incision en ce point, on constate qu'il y a un double épanchement sanguin : Tun immédiatement sous la peau, etunautre. plus abondant, entre Taponévrose et la face profonde delà couche cellulo-adipeuse. En arrière des deux coudes existent deux petites plaques parcheminées non ecchymoliques. Sur les mains il n'existe pas de traces de violences, sauf deux longues érosions rectilignes, très superficielles, sur le dos de la main droite^ qui paraissent résulter d'égratigures.

Enfin on trouve encore une ecchymose arrondie de 1 centimètre de diamètre au-dessus et en dehors du sein droit, une autre, semblable, à la partie supérieure et interne de la cuisse droite; une dernière de 3 centimètres de diamètre à la partie postérieure de la cuisse gauche.

Ouverture du corps. — En disséquant les parties molles du cou, on constate qu'il existe à la face profonde du muscle sternothyroïdien droit, et au niveau de Tecchymose sous-cutanée signalée plus haut, un épanchement de sang coagulé de 2 centimètres de diamètre sur un millimètre environ d'épaisseur. On trouve aussi dans la tunique externe de la carotide primitive droite, à 3 centimètres de sa bifurcation, une ecchymose de la dimension d'un pois. Le larynx et la trachée renferment de l'écume et un peu d'eau liquide.

Les poumons sont^très volumineux et font une très forte saillie h l'ouverture du thorax ; les côtes se sont imprimées à leur surface ; en appliquant le doigt à un point quelconque du parenchyme pulmonaire, on produit une dépression profonde, persistante : ces caractères sont moins marqués sur le poumon gauche qui adhère à la paroi ihoracique sur une grande partie de son

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