‹ Précis de médecine légaleChapitre 393 sur 410 · XXXI. — Dégénéré, Responsable · texte numérisé non relu

XXXI. — Dégénéré, Responsable

— PERSONNEL

M. a été surpris, le 31 juillet dernier, jouant au bonneteaa dans un compartiment de chemin de fer. Arrêté au moment de l'arrivée du train en gare il a opposé une vive résistance aux agents, et lorsqu'il a été amené quelques instants après devant le commissaire de police, il B*est comporté comme un fou, paraissant ne pas entendre les questions qui lui étaient posées, ou bien y répondant d'une manière incohérente. Son attitude a été la même chez M. le juge d'instruction.

L'inculpé, qui est âgé de tS ans, est chétif et d'un développement physique un peu au-dessous de celui que comporte son âge ; il a un léger strabisme intermittent, et un peu d'asymétrie crânienne. C'est le cinquième enfant de parents qui paraissent bien portants et il n'y a pas eu, dit-on, d'aliénés ni de nerveux dans sa famille. Cinq de ses frères ou sœurs sont morts : deux de fièvre typhoïde, un de méningite, deux en bas âge, d'une afFection indéterminée. Léon M. a eu lui-même, vers Tâge de neuf ou dix ans, une fièvre typhoïde qui aurait été grave. II s'est bien rétabli, mais aurait cependant conservé dès lors des maux de tête très fréquents. Il n'a pas eu d'autre maladie grave, et n'a jamais présenté de troubles nerveux notables. Il fréquenté l'école et a profité convenablement des leçons qui lui étaient données. Placé ensuite en apprentissage, il a été renvoyé au bout d'un an, parce que souvent il abandonnait son travail pendant plusieurs heures ou une journée entière pour vagabonder et jouer dans les rues. Son père Ta gardé alors avec lui ; mais la conduite du jeune Léon est devenue plus mauvaise d'année en année. Chaque semaine il s'absentait, sans permission, une ou plusieurs journées ; il jouait aux cartes, pariait aux courses, fréquentait les cafés et les cabarets où il buvait beaucoup sans cependant s'enivrer jamais complètement, dit son père; il fumait presque toute la journée, avait des maîtresses auxquelles, dit-il, il donnait une partie de l'argent qu'il gagnait au jeu. Il y a deux ou trois ans, il a subi une condamnation pour vol; il proteste aujourd'hui de son innocence en cette occasion et son père affirme également qu'il p'est pas coupable. Ce dernier reconnaît cependant que son fils lui a dérobé une somme de trois cents francs. Au milieu de cette vie déréglée, Léon M. ne donnait aucun signe de dérangement d'esprit; tout au moins ses parents n'en ont pas remarqué et n'ont jamais pensé que ce jeune homme put devenir fou.

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