LEVÉE DE CORPS
decin n'avait pas aperçu une blessure par arme à feu ; l'erreur était assez excusable, parce que la plaie était petite et cachée par les cheveux ; mais le médecin eut le tort d'attribuer la mort à une congestion cérébrale, suite d'ivresse. En présence de cette déclaration, la justice, qui avait lieu de soupçonner un crime, abandonna momentanément les poursuites ; fautopsie fut cependant ordonnée quelque temps après, parce que les parents protestèrent énergiquement et affirmèrent que la victime était incapable de se griser. Nous trouvâmes une balle dans le cerveau ; mais, à ce moment, l'assassin avait eu le temps de quitter Paris et de gagner à pied une province éloignée, où il ne fut retrouvé que plus tard et grâce à des circonstances fortuites.
On ne saurait trop répéter que le médecin n'est nullement tenu de dire à quelle cause a succombé un individu dont il examine le corps. Son rôle consiste surtout à rechercher s'il existe des indices d'une mort violente ; quand il n'y en a pas, il doit se borner à mentionner le fait, en ajoutant que la cause réelle du décès ne peut être reconnue et ne pourrait être déterminée que par l'autopsie.
Dans quelques cas cependant, l'examen extérieur suffit à montrer que la mort a été très probablement naturelle ; il en est ainsi, par exemple, quand il existe un œdème très prononcé des membres inférieurs, de l'ascile, un épanchement pleural nettement reconnu à la percussion, ou quand le corps est extrêmement amaigri et cachectisé. Le médecin doit s'enquérir aussi des conditions dans lesquelles est survenue la mort, car il peut arriver à la suite d'un écrasement, d'une chute de haut, elc, qu'on ne constate que des traces extérieures de violences très légères ou nulles, bien que la cause de la mort soit à peu près évidente.
Chaque fois que le médecin le juge utile, et spécialement quand il soupçonne qu'il s'agit d'un crime, il doit décrire la position qu'occupe le corps, l'arrangement des vêtements, la disposition des lieux et toutes les circonstances (telles que présence de taches de sang sur les objets voisins, situation d'une arme trouvée près du corps, etc.) qui se rapportent à l'expertise médicale ; mais il doit laisser
de côté tout ce qui relève uniquement de Fenquôte policière. Comme ces premières constatations ne peuvent plus être renouvelées et qu'elles servent souvent de base à la discussion ultérieure, elles doivent être faites avec grand soin et relatées minutieusement dans le rapport.
Enfin, quand le cadavre est celui d'un inconnu, le médecin doit rechercher et mentionner tous les signes propres à établir l'identité (voy. ce chapitre. Exemples de rapports de levée de corps à la fin du livre).
J II. — Autopsie médico-lég^ale.
Toute autopsie médico-légale doit être faite d'une façon complète, c'est-à-dire que tous les organes doivent être successivement examinés, et leur état mentionné dans le rapport. Cette règle est absolue * et s'applique même aux cas où la cause de la mort est indiquée avec évidence par la lésion d'un organe particulier. Il peut, en effet, surgir ultérieurement telle ou telle question qu'on ne saurait résoudre si Ton n'a pas noté exactement l'état des divers organes. Par exemple, au cours de l'instruction ou des débats, longtemps après que le cadavre autopsié a été inhumé, on demande quelquefois au médecin si la victime avait mangé depuis longtemps, quels aliments, si elle était en état d'ivresse, si elle a succombé très peu de temps après avoir uriné ou déféqué ; si un homme avait la blennorrhagie, si une femme portait les traces d'accouchement ancien, s'il existait les signes de telle ou telle affection chronique, etc.
Il convient de faire les constatations d'une façon aussi précise que possible ; par exemple, on mesure et on pèse les organes dont le volume est anormal, surtout quand cette circonstance peut jouer un rôle dans l'explication de la morl. On mesure également ou on apprécie le mieux possible la quantité des épanchements pathologiques, etc.
Quand on rencontre une lésion de quelque importance,
i . On peut cependant se dispenser d'ouvrir le rachis, sauf dans les cas où il y a lieu de soupçonner une lésion de la moelle épinière.
AUTOPSIB MÉDICO-LÉGALE 74
il ne faut pas se borner à la * mentionner, à dire, par exemple, qu'il existe un cancer de Testomac, un kyste hydatique du foie, etc. ; mais il faut décrire avec détails Taliération que l'on a sous les yeux, afin qu'on puisse ultérieurement discuter, s'il y a lieu, sur sa véritable nature. Quand celle-ci peut sembler douteuse, il est bon de recueillir les pièces et de les soumettre, dans certains cas, à Texamen microscopique. Si l'expert ne possède pas pour cela les connaissances nécessaires et si, en môme temps, cet examen semble d'une très grande utilité et encore praticable, il faut demander aux magistrats de commettre une autre personne.
Nous indiquons ici la façon de pratiquer une autopsie médico-légale. En même temps que nous décrivons les procédés d'ouverture des cavités et d'examen des divers organes, nous signalons brièvement les points sur lesquels il est bon de porter son attention. Nous avons dressé ainsi une sorte de cadre, dont presque toutes les parties doivent être remplies dans un rapport ; toutefois, pour ne pas donner une longueur démesurée à celui-ci, on se borne à mentionner simplement l'intégrité des organes trouvés tels en s'étendant seulement sur la description des blessures ou des lésions.
L*autopsie médico-légale comprend deux parties : a) l'examca extérieur du cadavre; bj l'ouverture du corps.
A. — Examen extérieur
On note successivement :
1. L'état de vigueur ou de marasme du corps^ Tembonpoint ou l'amaigrissement, les vices de conformation, s'il en existe. Quand le cadavre est celui d'un inconnu, on relate les signes pouvant servir à établir Tidentité.
2. La coloration des téguments; hypostases, cyanose ou censéestion de la face, ecchymoses ponctuées des conjonctives ou de la peau ; cyanose des extrémités ; les traces de sangsues, ventouses, vésicatoires, etc., récemment appliqués; la présence de corps étrangers dans la bouche ou dans les narines, de matières fécales autour de Tanus; on examine les parties génitales (sang, sperme, état de la vulve et de Thymen).
3. Le degré de la putréfaction, en indiquant les principaux signes qui peuvent le faire reconnaître.
4. Les traces de violences qui existent sur le corps. Les blessures ou lésions qui ont une origine évidemment accidentelle, les érosions causées par des frottements, les morsures de rats, etc., sont indiquées brièvement. On décrit au contraire avec détail les sièges, la forme, les dimensions, la couleur des ecchymoses, on incise la peau au niveau de celle-ci pour constater leur étendue et leur profondeur.
On décrit également le siège, la forme, la direction et les dimensions des blessures, l'état de leurs bords. Leur trajet est examiné au moment de l'ouverture du corps; ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que l'on introduit à ce moment la sonde dans les plaies.
B. — Ouverture du corps
5. S'il existe des blessures, on dissèque la région où elles se trouvent, et si elles pénètrent dans le crâne, le thorax ou Tabdomen, on ouvre en premier lieu celle de ces cavités qui est intéressée.
Après que l'on a décrit la direction du trajet delà blessure, les parties qu'elle a successivement traversées, l'abondance de l'épanchement sanguin, on remet momentanément les parties en place, et l'on mesure la profondeur de la plaie, soit à l'aide de la sonde, soit à l'aide du compas, si Ton craint que la sonde ne retrouve pas le trajet ou risque de l'agrandir.
6. On incise les téguments suivant une ligne qui partdu menton, descend sur le cou, contourne l'articulation sterno-claviculaire, gagne la partie externe du sein, descend verticalement sur le thorax et l'abdomen, s'incurve pour atteindre le pubis et remonte symétriquement de l'autre côté. On complète avec des ciseaux ou un scalpel l'incision des parois de l'abdomen y compris le péritoine, en évitant de léser les organes sous-jacents. On sectionne les côtes au niveau de l'incision avec de fortes cisailles, on désarticule les clavicules en évitant de blesser les vaisseaux sous-cla> viers. Relevant alors d'une main la paroi détachée de l'abdomen, on sectionne de l'autre le diaphragme à ses insertions antérieures et latérales, et l'on enlève toute la paroi antérieure du Ironc. On pratique quelques incisions profondes sur cette paroi si l'on soupçonne qu'elle a pu être contusionnée.
On a alors sous les yeux les cavités thoracique et abdominale, on note s'il y a quelque anomalie dans la position des viscères^ s'il existe des fractures de côtes, des épanchements dans les cavités. Dans les cas où il y a un épanchement abondant dans les