STRANGULATION ET SUBMERSION
étendue. En incisant les poumons on constate que les bronches et le parenchyme contiennent de Técurae à très fines bulles, et qu'il s'écoule une quantité abondante de sang liquide et foncé. Il n'existe pas d'ecchymoses sous-pleurales.
Le cœur ne présente pas d'ecchymoses sous-péricardiques ; ses cavités renferment du sang. liquide et des caillots noirs et mous. Les valvules sont saines.
L'estomac renferme environ 100 grammes d'un liquide jaune verdâtre très clair, n'exhalant pas d'odeur alcoolique, et non mélangé de débris alimentaires. La muqueuse est légèrement congestionnée.
Les intestins ne présentent pas d'altérations pathologiques.
Le foie est volumineux et congestionné. La rate a son aspect normal.
Les reins ont leur volume habituel; leur surface est lisse ; cependant en enlevant leur capsule on Constate qu'elle entraîne en certains points quelques fragments de la substance corticale; celle-ci n'offre pas de lésions appréciables à l'œil nu.
L'utérus et les ovaires sont sains.
La vessie est vide.
Le cuir chevelu est intact : au-dessous de lui on trouve plusieurs épanchements de sang coagulé disposé de la façon suivante : au sommet de la tète, un peu en avant de l'occipital, existe un premier épanchement de 4 centimètres de diamètre sur 4 millimètre d'épaisseur : près de la bosse pariétale droite, un autre épanchement de 2 centimètres de diamètre ; enfin, à la partie antérieure de l'occipital et des deux côtés de la ligne médiane, plusieurs épanchements répartis sur une étendue de 7 centimètres , ces derniers épanchements sont situés entre l'os et le périoste.
Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Il n^existe pas d'épanchement sanguin dans ' la cavité crânienne. Les méninges ne sont pas congestionnées, non plus que le cerveau et les autres parties de l'encéphale qui ne présentent pas d'altérations appréciables. ^
Conclusions, — 4* La femme B. porte sur les diverses parties du corps de nombreuses traces de violences. Sur le cou existent des marques d'ongles, des ecchymoses superficielles et profondes, indiquant une tentative énergique de strangulation. Sur les bras se trouvent les marques de doigts fortement appliqués, comme pour maintenir ou entraîner la victime. Sur la partie supérieure de la tète existent les traces de plusieurs chocs ou coups portés avec un corps contondant. Enfin sur la face, les bras et les cuisses, on remarque plusieurs ecchymoses produites également par des contusions.
Weber avait élé l'objet d*uDe tentative de strangulation, et que le fait avait dû se produire dans les quelques heures ayant précédé l'entrée de l'enfant à l'hôpital Bretonneau. En revanche, lorsque l'enfant fut examiné le 10 avril suivant parle D'' Thoinot, médecin commis pour l'expertise, toute trace au cou avaitdisparu. Pour se soustraire aux conséquences de ces déclarations concordantes, Taccuséè soutient avec énergie qu'elle n'est pas restée seule avec le petit Maurice; c'est avant le déjeuner, prétend-elle, que la dame Pierre Weber serait allée chez un pharmacien du voisinage pour chercher un médicament, mais le pharmacien lui-même confirme les déclarations contraires de la dame Pierre Weber, accablantes pour l'accusée. La visite de ce témoin eut lieu chez lui quelques minutes seulement avant le moment où elle revint lui dire qu'un enfant était très malade et lui demander l'adresse d'un médecin.
Ainsi, il est établi que le petit Maurice Weber a subi des phénomènes d'asphyxie consécutifs à une constriction du cou. Or, les symptômes observés chez cet enfant, quia heureusement survécu, sont identiques à ceux constatés chez les trois autres victimes. De là il est aisé de conclure que celles-ci sont mortes des suites d'une suffocation^ due, comme dans le cas précédent, à des pratiques criminelles. Cependant les conclusions du rapport de l'expert qui a procédé à l'autopsie des trois enfants, Georgette, Germaine et Suzanne Weber, aboutissent à une véritable négation : l'expert n'a pas déterminé de causes de mort violente ; il est vrai qu*il n'a pas aperçu noa plus les causes de la mort naturelle. L'analyse chimique des viscères n'a donné d'autre part aucun résultat. Mais, si l'expertise n'a abouti, suivant l'expression même du D^ Thoinot, qu'à un « échec scientifique » et ne donne aucun résultat certain au point de vue médical, elle laisse subsister les preuves qui ressortent de l'instruction même, et ces preuves forment un faisceau singulièrement concordant.
La femme Weber n'avait aucun antécédent médical. Son caractère, sa conduite habituelle, n'ont pas permis de mettre en lumière les mobiles auxquels elle aurait pu obéir. Elle a fait l'objet d'un examen au point de vue de la responsabilité et n'a paru atteinte d'aucune forme d'aliénation mentale. C'est une nerveuse cependant, et il est probable qu'au moment où les crimes ont été commis elle subissait un commencement de grossesse qui aurait abouti depuis à un avortement.
Elle n'a pas d'antécédents judiciaires.
En conséquence, Moulinet (Jeanne-Marie), femme Weber, est accusée :
1'' D'avoir, le 2 mars 1905, à Paris, commis un homicide volontaire sur la personne de Georgette Weber ;
2o D*avoîr, le li mars 4905, à Paris, commis ua homicide volontaire sur la personne de Suzanne Weber ;
30 D'avoir, le 29 mars 1905, à Paris, commis un homicide volontaire sur la personne de Germaine Weber ;
40 D'avoir, le 5 avril 4905^ à Paris, commis une tentative d'homicide volontaire sur la personne de Maurice Weber, laquelle tentative, manifestée par un commencement d'exécution, n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur.
Crimes prévus par les articles 2, 395, 304 du Code pénal.
Examen de Maurice Weber. — Rapport du D' Thoinol,
i. La dame Marie Weber nous fait le récit suivant de l'attentat qu'elle prétend avoir été commis sur son enfant Maurice, âgé de onze mois.
Le 5 avril dernier, elle se rendit chez sa belle-sœur, Jeanne Weber, passage de la Goutte-d'Or, 4 bU; elle emmena son fils Maurice avec elle. Elle rencontra, au domicile de la femme Jeanne Weber, une autre de ses belles-sœurs, Blanche Weber. Chargée d'une commission par Jeanne Weber, Marie Weber s'absenta quelques instants; après elle. Blanche Webert sortit aussi, mais pour un laps de temps plus court encore. L'enfant Maurice était resté à la garde de Jeanne Weber, sa tante. Quand Blanche Weber rentra après une absence de durée fort courte, elle trouva Maurice Weber sur le lit de sa iante, la figure noire, étouffant, et l'enfant avait au cou une trace circulaire, comme s'il eût été serré par un lacet. Marie Weber survint alors et emmena son enfant en toute diligence à l'hôpital Bretonneau : il était alors environ trois heures de l'après-midi. L'admission fut faite, et la mère et l'enfant séjournèrent jusqu'au lendemain jeudi à l'hôpital dans le service de M. le D^ Sevestre.
La mère nous rapporte que les traces locales de l'attentat sont restées visibles, tout en s'effaçant graduellement jusqu'au samedi ou au dimanche 9 avril.
L'enfant, en bon état avant l'attentat prétendu, tousserait depuis.
n. L'examen actuel, — en date du 10 avril 1905, — a été tout à fait négatif.
Le jeune Maurice Weber est de fort bonne santé générale ; il est gras et vigoureux. Il tousse un peu, et l'auscultation montre un peu de bronchite fort légère disséminée dans la poitrine à gauche et à droite.
Au cou, aucune trace actuelle de violence ne peut être constatée.
854 UAPFORTS MÉDICJ-LÊGAUX
m. Le résultat tout à fait négatif de notre examen pouvait s'expliquer de deux façons :
a) Il y avait bien eu des marques de violence au cou, mais elles s'étaient effacées dans les cinq jours qui avaient séparé notre examen du moment de Tattentat;
b) La mère s'était complètement méprise^ et son enfant n'avait été pris que d'un accès vulgaire de suffocation, de spasme de la glotte, si fréquent chez les enfants de cet âge, et trouvant justement sa cause. provocatrice dans la bronchite actuellement encore constatable.
Nous avons voulu faire la lumière autant que possible, pour rester dans l'esprit de la mission que nous avait confiée M. Je Juge, et nous avons recueilli de la bouche de l'interne de M. le D>' Seveslre, qui avait vu l'enfant Maurice dès son entrée au pavillon J. Simon et l'avait suivi pendant le temps de son séjour, les renseignements suivants :
L'enfant a été vu à la contre-visite de trois heures et demie; la face était congestionnée, violacée, et il existait au cou un sillon rougeàtre moins marqué en avant que sur les côtés. Le lendemain, le sillon avait pris une teinte violacée, et on constatait sur la face un pointillé ecchymotique bien net. L'enfant quitta alors le service.
M. le D»" Sevestre et son interne ont pensé qu'ils avaient bien sous les yeux les symptômes locaux d'une tentative de strangulation.
Pour nous, ainsi que nous le répétons, les circonstances ne nous ont permis de faire que des constatations directes tout à fait négatives.
Autopsie ffe Georgetle, Suzanne et Germaine Weber. — Rapport de M, Thoinot,
lo Autopsie de Georgette Weber, décédée le 2 mars 4905.
Le cadavre de l'enfant, décédée à l'âge de dix-huit mois, est eu étal de putréfaction naturellement avancée, mais qui n'empêche pas de recounaître l'enfant.
Nous notons, comme traits principaux de la putréfaction à Texlérieur, que la face, de teinte générale verdâtre, est couverte de moisissures ; que les orbites sont profondément excavés ; que les membres et le tronc, parfaitement intacts encore, sont couverts des mêmes moisissures verdâlres et blanchâtres que la face. Seuls les pieds ont conservé la peau blanche normale.
La putréfaction des organes viscéraux est moins avancée que celle de l'extérieur; tous les organes sont intacts, tous sont recon-
ACCUSATION UK M£U1\TKE SUR PLUSIEURS ENFANTS 855
naissables et peuvent fournir encore d'utiles indications pathologiques.
Le cou, débarrassé des moisissuresqui le couvraient^ ne montre aucune empreinte de sillon encore saisissable.
Dans les muscles de la région du cou, nous ne voyons absolument aucune ecchymose^ aucune suffusion sanguine.
Les carotides ouvertes sont intactes.
Rien dans la bouche, rien sur la langue.
Le squelette de l'os hyoïde, celui du larynx, sont absolument intacts.
Bref aucune trace d'une action traumatique sur le cou, du moins aucune trace actuellement constatable.
Les poumons ne présentent d'autres lésions que celles de l'hypostase cadavérique, surtout marquées aux parties inférieures. liC tissu reste encore souple dans les parties supérieures; les organes ont leur forme parfaitement nette.
Il n existe pas d'ecchymoses sous-pleurales.
Au hile du poumon gauche, nous trouvons un abcès gans^lionnaire en voie de ramollissement, dont le pus fluide contient des bacilles de Koch : donc abcès tuberculeux. Cet abcès a la grosseur d'une noisette environ.
Au cœur parfaitement intact et reconnaissable dans toutes ses parties, on ne note aucune lésion. Pas d'ecchymoses sous-péricardiques.
La rate, le foie, les reins n'oflFrent d'autres lésions macroscopiques que celles de la putréfaction.
L'estomac, sain d'apparence, sauf les lésions putréfaclives, contient un peu de matière alimentaire semi-solide.
Le cerveau est naturellement en état de putréfaction avancée ; il n'est pas cependant encore en bouillie, garde sa structure générale, et on n'y constate pas de lésions macroscopiques apparentes.
La boîte crânienne ne présente pas de lésions traumatiques.
Le thymus est de volume normal.
2o Autopsie de Suzanne \Vebej\ décédée le 11 mars 1903.
Le cadavre de l'enfant, décédée à l'âge de trois ans, est dans un état de putréfaction de tous points comparable à celui que nous avions constaté sur Georgelte Weber. c'est-à-dire que la putréfaction extérieure s'y marque par la teinte noirverdàtre de la face, du tronc et des membres, les pieds exceptés ; par la présence de moisissures blancheset vertes sur la face et les membres; par l'excavation profonde de l'orbite, eto. Mais Tenfant est parfaitement reconnaissable.
La putréfaction viscérale, beaucoup moins avancée, a laissé
aux divers organes leur forme et leur structure apparente, et ces organes peuvent utilement se prêter à des recherches anatomopathologiques macroscopiques.
Le cou, débarrassé des moisissures qui le couvrent et lavé, ne montre à sa surface aucune lésion ou trace de lésion traumatique.
La dissection du cou dans sa profondeur montre, dans l'épaisseur du muscle sterno-cléido-mastoîdien gauche, une infiltration ecchymotique limitée, mais parfaitement nette. Comme cette infiltration n'existe que du côté gauche, qu'elle ne se retrouve sur aucun des autres muscles du cou, ni sur divers muscles des membres que nous avons explorés comme témoins, on peut penser avec raison qu'il ne s*agil pas là d'un phénomène putréfactif, mais d'une lésion produite pendant la vie.
Les carotides sont intactes.
Pas de lésions traumatiques de la trachée, de l'os hyoïde, ni du larynx ; langue et cavité buccale normales. Pas d'ecchymoses sous-pleurales.
Les poumons ne présentent d'autres lésions appréciables que des lésions putréfa et ives marquées surtout aux bases. Âilleursje tissu parait encore souple et sans lésions macroscopiques consstatables.
Pas d'ecchymoses sous-péricardiques. Le cœur ne présente aucune altération macroscopique saisissable.
Le foie, les reins, la rate ne présentent d'autres lésions appréciables que des lésions putréfactives.
L'estomac ne présente aussi que ces mêmes lésions ; il ne contient que quelques grammes d'une pâte semi-liquide exhalant une odeur ayant peut-être quelque analogie avec celle du safran (?).
L'intestin est sain.
Le cerveau est putréfié, mais fort reconnaissable dans sa structure et sans lésions macroscopiques constalables.
Pas de lésions osseuses traumatiques en aucun point du squelette.
Le thymus n'est pas augmenté de volume.
30 Autopsie de Germaine Weber, décédée le 26 mars 1905.
La conservation du cadavre est bonne, et l'enfant est tout à fait reconnaissable. La putréfaction externe ne se marque que par la couleur vert noire de la face, des membres et du tronc et par de légères plaques de moisissures qui commencent à envahir la face, autour des yeux.
La putréfaction des viscères est moins marquée encore ; tous ont gardé leur forme, leur structure anatomique. apparente et se
prélent aisément aux recherches d anatomie pathologique macroscopique.
Au cou, il n'existe aucune trace apparente de violences sur la surface cutanée.
La dissection des parties profondes du cou ne montre aucune lésion ni des muscles, ni des carotides, ni du larynx, de la trachée ou de l'hyoïde, ni enfin de la langue ou de la colonne vertébrale.
Le thymus n'est pas volumineux.
Pas d'autres lésions aux poumons qu'un peu de stase hypostatique : les lobes supérieurs sont sains, il n'y a pas d'ecchymoses sous-pleurales.
Dans l'estomac, quelques grammes d'une pâte semi-liquide blanchâtre (lait probablement); pas de lésions macroscopiques.
Pas de lésions intestinales.
Le foie, la rate, les reins ne présentent rien de notable en dehors des lésions putréfactives.
Le cœur est sain, et nous ne notons pas d'ecchymoses souspleurales.
Pas de lésions cérébrales, ni méningées apparentes.
Pas de lésions traumatiques du squelette.
Ât^ Résumé et discussion des causes de mort des enfants Georgette, Suzanne et Germaine Weber,
En possession des résultats fournis parles autopsies, résultats que nous venons d'exposer, nous devons passer à la discussion des deux questions suivantes :
i* Les cadavres portent-ils des traces de mort violente, et tout particulièrement de mort par strangulation ou suffocation ?
2* Les cadavres portent-ils des lésions qui expliquent naturellement la mort.
io Discussion de la possibilité de mort violente, et spécialement de la mort par strangulation ou suffocation.
La strangulation à la main et la strangulation au lien déterminent, à un degré plus ou moins accentué, un ensemble de lésions profondes locales telles que lésion du tissu sous-cutané et du tissu musculaire du larynx, des carotides, et des lésions vis* cérales à distance telles que les lésions pulmonaires et cardiaques, auxquelles s'ajoutent les traces extérieures de la violence produite par la main ou le lien qui ont fait la strangulation. Les lésions locales superficielles et profondes, les lésions viscérales s'associent de façon variable, produisant ainsi des cas typiques ou des cas frustes : mais, pour asseoir le diagnostic médico-légal de la strangulation, il faut au moins que plusieurs des éléments ci-dessus indiqués soient présents. Or, chez Germaine et Geor-
gelte Weber, nous ne trouvons absolument rien : ni lésions locales superficielles ou profondes, ni lésions à distance. Certes la putréfaction aurait pu modifier quelque peu le tableau des lésions, mais elle n'aurait pu les faire toutes disparaître : sur des cadavres à viscères aussi bien conservés que ceux de Germaîae et Georgeite Weber, nous aurions retrouvé le plus grand nombre des lésions locales ou à distance^ si elles avaient existé. Nous pouvons donc dire que, médico-légalement il est impossible de présenter et de soutenir Thypothèse que Germaine et Georgettc Weber ont succombé à une mort violente par strangulation.
Chez Suzanne Weber, nous avons noté dans l'épaisseur du muscle sterno-clcido-mastoïdien gauche une ecchymose bien nette, et qui nous parait avoir été faite pendant la vie. C'est là une des lésions qu'on peut rencontrer dans le syndrome anatomique de la strangulation. Mais, vraiment, il serait plus qu'aventureux de conclure que Suzanne Weber a succombé à la strangulation sur la constatation de cette lésion toute isolée, et qui, dans l'espèce, est privée de toute signification.
La suffocation à la main^ procédé d'asphyxie criminelle si voisin de la strangulation, n'est pas plus soutenable sur les résultats de notre autopsie que la strangulation à la main ou au lien.
Enfin l'absence de toute lésion traumatique externe ou interne sur les trois cadavres permet d'écarter l'hypothèse d'une mort violente traumatique chez les trois enfants. 2» Recherche des causes naturelles de la mort. L'examen^ aussi minutieux qu'il pouvait se faire en l'espèce, ne nous a montré chez Suzanne et Germaine Weber aucune lésion viscérale pouvant expliquer la mort : méninges, cerveau, poumons, cœur, plèvres, foie, rate, reins, estomac, intestin, appen* dice, péritoine, thymus ont été trouvés macroscopiquement sains. Nous savons bien qu'il est des morts de mécanisme naturel qui ne laissent guère de traces viscérales : tel que le spasme glot^ tique, si fréquent chez les enfants. Nous savons aussi que des lésions aisément constatables sur le vivant, telles que des lésions pseudo-membraneuses diphtériques, peuvent disparaître sur le cadavre, et surtout à si longue distance du moment de la mort. C'est dire que Suzanne et Germaine Weber auraient pu succomber à un spasme glottique, à une diphtérie, sans que nous puissions en faire la preuve sur le vu des viscères.
D'autres hypothèses, tout aussi plausibles encore, de mort naturelle sans lésions viscérales, trouveraient encore leur place ici. Mais il est inutile d'insister: le seul fait médico-légal à dégafi^er, c'est que Suzanne et Germaine Weber, si elles sont mortes naturellement, sont mortes d'une cause que nous ne pouvons préciser avec les moyens d'investigation dont nous disposons.
Chez Georgelte Webcr, nous avons trouvé une lésion bien nette : un abcès ^ganglionnaire tuberculeux du bile du poumon gauche. Etait-ce là une lésion expliquant suffisamment la mort de Tenfant? Cela n'est pas invraisemblable, mais cela est loin d'être démontré, et, pour Georgette comme pour Suzanne et Germaine, nous pouvons dire que nous n'avons pas le secret anatomique de sa mort naturelle, si elle a succombé naturellement.
Nous aboutissons donc à une véritable négation, puisque, si nous rejetons la mort par violence grossière, telle que strangulation, suffocation, traumatisme, nous ne sommes pas non plus en état de préciser un mécanisme de mort naturelle. En l'espèce, pareille solution est fort regrettable.
Maintes fois, il est vrai, des enfants meurent rapidement ou subitement, de façon imprévue en tout cas, — sans qu'il y ait le moindre soupçon de violence, — et l'autopsie ne montre aucune lésion qui puisse être valablement considérée comme expliquant la mort. Il n'y a qu'à passer outre dans ces cas et à enregistrer /'éc/itfc scientifique, qui montre le peu d'étendue de nos connaissances des causes de la mort naturelle.
Mais, dans l'espèce, il y a eu, à tort ou à raison, hypothèse de mort non naturelle. Ce n'est plus une mort isolée, dont nous ne trouvons pas l'explication : ce sont trois morts, quatre même, produites dans la même famille, à quelque dislance l'une de l'autre.
Rester sur notre résultat négatif n'est pas possible. Une catégorie de recherches n'a pas encore été tentée qui peut-être donnera la solution du problème, à savoir l'analyse chimique des viscères. Une mort violente, rapide, par empoisonnement, est possible. En tous cas, c'est une hypothèse capitale qu'il convient de résoudre catégoriquement par l'affirmative ou la négative. Par l'analyse chimique, s'achèvera le cycle des recherches scientifiques, qu'impose la mort des enfants Weber, recherches qui n'ont pas trouvé leur couronnement dans nos seules opérations.
Conclusions :
1' Nous n'avons pu arriver à déterminer les causes de la mort des enfants Weber. Si nous écartons, comme non justifiée par l'examen anatomique, l'hypothèse d'une mort violente par un procédé criminel grossier tel que strang^ulation à la main ou au lien, suffocation, traumatisme, etc., nous n'avons pas d'autre part rencontré de lésions expliquant valablement et naturellement la mort.
t* L'analyse chimique des viscères des trois enfants nous parait s'imposer, étant donné, d'une part, l'échec de nos recherches anatomiques, de l'autre, les soupçons éveillés par la mort des enfants Weber,
Autopsie de Marcel Weher, Rapport de M. Thoinot,
Le cadavre- est ea état de conservatioa relativement satisfaisante. La putréfaction se marque à l'extérieur par la teinte verdâtre de la face qui est gonflée, du tronc et des membres ; quelques moisissures commencent à couvrir les yeux et le nez.
II n'existe aucune trace de violence superficielle au cou.
La dissection des tissus profonds du cou ne montre aucune lésion ni des muscles, ni du larynx ou de l'os hyoïde, ni des carotides, ni de la ba^e de la langue.
Il existe de chaque côté des masses tuberculeuses caséeuses ganglionnaires appartenant aux ganglions carotidiens.
Le poumon droit et le poumon gauche apparaissent comme entièrement sains, aux lésions putréfactives près. Pas d'ecchymoses pleurales.
Le cœur est sain. P^s d'ecchymoses sous-péricardiques. Pas de lésions valvulaires, ni mitrale, ni aortique.
Le foie, la rate, les reins n'offrent d'autres lésions que les lésions putréfactives banales.
L'estomac est vide; pas de lésions à noter.
L'intestin, l'appendice sont sains.
L'encéphale, les méninges ne présentent pas de lésions appréciables.
Aucune lésion traumatique du squelette, de la tête, ou des membres.
Les résultats de cette autopsie paraissent absolument calqué sur ceux de l'autopsie de Suzanne, Germaineet Georgette Weber.
L'autopsie exclut l'hypothèse d'une mort violente par un procédé cri minel grossier tel que suffocation, strangulation à la main ou au lien.
D'autre part, elle n'établit aucun mécanisme précis de mort naturelle, les viscères ne présentant aucune lésion appréciable à l'examen microscopique.
Toutes les considérations que nous avons développées à propos de la mort des autres enfants Weber trouvent donc leur place ici, et ici encore nous concluons à la nécessité d'un examen chimique des viscères du cadavre.
Ce 17 avril 1905.
L'analyse chimique des viscères des quatre enfants a été faite par M. Ogier. Elle n'a donné que des résultats négatifs.
Rapport sur les données médicales fournies par Vinslruclion ei par les autopsies relativement à la mort des enfants Weber et Alexandre et à la tentative de meurtre sur Maurice Weber, par le D' Thoinot,
Je. soussigné, commis à Teffet de procéder à Texamen d'ensemble sur les circonstances ayant accompagné la mort des jeunes Georgette, Suzanne. Germaine et Marcel Weber. enfin de Lucie Alexandre, ainsi que sur les circonstances qui ont précédé et accompagné la tentative de strangulation dont paraît avoir été l'objet le jeune Maurice Weber, le 5 avril dernier, et de relever, tant de l'instruction que des autopsies et examens médicaux auxquels il a été procédé, toutes données utiles pour éclairer la religion de M. le Juge, en outre de provoquer, s'il est nécessaire, de nouvelles inculpations contre la femme Weber;
Serment préalablement prêté, ai procédé aux opérations prescrites, pris connaissance de toutes les pièces du dossier, et consigne dans le présent rapport mon avis motivé sur l'ensemble de TafFaire :
4* Faits relatifs au décès de George tte Weber. — Georgette Weber, née le 23 août 4903, est décédée le 2 mars 4905, à 6 beures du soir. Le diagnostic porté sur la fiche de Tétat civil indique que Tenfant a succombé à des convulsions.
Nul médecin n'a vu Tenfanl, nul n*a donné de soins ou pu porter un diagnostic pendant la vie, et ce que nous savons de la mort de Tenfant, nous le connaissons par les déclarations et témoignages de sa mère Blanche Weber, de l'inculpée Jeanne Weber,ctdes femmes Pouche'et Navet.
Après le déjeuner, la femme Blanche Weber part au lavoir ; elle laisse sa fille à la garde de Jeanne Weber, sa belle-sœur. A quelque temps de là commence la scène qui se terminera rapidement par la mort de l'enfant. Trois personnes ont vu cette scène en partie : Blanche Weber, la femme Pouche, la. femme Navet ; leurs déclarations concordent: Tenfant suffoquait, les yeux révulsés, l'écume aux lèvres; elle est morte en un délai fort court.
A cette description, si sommaire soit-elle, l'idée vient immé^ diatemeot d'un spasme de la glotte (ou convulsions internes), affection pouvant survenir avec celle brusquerie et cet appareil symptomatique chez les jeunes enfants qu'elle surprend ainsi en pleine santé apparente.
Mais les assistants à la scène ont remarqué, ou cru remarquer, que la femme Jeanne Weber comprimait la poitrine de l'enfant avec la main qu'elle portait avec persistance sous les vêtements de l'enfant. Georgette eût donc succombé aux suites d'une suffocation par compression des parois de la poitrine.
Il est certain que la suffocalion par compression violente de la
poitrine existe; il y en a des exemples connus, par exemple compression dans les foules, compression par un éboulement de lerre, etc. Mais peut-on comprimer la poitrine, même d'une enfant, atec une seule main au point d'étouffer celte enfant ? Peut-on le faire sous les vêtements, c'est-à-dire dans une position assez peu favorable ? La réponse nettement affirmative serait un peu aventurée.
D'ailleurs, l'autopsie ne nous a laissé voir aucune lésion qui pût être rapportée à la suffocation par compression des parois de la poitrine. Bien que dans des cas nettement établis de suffocation l'autopsie puisse certainement rester muette, le résultat nét^atif de celle de Georgette Weber n'en pèse pas moins d'un poids certain contre l'hypothèse qu'on pourrait déduire des dépositions faites à l'enquête: il n'autorise pas en effet à admettre comme médico-légalement établie la mort par suffocation.
II est, dans une des dépositions, celle de la dame Pouche, fait allusion à des taches rouges constatées sur le cou après la mort. Cette constatation faite par une personne étrangère aux précisions des constats médicaux n'a aucune valeur.
Le drame de la mort de Georgette a pu d'autant mieux suggérer aux assistants l'idée d'un attentat criminel que Tenfant était en excellente santé apparente. En était-il réellement ainsi ? L'autopsie dit non, puisqu'elle a montré un abcès tuberculeux au hile du poumon. Cet abcès, placé dans le voisinage des voies respiratoires, pouvait-il déterminer un spasme de la glotte? La chose n'est nullement invraisemblable *.
En résumé donc, l'étude de tous les éléments de la cause conduit à dire que la mort violente de Georgette Weber n'est pas scientifiquemeot établie; et que la mort naturelle par convulsions internes est probable, encore qu'elle ne s'appuie sur aucune constatation scientifique absolument démonstrative.
2o Faits relatifs au décès de Germaine Weber, — Germaine Weber est née le 21 août 1904, elle est décédée le 26 mars 1905. Le diagnostic porté sur la fiche de l'état civil est convulsions.
La scène de la mort de l'enfant comprend deux jours: le 25 et le 26 mars 1905, et voici comment on peut en synthétiser le récit
1. L'opinion, que nous exprimions avec beaucoup de réserve, sur l'influence possible d'une lésion ganglionnaire du hile sur l'éclosion d'un spasme glottique mortel chez un enfant peut être exprimée, croyons-nous, de façon moins dubitative. Nous avons en effet retrouvé dans la Clinique médicale de Trousseau (t. II. p. 132, 2e édit.), un enfant qui mourut sous les yeux mômes de Trousseau dans un accès de spasme glottique. Â l'autopsie, il fut trouvé au hile des bronches un ganglion bronchique tuniLMié et légôrement ramolli.
d*aprcsle témoignage de la grand-mère, la dame Rigoleur, qui a assisté à tous les épisodes.
Germaine relevait d'une pneumonie ou d'une bronchopneu mo« nie. Le 25 mars, versli heures etdemie du matin, l'enfant a un accès de suffocation : a Les yeux lui sortaient de la tète; elle avait la face toute congestionnée. »
L'enfant reprend son calme et, vers ^i heures de l'après-midi, nouvel accès : l'enfanl était sur les genoux de la femme Jeanne Weber, haletante^ les yeux clos et pour ainsi dire inerte.
La nuit est bonne et aussi la matinée du lendemain 26 ; raprcs<> midi s'annonce bien, mais à 4 heures et demie nouvel accès; la grand'mère trouve la petite Germaine dans sa voiture, « la tète rejetéc en arrière, la face congestionnée, les yeux clos, respirant à peine ». La mort arrive bientôt.
Pour qui lit ce récit dégagé de toutes les circonstances extérieures, l'idée de spasme de la glotte pouvant tuer au premier accès, mais pouvant ne tuerqu'à un des accès suivants, et après un nombre variable de crises» vient aussitôt à l'esprit.
Nous n'avons aucun témoignage médical précis sur les faits relatifs à la mort de Germaine ; mais, au dire des témoins qui ont déposé à l'enquête, il semble bien que le médecin qui a vu Germaine a pensé à des convulsions internes (spasme de la glotte) dues à la dentition, puisqu'il a prononcé ce mot de « convulsions» et fait une incision sur les gencives de l'enfant. Et c'est ce mot de « convulsions » qu'on retrouve aussi sur la fiche de l'état civil.
Si la suspicion de mort violente n'était pas intervenue, ce diagnostic de mort naturelle par convulsions internes paraîtrait suf* fisamment justifié.
Mais le soupçon de crime a été formulé. Il s'appuie sur :
a) Les manœuvres auxquelles la femme Jeanne Weber aurait été vue se livrer ;
b) Un sillon remarqué autour du cou de l'enfant après la mort. Les manœuvres reprochées à la femme Jeanne Weber sont
celles de la suffocation à la main par compression des parois de la poitrine; le sillon ne pouvait, d'autre part, résulter que de l'application d'un lien autour du cou, de telle sorte que la femme Jeanne Weber aurait à la fois suffoqué et strangulé avec un lien la petite Germaine,
Nous ferons remarquer, nous tenant sur le terrain médico-légal, et abstraction faite volontairement de toute autre circonstance, que :
1* Le procédé de suffocation à la main indiqué (pression de la poitrine à la main sous les vêtements) n'est peut-être ni très aisé, ni très efficace, même cher une enfant;
2* Le sillon de strangulation est d'un diagnostic quelquefois
difficile pour un homme de l'art, et on ne peut accepter coname irrécusable une constatation faite par des femmes qui ne pouvaient que difficilement se garder des erreurs trop communes en l'espèce ;
30 L*autopsie n'a révélé aucune lésion qu'on puisse rapporter à l'asphyxie par strangulation ou suffocation, et le sillon n'a pas été retrouvé.
Dans les cas de mort violente, l'autopsie peut rester muette, mais un résultat négatif ne peut être interprété contre l'inculpée.
Nous croyons donc qu'il est sage et scientifique de conclure que de l'étude des documents de la cause ne résulte pas la preuve que Germaine ait succombé à une mort violente par suffocation ou strangulation.
3' Faits relatifs à la mort de Suzanne Weber, — L'enfant, née le 27 mai 4902, est décédée le 14 mars 1905.
La scène de la mort parait avoir été des plus rapides.
L'enfant avait passé une bonne matinée; elle avait déjeuné de bon appétit; son père la quitte à une heure un quart en bon état; vers deux heures, il revient auprès d'elle, mandé en toute hftte, et voici, d'après la déclaration qu'il fit au commissaire, comment était l'enfant : u Je montai aussitôt chez moi et trouvai ma fille sur mon lit, la figure violacée, les membres contractés, les dents grinçantes et serrées au point qu'elle s'était coupé la langue. >
Dix minutes après, l'enfant était morte.
A qui lit cette déposition si nette, il ne vient qu'une idée: Suzanne a succombé à une crise d*éclampsie (convulsions externes, en terme vulgaire).
L'idée d'une strangulation, d'une suffocation, ne s'éveille pas un instant, car ce n'est guère là le tableau de la mort par strangulation ou suffocation.
Pourtant, la mort si brusque de l'enfant parut suspecte même au médecin de l'état civil, et un examen du corps fut demandé. Le Dr Ascher fit cet examen et ne nota rien de syuspect.
Son avis n'est pas partagé par certains témoins, tels que les femmes Pouche, Charles Weber et Miquel. La dame Pouche a vu des rougeurs suspectes et, à son avis, consécutives à la stran^ gulation. La dame Charles Weber a vu un sillon très marqué autour du cou, ayant la largeur d'un doigt ; la demoiselle Miquel a été inquiétée par l'aspect du cadavre.
L'autopsie ne nous a montré ni lésions externes, ni lésions internes caractéristiques de la strangulation supposée, et ce résultat négatif impose tout au moins la conclusion qu'il n'est pas médicalement démontré que Suzanne Weber ait succombé
à Une mort violente. Nous avons dit d'ailleurs que les sillons de strangulation n'étaient pas faciles à distinguer pour des per^ sonnes étrangères à Tart médical.
Le crime dont le soupçon pouvait venir à la lecture de |a scène dramatique de la mort de Suzanne était surtout l'empoisonnement par une substance convulsivante : les recherches de M. Ogier n'ont pas vérifié ce soupçon.
4k* Faits relatifs à la mort de Marcel Weber. — Marcel Weber a succombé le 29 mars 1905. Le diagnostic porté à l'état civil a été méningite.
Le récit de la mère de Tenfant, la femme Jeanne Weber, est le suivant: Le 28^ l'enfant fut couché avec la fièvre, il vomit, eut une nuit agitée. A 9 heures du matin, le 29, le D' Mock était appelé^ il prononça le mot « croup » et fit une piqûre au nombril. L'enfant étouffa de plus en plus et mourut vers 1 heure et demie, dans un accès de suffocation.
Ce récit n'implique en rien la mort violente, mais il provient de l'inculpée même. Cependant il n'est pas contredit par les autres témoignages recueillis^ ceux de Jean Weber et de la dame Hovelt.
Jean Weber, le père, dit que le 29 mars, à 6 heures du matin. Tenfant se plaignait d'avoir des étouffements. A il heures, Tenfant était mat, blanc, respirant à peine. La dame Hovelt dit que le 29 l'enfant avait, vers 10 heures du matin, les mains brûlantes. A 11 heures, elle lui voit la face congestionnée; il se remet, et meurt une demi-heure après avec la face noire.
Tout ce tableau éloigne l'idée d'une mort violente, et fait penser soit au croup, soit à une bronchopneumonie rapidement suffocante.
L'autopsiç n'a pas confirmé le diagnostic de méningite formulé sur la fiche de l'état civil ; elle a infirmé celui de bronchopneumonie ; elle laisse possible celui de croup^ puisque les fausses membranes diphtériques disparaissent après la mort. Elle écarte par ses résultats négatifs l'idée de mort violente.
5o Faits relatifs à la mort de Lucie Alexandre. — La jeune Lucie Alexandre est morte le 25 décembre 1902, à l'âge de 3 ans.
L'exhumation a été jugée avec raison inutile, et nous n'avons pour présumer des causes de la mort que les témoignages recueillis à l'instruction.
Si quelque chose résulte de ces témoignages, ce n'est assurément pas l'idée d'une mort par strangulation ou suffocation dont on ne trouve pas un trait dans le tableau suivant^ que je synthétise d'après les dépositions :
L'enfant était bien portante le 24 décembre; la nuit du 24 au 25, elle est indisposée; elle a des vomissements ce jour-là; à ViBBRT. Médecine légale. 7e édit. ' 55
1 heure, le D^* Viard la voit et trouve son état très grave ; à 4 heures enviroD, elle expire.
De quoi s'est-il agi ? Les traits du tableau sont trop sommaires pour qu'on puisse formuler une opinion nette ; seule Topinion négative indiquée ci-dessus est à formuler.
Ainsi donc, pour Georgette, Germaine, Suzanne et Marcel Webert, les documentt médicaux du dossier, c'est-à-dire les seuls que notre qualité nous permette d'utiliser, tels qu'ils résultent de l'étude des dépositions et du procés-verbal de nos autopsies, sont absolument insuffisants pour étayer scientifiquement Tbypothèse d'une mort violente par traumatisme tel que suffocation ou strangulation ; et, d'autre part, l'idée d'une mort par empoisonnement criminel est à rejeter, d'après les analyses de M. O^ier.
Le cas de Lucie Alexandre, quoique des plus obscurs à cause de Téloignement de la mort et de l'absence d'autopsie, ne parait pas cadrer toutefois avec l'hypothèse de la mort violente. *
Seul, le cas de Maurice )Veber nous est connu par une observation médicale faite à l'hôpital Breton neau, et le témoignage médical produit tend à faire admettre qu'il y a bien eu tentative de strangulation chez cet enfant.
Notre propre examen médico-légal trop tardif (pour des causes indépendantes et de M. le Juge et de nous-mème) ne nous per* met ni d'infirmer ni de confirmer ce témoignage de forme précise.
Ce 7 juillet 1905.
Consultation de M. le D' Thoinot sur la déposition de M. le D' Sevestre, etc.
Monsieur le Juge,
Je viens vous donner mon avis sur les dépositions que vous m'avez communiquées.
Ces dépositions émanent de MM. les Dr» Label et L. Frankel, médecins de l'état civil.
M. le Dr Sevestre a vu le jeune Maurice Wcber à Bretonneau ; mais il me semble que sa déposition n'apporte pas grand éclaircissement dans la cause : elle ne fait qu'y jeter au contraire un nouveau doute, M. le D' Sevestre, en effet, dit bien qu'il a observé un sillon chez l'enfant, mais ce sillon, chose assez singalière, ne siégeait qu'à la nuque, au-dessous de la ligne des oreilles. Sans doute on peut observer dans la strangulation au lien un pareil sillon si la partie antérieure du cou est protégée par quelque vêtement ; mais il faut avouer que les cas exceptionnels en médecine légale n'ont toujours qu'une valeur discutable et ne permettent pas une affirmation bien nette.