XXVIII. - Hystérique, — Attentat simulé
PERSONNEL
La demoiselle X., âjiçée de viogt-huit aas, était domestique chez une dame Z. Un matin, cette dame sort pour faire une course dans le voisinage, en prévenant sa bonne qu'elle s'absente seulement pour une demi-heure. Elle rentre en effet au moment fixé, mais elle trouve la porte de son appartement ouverte, et dans l'antichambre la bonne étendue à terre, bâillonnée, la figure et les mains ensanglantées. Cette fille raconte qu'en entrant dans la chambre à coucher, elle a trouvé un homme, dont elle donne le signalement, occupé à fouiller dans l'armoire à glace : cet homme s'était jeté sur elle, l'avait terrassée, bâillonnée, puis avait disparu.
Dès le premier abord, paraît-îl, quelques circonstances ont fait suspecter l'exactitude de ce récit. C'est ainsi que si la fille X. saignait du nez, et si elle avait à la main droite une dizaine de profondes égratignures que nous-même avons vues, le linge qui bâillonnait la prétendue victime ne tenait dans la bouche que parce qu'il était serré entre les dents ; il n'était pas attaché et ne portait pas de traces de nœuds. En outre, M. le commissaire de police avait remarqué que le désordre qui régnait dans la chambre à coucher était assez singulier; tous les sièges, sans exception, et tous les meubles maniables, étaient renversés la tête en bas, mais en conservant à peu près leurs places respectives. — D'ailleurs, il fut bientôt prouvé qu'un malfaiteur n'avait pu pénétrer dans l'appartement ; depuis le départ de la dame Z. jusqu'à son retour, la concierge avait nettoyé l'escalier dans la partie située au-dessous du logement de cette dame, et elle n'avait vu passer aucune personne inconnue.
Vers la fin de cette même journée, la demoiselle X. comprenant la portée des objections qui lui étaient faites, déclara que la scène qu'elle avait décrite n'avait pas dû se produire, et qu'elle ne s'en souvenait plus.
La fille X, n'a d'ailleurs rien dérobé ; une trentaine de louis, renfermés dans une bourse, ont été retrouvés éparpillés au milieu du contenu bouleversé de l'armoire à glace. Après une enquête très approfondie, M. le juge d'instruction est resté persuadé qu'il n'y avait pas là une tentative de vol ayant échoué par suite de quelque circonstance fortuite, et il nous a déclaré que le mobile auquel avait obéi la fille X. lui échappait complètement.
Voici maintenant les renseignements et observations d'ordre médical que nous avons recueillis sur cette fille. Elle est la deuxième de huit enfants vivants, personne dans sa famille n'au-
rait de maladies oerveuses. Elle-même s'est assez bien portée jusqu'eaces dernières années. Il y a un peu plus de deux ans, elle est accouchée d'un enfant à terme, et actuellement elle serait enceinte d'environ trois mois. Après son premier accouchement^ elle a pris un nourrisson qu'elle a gardé vingt et un mois. Cet allaitement prolongé l'aurait affaiblie» et au mois d'août dernier elle serait entrée à l'hôpital parce qu'elle crachait du saag. Là, elle aurait été prise un jour, brusquement, d'une perte de connaissance qui aurait duré deux heures, on lui a raconté qu'elle faisait des sauts énormes sur son lit, et qu'elle tenait une con^ ▼ersation suivie avec un personnage imaginaire. Elle est sortie ensuite de l'hôpital sans être guérie ; elle crache du sang de temps en temps (sans que nous ayons pu d'ailleurs constater de signes certains de tuberculose pulmonaire) ; elle souffre de violents maux de tète et surtout elle éprouve parfois une oppression extrêmement pénible.
Tous ces malaises avaient beaucoup augmenté dans les quelques jours qui ont précédé la prétendue scène d'agression. C'est ici le lieu de faire remarquer que tous les renseignements qui vont suivre ont été donnés par la fille X, un à un, au hasard de la conversation, et non pas groupés par elle comme pour fournir une explication de son étrange conduite: Cette fille déclare donc qu'à partir du lundi, elle ne dormait presque plus la nuit ; à cei^ tains moments de la journée, son oppression devenait insupportable ; il lui semblait que quelqu'un la serrait dans ses bras pour l'étouffer. Plusieurs fois, pendant qu'elle était occupée à coudre, elle s'est retournée brusquement, croyant sentir et voir un homme qui lui écrasait la poitrine. — En ce qui concerne la journée du jeudi, jour du prétendu attentat, ses souvenirs, s'il faut l'en croire, sont très confus. Elle se rappelle qu'elle est descendue le matin, très fatiguée de sa nuit, et qu'elle n'a pu déjeuner; que sa maîtresse, en sortant, lui a laissé un peu d'argent pour payer un fournisseur. A partir de ce moment, elle ne se souvient plus de rien, si ce n'est, et encore très vaguement, du récit qu'elle a fait delà prétendue agression. C'est seulement vers trois heuresde l'après-midi, pendantqu'elle épluchait de la salade, qu'elle s'est sentie « toute changée »; elle a douté de la réalité de ce qu'elle venait de raconter, et bientôt elle a compris qu'un voleur n'avait pu pénétrer dans la maison. Il convient d'ajouter qu'aujourd'hui encore, plus d'une semaine après cette scène, la mémoire paraît présenter de singulières lacunes; c'est ainsi que la demoiselle X. ne se souvient pas d'une visite que nous lut avons faite quatre jours auparavant.
La demoiselle X, présente les stigmates de l'hystérie. Elle a une anesthésie à peu près complète des membres supérieurs.