‹ Précis de médecine légaleChapitre 42 sur 410 · K QUELLE ÉPOQUE REMONTE LA MORT · texte numérisé non relu

K QUELLE ÉPOQUE REMONTE LA MORT

vient rhonneur d'avoir trouvé et utilisé cette ingénieuse application de rentomologie à la médecine légale. Mais c'est Pierre Mégnin * qui, en approfondissant cette étude, en y apportant sa science toute spéciale en entomologie, a fait vraiment entrer la question dans la pratique de la médecine légale.

La destruction d'un cadavre ne se fait pas seulement par la putréfaction, qui est l'œuvre des microbes ; les insectes (diptères, coléoptères, lépidoptères) y prennent aussi une large part. Parmi ceux-ci, chaque espèce vient à son heure ; lorsque les premiers ont dévoré toutes les substances qu'ils pouvaient s'assimiler, ils cèdent la place à une autre espèce dont les besoins sont différents et qui trouve à les satisfaire dans le cadavre plus ou moins décomposé qqe lui ont laissé ses prédécesseurs. Toutes ces équipes successives des travailleurs de la mort, comme les appelle P. Mégnin, laissent des traces de leur passage sous forme de débris de nymphes, de chrysalides, d'ailes ou d'élytres, dont l'examen peut fournir à la médecine légale des renseignements importants.

Ce sont les diptères (Sarcophaga, Calliphora, Luci- HUy etc.), qui s'emparent d'abord du cadavre. Les mouches déposent leurs œufs à la surface du corps et surtout dans les orifices des cavités naturelles : bouche, narines, anus, etc. Ces œufs ne tardent pas à éclore, à donner des larves ou asticots qui se nourrissent surtout des humeurs du cadavre et qui se transforment, au bout d'un temps variable pour chaque espèce, en chrysalides, puis arrivent à l'état adulte. Si l'on ne trouve aucune trace du passage de ces insectes dans le cadavre, on peut en conclure que celui-ci a été inhumé à une époque où il n'y a pas de mouches dans l'air, c'est-à-dire de novembre à mars ou avril. Si, au contraire, les diptères existent, on peut, d'après la présence ou l'absence des chrysalides, savoir si la mort a eu lieu au commencement ou bien à la fm de la

d'insectes dans le cadavre et par l'étude de leurs métamorphoses (Ann.d^hyg, publ. et de méd lég, 2* série, t. IV, 1855). 1. Pierre Mégnin, La Faune des cadavres (in Encyclopédie Leauté), YiBsaT. Médecine légale. 7e édit, S

belle saison. P. Mégnin a pu reconnaître, grâce à sa connaissance des mœurs des divers insectes, d'autres particularités, par exemple qu'un cadavre trouvé à Paris avait séjourné d'abord à la campagne, que deux fœtus, dont les cadavres avaient été trouvés ensemble, n'avaient pas toujours séjourné au môme endroit, etc.

D'autres insectes viennent ensuite, non seulement sur les cadavres abandonnésàl'air libre, mais aussi surceuxqui sont inhumés. On admet que ces insectes, guidés par un odorat très subtil, viennent déposer leurs œufs à la surface de la terre et que leurs larves gagnent ensuite le cadavre. Il est certain, d'ailleurs, qu'on ne les trouve pas lorsque le corps est renfermé dans un cercueil hermétiquement clos, en plomb, par exemple ; la décomposition est alors moins rapide, et elle revêt une forme spéciale.

Les diverses périodes qui correspondent à chaque espèce d'insectes sont résumées par Pierre Mégnin de la façon suivante :

Première période (3 mois environ). Invasion du cadavre par les larves des diptères (Mtisca, Curionevra, Calliphoray Lucilia et Sarcophaga). — Deuxième période (3 à 4 mois) ; coléopiëves(Dermestes,Corynete8)ei\épidoptères{Aglo8se8), — Troisième période (4 à 8 mois). Les parties molles sont transformées en un déliquium noir, à forte odeur de fromage pourri, où l'on trouve les larves de petits diptères {Phora Çii Anthomia) ei de quelques coléoptères (Siip/wi, Hister et Saprium). — Quatrième période (6 à 12 mois). Sur les partiesréduites en poudre, on trouve des colonies d'acariens {Tyrogliphus, Gbjciphagus, Uropoda^ Trachinotus), et sur les parties tégumentaires et tendineuses desséchées des Anthrènes et des larves de Tenehrio.

Il est évident qu'une pareille étude ne peut être faite utilement que par un entomologiste. Mais le médecin légiste doit connaître ces faits et signaler aux magistrats les résultats très précis auxquels peuvent arriver, dans cette voie, les experts compétents. On en trouvera des exemples <lans les rapports médico-légaux de P. Mégnin, dont l'un est reproduit à la fin de ce livre.

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