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Voyez Tarticle consacré à la submersion

les vers sont éclos 6t commencent à ronger les parties molles. Si le cadavre n'est pas enterré, de nouveaux œuis sont constamment déposés, si bien que le corps peut être presque entièrement dévoré, à l'exception du squelette, de la peau et des aponévroses, en une quinzaine de jours s'il s'agit d'un enfant ; en trois à quatre semaines s'il s'agit d'un adulte.

Une atmosphère très chaude et très sèche, en hâtant l'évaporalion du corps, rend celui-ci résistant aux vers et à certaines espèces microbiennes. La décomposition est ^lors retardée ou du moins elle revêt la forme de la modification.

Le froid retarde très notablement la putréfaction ; si le corps est congelé, celle-ci ne commence pas ou s'arrête si elle était déjà établie. Mais dès que la décongélation a lieu, la putréfaction marche ensuite rapidement avec une forme un peu spéciale, caractérisée par le peu d'abondance des gaz, la précocité et retendue des lividités et des transsudations, la rapidité du ramollissement des divers organes. Nous avons eu très souvent occasion de faire ces remarques sur les cadavres conservés à la Morgue de Paris à l'aide de la congélation produite par une température qui peut atteindre — 20®. Les corps ont alors la dureté du marbre et résonnent comme de la pierre sous le choc du marteau : ils se conservent intacts pendant des mois, mais cependant la peau finit, en général, par présenter une teinte jaune bronzée qui se développe très lentement. Les corps conservés dans une autre salle dont la température oscille de 1 à 3 degrés autour de zéro se conservent aussi très longtemps, mais présentent assez vite des lividités et exhalent une odeur nauséabonde particulière.

L'accès de l'air, ou du moins de l'oxygène, est une des conditions qui favorisent le plus les progrès de la putréfaction ; c'est pourquoi celle-ci est moins rapide dans l'eau que dans l'air, plus lente encore dans les matières qui remplissent les fosses d'aisances et qui constituent un milieu sans doute plus dépourvu d'oxygène que l'eau ordinaire. Les cadavres enterrés se putréfient, en général, d'autant plus rapidement, toutes choses égales d'ailleurs.

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qu'ils sont moins hermétiquement renfermés dans des cercueils, placés plus près de la surface du sol, et que celuici est plus poreux.

Les cadavres des petits enfants se putréfient, en général^ un peu plus rapidement que ceux des adultes. Chez les nouveau-nés, Tabsence de matières facilement putrescibles dans le tube digestif retarde cependant la putréfaction et fait qu'elle commence souvent par la tête et non par Tabdomen. Les enfants qui n'ont pas respiré se putréfient moins vite que ceux dont les poumons contiennent de Tair.

Le genre de mort exerce une grande influence sur la rapidité de la putréfaction ou du moins sur celle de ses premières phases. Les sujets qui ont succombé à des affections septiques se putréfient très rapidement; il en est souvent de môme chez les asphyxiés et aussi chez les personnes mortes par insolation ou par fulguration. Casper a remarqué que les cadavres fortement contusionnés ou -atteints de plaies très étendues se putréfient plus rapidement et cette remarque nous a paru confirmée par plusieurs de nos observations. La putréfaction est, au contraire, notablement retardée, dit-on, chez les sujets qui ont succombé à une intoxication par l'arsenic, le sublimé, l'alcool et, en général, par les substances douées d'une action antiseptique. Sur ces cadavres, ce serait souvent la momification et non la putréfaction ordinaire qui se produirait. On pourrait cependant citer de nombreuses exceptions aux règles que nous venons d'indiquer, l'influence du genre de mort étant souvent contrebalancée par d'autres circonstances qu'on ne peut déterminer.

Il faut dire aussi que, dans certains cas, la putréfaction ne débute que très tardivement sans qu'on puisse trouver la raison de ce fait. Tous ceux qui ont occasion de voir souvent des cadavres ont noté ces exceptions, et nousmôme en avons vu plusieurs. Par exemple, au mois de février, par une température douce, un homme adulte mort de pneumonie était resté huit jours à l'amphithéâtre de l'hôpital : il ne présentait aucun signe extérieur de putréfaction, et tous les organes étaient si bien conservés que l'on aurait été en droit de faire dater la mort de 24 à 36

heures. Oq peut observer aussi des différences considérables dans la rapidité de la décomposition sur des corps placés dans des conditions ou apparences analogues. Un exemple frappant de ces différences est rappelé par Briaud et Chaude : les corps d*individus qui avaient été tués pendant Tinsurrection de 1830, à Paris, furent inhumés côte à côte dans le même terrain et exhumés dix ans après; on observa alors sur ces divers individus tous les degrés de la décomposition, depuis la dessiccation complète des ossements jusqu'à une conservation si parfaite des parties musculaires que les traits étaient reconnaissables (?).

Signalons en terminant. un fait bien établi, c'est que les membres séparés du corps se putréfient moins rapidement que s'ils étaient encore reliés au tronc, ce qui est dû, sans doute, à ce qu'ils ne reçoivent pas le sang altéré que les gaz qui se développent dans l'abdomen chassent à un certain moment dans les vaisseaux périphériques. Dans l'af* faire Barré et Lebiez, la victime avait été mutilée, et l'on trouva d'abord seulement les membres ; comme il y avait grand intérêt à connaître approximativement la date du meurtre, le juge d*instruclion consulta séparément sur ce point non seulement divers médecins légistes, mais aussi des garçons d'amphithéâtre. Tous, d'après l'aspect des membres, assignèrent à la mort à peu près la même date qui, en réalité, était plus reculée qu'ils ne le croyaient.

Les points principaux de la législation sur ce sujet sont contenus dans les articles suivants :

Cùdt civil. Art. 77. — Aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation sur papier libre, et sans frais, de l'offloler de l'état civil, qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté auprès de la personne décédée pour s'assurer du décès, et que vingt-quatre heures après le décès, sauf les cas prévus par les règlements de police.

Art. 78. — L'acte sera dressé parTofflcier de Tétat civil sur la déclaration de deux témoins. Ces témoins seront, s'il est possible, les deux plus proches parents ou voisins, et lorsqu'une personne sera décédée hors de son domi-

cile, la'vpersonne chez laquelle elle sera décédée, et un parent ou autre *.

Dans les villes, au lieu du maire, c'est un médecin, délégué par Tautorité municipale, qui se transporte au domicile du défunt pour constater le décès. Acte de la déclaration des témoins n'est donné qu'après la visite du médecin des morts.

Mais dans les campagnes, il n'en est pas ainsi. Il est extrêmement rare que le maire se transporte au domicile, de sorte qu'en fait, c'est aux parents et aux voisins qu'est confiée la constatation du décès. Quand on se représente non seulement l'incompétence, mais encore l'ignorance, l'inintelligence, les préjugés et la négligence de certains paysans, on comprend, au moins dans une certaine mesure, la terreur de l'inhumation prématurée qui obsède beaucoup de personnes, y compris quelques médecins.

Bien que la plupart des cas cités comme des exemples d'inhumation prématurée soient purement imaginaires^, il est cependant certain qu'il est arrivé plusieurs fois que des individus déclarés morts ne l'étaient pas, et que quelques-uns ont même vécu de longues années après.

Si rares que soient ces faits, ils sont de nature à jeter l'effroi dans les esprits, et à troubler la conscience du médecin appelé à délivrer un certificat de décès, car il faut bien le dire, parfois c'est un médecin qui a affirmé la mort d'un individu encore vivant ^.

1. Les articles 358 et suivants du coile pénal sont relatifs aux infractions aux lois sur les inhumations. C'est en vertu de l'un de ces articles que l'on peut poursuivre une femme qui fait disparaître le corps de son enfant nouveau-né, quand le crime d'infanticide n'est pas établi.

Des règlements de police concernent les formalités à accomplir avant de procéder À l'autopsie (non judiciaire), au moulage^ à l'embaumement des cadavres. Ces opérations ne peuvent être pratiquées que 24 heures après la mort, et en présence du maire ou de son représentant ; à Paris, du commissaire de police.

2. C'est ce qui a été constaté par tous ceux qui ont fait des enquêtes sérieuses sur les cas publiés, notamment par Tourdes, Bouchut ( Traité des signes de la mort), P. Brouardel {La mort et la mort suinte), Icard (Le signe delà mort réelle en C absence du médecin , Paris,! 907).

' 3. Une de ces erreursa été commise assez récemment (1880) par un

CONSTATATION DE LA MOHT 6i

De telles erreurs médicales ne peuvent être commises que dans des circonstances très exceptionnelles.

Dans l'immense majorité dés cas, le médecin peut constater sûrement la mort, même lorsqu'elle est toute récente. Chez un individu malade depuis un certain temps, qui a eu une agonie plus ou moins longue, Tarrôt de la respiration et de la circulation pendant une quinzaine de minutes, l'insensibilité absolue, l'abolition des réflexes, et notamment du réflexe cornéen, suffisent à assurer le diagnostic de la mort.

Il n'eii est pliis de môme quand il s'agit des cas qui ont été désignés sous le nom de mort appareille.

On comprend sous le nom de mort apparente l'état dans lequel la vie est réduite dans de telles proportions que ses manifestations extérieures, celles qui sont perceptibles pour autrui, n'existent plus. Non seulement la personne en étal de mort apparente est privée de tout mouvement, de toute sensibilité ; mais encore sa respiration et sa circulation sont tellement affaiblies qu'elles ne sont plus appréciables à nos sens. Et cependant la vie n'est pas pour cela définitivement atteinte, puisqu'après un certain délai, elle peut reprendre son fonctionnement normal.

Mais la mort apparente qui, sauf chez les nouveau-nés, est un phénomène fort rare, ne survient que dans des circonstances exceptionnelles et assez bien déterminées. Elle

professeur de médecine légale. H s'agissait d'un homme de 26 ans pendu par autorité de justice.

A deux reprises, le D' Sikor l'examina et déclara chaque fois que la mort était réelle. Le corps fut donc détaché de la potence, et transporté dans un fourgon à l'hôpital oà il devait être autopsié. Là, on constata que le supplicié exécutait des mouvements respiratoires, et râlait, la bouche couverte d'écume; bientôt après, on pouvait percevoir les pulsations radiales. Le supplicié vécut vingt-deux heures après avoir été dépendu, mais il ne reprit connaissance qu'imparfaitement et encore au dernier moment.

« En ma qualité de professeur de médecine légale, dit Sikor, j'enseigne plusieurs fois par an à. mes auditeurs que le médecin ne saurait mell^ trop de soin à constater la mort des pendus, des noyés, des noaveau-nés, et pour prix de ma prévoyance et de mon zèle, c'est ù njoi qu'il arrive une aussi poignante aventure.

Sikor, Die misslungene Justification in Nabb ( Wiener rned. Blàtter, 1880).

se produit presque toujours subitement ou très rapidement, sans être précédée d'agonie, et à la suite d'une cause occasionnelle évidente t certains traumatismes produisant une commotion du crâne ou de tout le corps ; une grande hémorrhagie ; la fulguration ; Tasphyxie produite par strangulation, pendaison, enfouissement, submersion ; rintoxication par l'oxyde de carbone, le chloroforme, etc. Enfin la mort apparente peut se produire à la suite d'une émotion, ou môme sans cause appréciable, chez des hystériques ou des névropathes.

Dans tous ces cas, le médecin doit penser immédiatement à la possibilité de la mort apparente, et il institue de suite un traitement en vue de ranimer la vie qu'il suppose subsister encore. Ce faisant, il guette continuellement le retour d'une manifestation vitale, et indirectement il cherche le diagnostic de la mort.

Mais est-il suffisamment armé pour ce diagnostic ? En d'autres termes, y a-t-il des signes certains de la mort avant les manifestations évidentes de la putréfaction ?

Certains auteurs l'ont nié, et si l'on veut tenir compte de toutes les exceptions les plus rares, et parfois d'ailleurs assez mal établies, on peut accepter cette opinion ; mais il nous paraît bien difficile de croire que, dans un môme cas, tous ces signes à la fois seront trompeurs.

Des innombrables travaux qui ont été écrits sur cette question, ce qu'il faut surtout retenir c'est que dans certains cas, extrêmement rares d'ailleurs, la mort apparente peut se prolonger fort longtemps, c'est-à-dire des heures et même, dit-on, plusieurs jours. Si exceptionnelle, peut-être même si douteuse que soit une pareille éventualité, elle impose au médecin une circonspection très grande quand il est en présence des cas où Thypothèse d'une mort apparente se présente à l'esprit. Cette circonspection se traduit par un examen plus minutieux, et surtout répété à plusieurs intervalles. Il nous paraît qu'il faudra bien rarement un délai de plus de 24 à 36 heures pour ^voir constaté, après tous les signes immédiats, l'établissement graduel de la rigidité cadavérique, la chute de la température à 20 degrés, qui ne laisseront place à aucun doute.

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