‹ Précis de médecine légaleChapitre 396 sur 410 · MM. PAUL GARNIBR KT VIBERT · texte numérisé non relu

MM. PAUL GARNIBR KT VIBERT

B.» âgé de 29 ans, est un homme bien constitué et paraissant

ALIÉNATION SIMULEE 951

vigoureux. Nous n'avons pu obtenir des renseignements sur ses antécédents pathologiques, personnels ou héréditaires, car il n'a jamais répondu à aucune de nos questions. Nous savons seulement par son dossier qu'il a subi deux condamnations, et rien n'indique que pendant ces séjours de 8 ans et de 13 mois dans des établissements pénitentiaires, il ait présenté des troubles de l'état mental.

Le 16 octobre dernier^ B. a été surpris en flagrant délit de vol, lequel parait avoir été combiné assez adroitement avec l'aide d'un complice resté inconnu. II s'est enfui, a été pris après une assez longue poursuite, au cours de laquelle il a cherché à se débarrasser de ses instruments de cambrioleur. Une fois arrêté, il a cherché à cacher sa véritable identité ; mais son état civil a pu être reconnu, et B. s'est décidé alors à tout avouer. 11 a écrit à M. le juge d'instruction une longue lettre dans laquelle il reconnaît sa faute et cherche à l'expliquer et à l'atténuer. Cette lettre ne porte aucune trace d'un dérangement quelconque de l'esprit.

C'est seulement après cela que B. a parlé de se suicider, et qu'il a adressé à M. le juge d'instruction deux nouvelles lettres où il exprime des idées incohérentes. Il y parle d'une chauvesouris qui le persécute dans sa cellule, puis réclame sa mise en liberté immédiate afin de pouvoir amasser en jouant aux courses le pécule qu'il juge nécessaire pour s'assurer un sort tranquille.

Lorsque nous avons vu B. pour la première fois, il nous a immédiatement demandé si nous jouions aux courses, et a réclamé sa liberté, sans répondre d'ailleurs aux questions que nous lui posions. Cependant, quand nous l'avons invité à s'expliquer sur la chauve-souris persécutrice, il nous a confirmé brièvement ce qu'il avait dit dans ses lettres, mais sans y ajouter de détails nouveaux. — Depuis lors B. a gardé avec nous le mutisme le plus complet. Dans les diverses visites que nous lui avons faites, il nous a été impossible d'en tirer un seul mot, quel que fût le sujet abordé. Il écoute tranquillemeottous les discours, dans une attitude paisible qui n'est nullement celle d'un aliéné mélancolique, et parfois il se décide à prononcer, en guise de réponse, une courte phrase, toujours la même, par laquelle il annonce que dans la prochaine course il pariera sur tel ou tel cheval.

Cet homme qui, vis-à-vis de nous, paraît aussi totalement étranger à tout ce qui n'est pas son idée fixe, se conforme différemment quand il n'est pas en notre présence. Non seulement il se conforme à la discipline de la prison, et obéit à tous les ordres que lui donnent ses gardiens, mais encore il accepte et exécute correctement le travail qu'on lui confie, et il emploie l'argent qu'il gagne ainsi à acheter des aliments et du tabac. Sa conduite est, au dire des gardiens, régulière, exempte de toute excentricité ;

952 RAPPORTS MEDICO-I^JBGAUX

les velléités de suicide qu'il avait manifestées ne se sont plus renouvelées. — Ajoutons que Texami^n corporel de B. ne révèle pas de troubles appréciables de la santé, et que notamment nous lui avons toujours trouvé le pouls régulier et d'une fréquence normale.

En somme, tel qu'il s'est présenté à notre observation prolongée, B. ne répond à aucun des types cliniques entre lesquels se répartissent les divers malades atteints d'un trouble réel de l'état mental. On ne saurait prendre au sérieux ses idées de persécation^ qu'il a d'ailleurs à peine esquissées et que démentent toutes ses allures. Il est également impossible de ranger parmi les aliénés mélancoliques cet homme qui se préoccupe chaque jour des moyens de se procurer les adoucissements permis, au réginne des prisonniers. La conduite calme et tranquille de B., son maintien exempt de tout signe d'excitation^ l'intégrité de sa santé physique éloigne aussi l'idée d'un de ces accès de délire incohérent qui se développent parfois très rapidement, à la suite par exemple d'une vive émotion, chez certains individus prédisposés (dégénérés héréditaires), à la catégorie desquels B. ne parait d'ailleurs pas appartenir.

En réalité, rien de ce que nous connaissons de l'histoire de B., dans ce que nous avons pu observer par nous-mêmes, et dans les renseignements que nous avons recueillis sur sa conduite et ses allures dans la prison, ne permet de considérer l'inculpé comme atteint de trouble des facultés intellectuelles. Il doit être considéré, à notre avis, comme un pur simulateur.

TABL8 OBS MATltaSS

PAges.

Introduction par le professeur Brouardel . y

Préface xix

Page 1