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MORT PSEUDO-SUBITE. ALCOOLIQUES ET VIEILLARDS

signes d*une aiTection aiguë qui est resiée presque ou tout à fait inaperçue pendant la vie, bien qu'elle comporte habituellement des signes de maladie évidents pour tout le monde.

Il suffira de rappeler ici la mort subite occasionnée par certains épanchements pleurétiques, celle qui se produit au cours de la fièvre typhoïde dite « ambulatoire », cas qui sont bien connus des médecins. — Mais il peut arriver aussi que le fait s'observe avec d'autres maladies. Un de ces cas que nous avons vus est le suivant :

Une femme d'une trentaine d'années racole un homme dans le milieu de la nuit et s'en \^ louer avec lui une chambre garnie. Le lendemain matin, l'homme part et, dans l'après-midi du même jour, le garçon d'hôtel, en venant mettre la chambre en ordre, trouva la femme couchée dans le lit et ne donnant pas signe de connaissance. Le commissaire de police arrive avec un médecin, et celuici déclare que la femme a dû être empoisonnée par un narcotique ; il constate en môme temps qu'il existe des ecchymoses sur un des bras. La femme est transportée à l'hôpital, où elle meurt au bout de trente-six heures, sans avoir repris connaissance. Nous sommes chargé de faire l'autopsie, et nous trouvons une méningite intéressant presque également toute la surface de l'encéphale et ayant donné lieu à la production d'une grande quantité de pus ; nous n'avons pu trouver des tubercules dans les méninges ni dans les autres organes. Il n'existait aucune trace de violences à la tête ; quant aux contusions de l'un des bras, elles étaient très légères et avaient probablement une origine accidentelle.

Ces morts pseudo subites s'observent surtout chez deux catégories d'individus : les alcooliques et les vieillards.

Chez les alcooliques les affections aiguës peuvent suivre une marche insidieuse ; des lésions graves et étendues d'an organe ne retentissant pas sur l'économie à la manière ordinaire, de sorte que la maladie évolue d'une fac^on bénigne en apparence et passe à peu près inaperçue des personnes non compétentes, quoiqu'elle conserve toute sa gravité. C'est ainsi qu'on amène souvent à la Morgue ViBiRT. Médecine légale. 7« édit. 6

des individus atteints d*une affection aiguë, et qui ont succombé subitement dans la rue au moment où ils vaquaient à leurs occupations ou à leurs plaisirs.

L'affection que Ton rencontre' le plus fréquemment est la pneumonie, et nous avons eu bien des fois l'occasion de montrer aux étudiants des faits analogues au suivant : Un homme d'une quarantaine d'années passe la journée à boire ; il se querelle avec les cabaretiers, donne et reçoit des coups à plusieurs reprises, et le soir est conduit au poste pour ivresse. Le lendemain on le trouve mort, et oa pense qu'il a succombé par suite des violences qu'il a subies. A l'autopsie on trouve seulement des ecchymoses superficielles, mais une pneumonie suppurée occupant ■ presque toute l'étendue du poumon. — Voici un autre cas concernant aussi un homme dont l'alcoolisme invétéré était bien connu. Cet individu, gardien de chantier, est trouvé mort un matin par ses camarades avec lesquels la veille encore il avait bu ; quoiqu'un peu souffrant, il avait continué son travail; il était atteint d'une cirrhose alrophique du foie, et d'une péritonite aiguë généralisée paraissant bien remonter à deux ou trois jours.

En dehors de ces affections aiguës évoluant sans bruit, des alcooliques sont encore prédisposés à la mort réellement subite par certaines lésions qu'engendre assez souvent l'abus prolongé de l'alcool : la pachyméningite, \ l'arlério-sclérose, les affections rénales, etc. i

Chez les vieillards, les affections aiguës peuvent aussi I

passer à peu près inaperçues, n'occasionner que des I

troubles généraux peu apparents ; les désordres fonctionnels et les symptômes qui sont l'expression directe de la lésion organique peuvent être eux-mêmes très atténués. Il en est ainsi, par exemple, pour la pneumonie qui ne détermine souvent ni point de côté violent, ni grande dyspnée, ni toux très fréquente. Il faut ajouter que les vieillards, en raison même de leur âge et de la décrépitude de leurs organes, résistent mal à des influences que d'autres supporteraient impunément : à la congestion des poumons ou du cerveau, aux troubles circulatoires. Enfin les vieillards sont souvent atteints de cardiopathie,

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(laUérations rénales, c'est-à-dire des lésions qui comptent, comme nous le verrons plus loin, parmi les causes les plus importantes de mort subite. Aussi toutes les statistiques montrent-elles la fréquence de la mort subite chez les vieillards.

Nous allons maintenant passer en revue les principales causes de la mort subite envisagée d'une façon générale, en indiquant seulement celles de ces causes que l'on rencontre le plus habituellement dans la pratique médicolégale.

I III. — Mort subite par l'appareil circulatoire.

Ce sont ces lésions qui constituent la cause la plus fréquente de mort subite. C'est ce qui ressort de statistiques dressées par les médecins légistes de divers pays, et notamment de celle de M. Key-Aberg * qui a compulsé les registres d'autopsie de l'Institut médico-légal de Vienne.

Il a réuni 852 cas de mort subite chez des sujets audessus de quatorze ans ; 634 fois, c'est-à-dire dans les trois quarts des cas ^74,5 0/0), il s'agissait de lésions cardio-vasculaires.

Ces 634 cas se décomposent de la manière suivante :

Paralysie cardiaque (c'est-à-dire lésions anciennes du

cœur, sans modifications récentes) 451

Rupture du cceur 15

Rupture d'un auévrisme de Taorle ou de ses branches,

à l'exception des artères întracrAnienncs 55

Rupture de l'aorte 46

Hémorragie intracrânienne 97

ToUl '■^4

Là rupture du cœur, qui résulte presque toujours d'altérations anciennes du myocarde et des artères coronaires, est étudiée dans tous les traités de pathologie. Il en est de môme pour la rupture des anévrismes de l'aorte, rupture qui n'est constatée qu'assez rarement

1. Key-Aberg, Endarteritis chronica doformans Ui-sliche plôtzlichen '^^^s (Vierteljahrschrift far gerichtL Medicin, 1888).

dans les autopsies médico-légales, parce que, longtemps avant de se rompre, l'anévrisme entraîne habituellement des symptômes assez graves pour que la mort s'explique naturellement.

La rupture de Faorte non anévrismatîque est moins * connue et d'ailleurs fort rare. Cette rupture se produit presque toujours au niveau de la portion ascendante de Taorte et en un point où Tartère est athéromateuse et dilatée ; parfois il s'agit d'une atrophie, d'un amincissement de la tunique moyenne * ; dans quelques observations il est dit que l'aorte est tout à fait saine (?). La rupture s'effectue souvent d'une manière spontanée, c'est-à-dire sans cause occasionnelle. Tantôt elle entraîne la mort tour à fait subite, tantôt elle permet une survie qui peut atteindre plusieurs jours, le début étant marqué par une syncope et une violente douleur dans la poitrine. La rupture se fait d'ailleurs plus ou moins rapidement ; c'est souvent une étroite fissure qui amène un anévrisme disséquant ; mais parfois les tuniques se rompent presq4te en môme temps, et le sang fait irruption dans les cavités voisines ou dans le tissu cellulaire de la région *.

L'aortite aiguë ou subaiguë peut être citée aussi parmi les causes de mort subite et imprévue, car elle reste parfois presque entièrement latente jusqu'au moment où éclate un œdème pulmonaire ou une autre complication rapidement mortels. Nous avons publié plusieurs observations relatives à ce sujet 3. I

Mais ce qu'on observe beaucoup plus souvent en |

médecine légale, c'est la mort subite par lésions cardio- |

aortiques anciennes, qui n'ont subi aucune modification

1. Nous avons fait avec M. Brouardel Taulopsie d'un étudiant, jusque là bien portant, qui mourut subitement d'une rupture de l'aorte. Ce vaisseau présentait, sur des portions localisées, une atrophie considérable de la paroi avec disparition à pou près complète des fibres élastiques et sans dilatation anévrismale. Comme cause de cette lésion^ on ne trouvait qu'une lièvre typhoïde grave survenue dans l'enfance (Ann, d'hyg. et deméd. lëg., 4 892).

2. Martin Durr, Rupture spontanée de l'aorte {Archives gén, de médecine, 1891).

3. Vibert, Affections cardio-aortiques et accidents du travail (Antu d'hyg, pub. etdeméd. légale, 1905).

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récente, et qui brusquement deviennent incompatibles avec la vie, alors que jusque-là elles étaient restées bien tolérées *. Quand on peut avoir des renseignements précis, on apprend parfois que cette tolérance paraissait complète, plus souvent que les lésions n'étaient pas entièrement latentes, qu'elles occasionnaient soit des accès d'angine de poitrine plus ou moins nets, soit des douleurs rétro-sternales, de la dyspnée d'effort, des vertiges, des bouffées de congestion à la tête, etc. ; mais dans la majorité des cas les sujets n'étaient pas assez malades pour renoncer à leurs occupations.

Certaines de ces morts subites sont provoquées par une cause occasionnelle. Celles de ces causes dont l'influence paraît certaine sont la fatigue résultant d'efforts musculaires violents ou prolongés, et d'autre part l'émotion. Citons par exemple un agent de police qui meurt en arrivant, après une course très rapide, à un endroit où venait de se produire une explosion, un autre agent de police qui succombe en amenant au poste un individu qui lui avait fait rébellion (Vîbert) ; une jeune fille qui tombe morte pendant qu'elle se sauvait devant un homme qui la menaçait de son fouet (Brouardel) ; trois jeunes femmes ou jeunes filles qui meurent en dansant dans un bal, un bomme qui meurt pendant qu'il opère un déménagement (Lesser). — L'émotion agit aussi comme cause occasionnelle ; on en trouve deux exemples dans un mémoire de Lesser ' : une femme meurt subitement en recevant une mauvaise nouvelle ; une autre au moment où elle s'interposait entre son mari et son fils qui se battaient ensemble. Plus fréquentes sont les observations où l'émotion a été accompagnée d'efforts musculaires ou d'un traumatisme même léger. C'est ainsi qu'il n'est pas très rare de voir succomber des individus (cardiaques) pendant une rixe au cours de laquelle ils n'ont reçu que des blessures insi-

4. Vibert, De la mort subite dans les affections chroniques du cœur et de V aorte (Ann, d'kyg, publ, et de méd. lég.y 1895), et mémoire indiqué dans le précédent renvoi.

2. Lesser, Die wichligsten Sectionsergebnisse (Vierteljahrschrift fur gerichtl. Medicin, 1888).

gniGanies. Voici par exemple un cas que nous avons observé: A..., âgé de 33 ans, placier, se dispute dans la rue avec un collègue ; une courte rixe s'engage au cours de laquelle A... reçoit des coups de poing sur la figure et un coup de pied dans le ventre. Il rentre dans une boutique voisine où il était connu, raconte la lutte, commence à se laver ; puis il est pris d'étouffements et meurt là avant l'arrivée du médecin qu'on était allé chercher. A l'autopsie, aucune trace de blessures ; symphyse cardiaque complète et myocardite fibreuse très accentuée. — Le traumatisme seul paraît aussi jouer un rôle dans quelques cas. Deux fois nous avons fait l'autopsie d'individus (cardiaques) morts à la suite d'une chute dans un escalier, chute qui n'avait pas produit de lésions bien graves. Dans ces deux cas la mort était survenue subitement ou très rapidement, mais quelques heures seulement après la chute, qui avait paru d'abord ne pas devoir entraîner de conséquences graves.

Dans bon nombre de cas, toute cause occasionnelle appréciable fait défaut. Il ë'agit d'individus qui succombent en se promenant, en se livrant à une occupation très peu fatigante, alors que les jours précédents ils avaient pu accomplir impunément des travaux exigeant une certaine force.

Presque toujours il s'agit dans ces cas de lésions cardioaortiques multiples et complexes. Les lésions valvulaîres ne produisent guère, par elles seules, la mort subite, et la réputation qui a été faite à cet égard à l'insuffisance aortique paraît bien usurpée. Souvent toutes les valvules du cœur sont trouvées intactes à l'autopsie, et lorsqu'elles sont lésées, il existe en même temps quelques-unes des altérations suivantes : athérome et dilatation de l'aorte, rétrécissement ou oblitération des coronaires, sclérose ou dégénérescences du myocarde, symphyse cardiaque. Souvent aussi les reins sont plus ou moins sclérosés.

Comme ces diverses lésions se trouvent presque toujours associées Mes unes aux autres, il est difficile de reconnaître quelle est celle qui a le plus d'importance au

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point de vue de la mort subite. II est cependant une de ces lésions que Ton a rencontrée seule ou presque seule dans quelques-uns de ces cas de mort subite ou imprévue: c'est la coronarite avec oblitération du tronc ou d'un rameau important des artères, ou bien avec rétrécissement de ces vaisseaux sur une plus ou moins grande partie de leur étendue.

Nous-môme en avons observé plusieurs exemples bien nets : Le premier concerne un agent de police, Bi,.. qui, en attendant le moment de reprendre son service, se reposait sur son lit quand il entendit sa femme qui se disputait dans la cour de la maison avec des voisines. Comme la querelle devenait plus violente, Bi... descendit, sépara les femmes dont Tune lui fit résistance. Il remonta chez lui, se trouva indisposé, et quelque temps après appela par la fenêtre un de ses collègues pour lui dire qu'il ne se sentait pas en état d'aller prendre son service. Le collègue monta et au bout de peu de temps Bi... mourut devant lui. — Autopsie : Egratignures au visage, quelques ecchymoses au bras. Valvules cardiaques saines ainsi que l'aorte. Myocarde sans lésions appréciables à Tœil nu. L'artère coronaire droite, saine à son origine, se rétrécit brusquement au bout de 4 centimètres, au point que son calibre est à peine de 1 millimètre. — La coronaire gauche est remplie, dès son origine, par un caillot fibrineux, adhérent, qui se prolonge aussi loin qu'on peut poursuivre le tronc du vaisseau. — Poumons congestionnés et œdématiés, d'ailleurs sains.

L'autre cas concerne un cocher Be..., qui, 4 mois auparavant, avait subi un accident de voiture qui l'avait laissé valétudinaire. Il se rendait chez un homme d'affaires, en compagnie de son frère, quand tout à coup il saisit celuici par le bras, et s'affaissa sur le trottoir sans prononcer une parole ni exprimer une plainte. On le transporta dans une pharmacie où il mourut quelques minutes après. — Autopsie : Putréfaction avancée. Cœur vide, de volume normal sans lésions appréciables du myocarde. Valvules saines ainsi que l'aorte. L'artère coronaire gauche est partout souple, d'un calibre régulier, exempte de toute

altération. La coronaire droite, d'abord saine, présente, à 2 centimètres de son origine, un rétrécissement de plus de la moitié de son calibre. Ce rétrécissement est occasionné par quatre plaques indurées, friables, d'une coloration noirâtre, et qui occupent presque toute Tétendue de la partie rétrécie dont la longueur est de 2 centimètres 1/2. Au delà de ce point, Tartère reprend son calibre normal et est entièrement saine.

Un homme de 53 ans, représenté comme ayant une bonne santé, entre un soir, après un copieux repas, dans une maison de tolérance qu'il fréquentait de temps en temps. Il se livra à des excitations génitales intenses et prolongées; mais avant d'avoir exercé le coït, il fut pris d'un gratid malaise et mourut au bout de 20 minutes. Autopsie : Pas de lésions des divers organes, sauf du cœur. L*arlère coronaire d. rétrécie à son origine par une plaque d'athérorae de l'aorte ; l'artère coronaire g. rétrécie de moitié environ, sur une longueur de 2 centimètres par de la sclérose et des plaques d'athérome. Myocarde légèrement hypertrophié, et sans doute un peu sclérosé.

L'embolie d'origine artérielle est une cause de mort subite sans doute assez rare. Elle résulte de la déchirure de la membrane interne de l'aorte en un point où se trouve une plaque d'athérome et de l'irruption dans le torrent sanguin de la bouillie calcaire que contenait cette plaque. A l'autopsie d'un homme mort subitement pendant qu'il lisait à haute voix des vers, nous avons trouvé ainsi une large plaque de la portion ascendante de l'aorte, ouverte et en grande partie vidée de son contenu ; mais nous n'avons pu reconnaître en quels vaisseaux (sans doute du cerveau et du bulbe) cette bouillie s'était arrêtée. — On a signalé des cas de mort subite produits par l'embolie des artères coronaires, dont le point de départ était aussi la rupture d'une plaque d'athérome située tout à fait à l'origine de l'aorte, ou dans le tronc môme des coronaires.

Nous parlerons dans le paragraphe suivant des embolies pulmonaires.

Mort subite par syncope. — Pour que le terme de

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« syncope » ait une signification précise, il faut qu'il désigne rarrét primitif du cœur, arrêt brusque ou 1res rapide, entraînant comme conséquence inéluctable la cessation des autres fonctions. Ici, au lieu d'être Yultimum moriens comme dans la plupart des autres genres de mort, le cœur est lepHmum moriens.

On doit admettre que c'est par ce mécanisme que se produit la mort subite chez les individus atteints de cardiopathies anciennes, sans graves lésions récentes. La syncope mortelle peut-elle se produire chez des individus dont le cœur et Taorte ne présentent pas de lésions, sous l'influence d'une cause occasionnelle plus ou moins légère, plus ou moins facilement appréciable ? Il est certain que la mort subite s'observe parfois chez des individus à Tautopsie desquels on ne trouve aucune lésion, non seulement au cœur, mais encore sur les autres organes. On classait autrefois ces faits sous la rubrique <* syncope » ; on les range généralement aujourd'hui dans le chapitre de Vinhibiiion (voir plus loin) et sans doute à bon droit, car il n'est nullement démontré qu'en pareil cas les fonctions cardiaques soient les premières, et d'abord les seules, arrêtées. Mais cette discussion n'a guère d'intérêt pour la médecine légale.

On trouve dans beaucoup de traités didactiques l'indication des signes qui, à l'autopsie, permettraient de reconnaître la mort par syncope. Mais les signes donnés par les divers auteurs sont différenls et même quelque peu contradictoires. Ils sont tirés de l'état du cœur et de la quantité plus ou moins grande de sang que renferment telles ou telles de ses cavités. Or, cette quantité dépend bien moins de la cause de la mort que du moment auquel est faite l'autopsie, et du degré de la rigidité cadavérique du cœur. Cette rigidité se développe rapidement et suffit à expulser en totalité ou en partie le contenu de l'organe, ainsi qu'on peut s'en convaincre expérimentalement. D'après les recherches de Strassmann *, le cœur s'arrête

1. Strassmann, Die Todtenstarre am Herzen (Vierteljahrschrift fûrgerichtL Medicin, neue Folge, Bd LI), Voyez aussi la note de la page 44.

toujours en diastole, quelle que soit la cause de la mort, et à ce moment les cavités droites et gauches sont toujours remplies de sang. Ce n'est qu'ensuite que le ventricule gauche, pris de rigidité, se vide en grande partie du sang qu'il contenait, tandis que le ventricule droit n'expulse qu'une faible partie de son contenu. Cette différence s'explique par la plus grande épaisseur du ventricule gauche, et aussi parce que le sang trouve une issue plus facile dans l'aorte que dans les artères pulmonaires.

En réalité, il n'y a pas de critérium anatomique de la mort par syncope (ou par inhibition). Ce diagnostic ne peut se faire que par exclusion, et surtout par une connaissance suffisante des circonstances au milieu desquelles s'est produite la mort.

§ III. — Mort subite par lésions de l'appareil respiratoire.

Oblitération des voies aériennes. — Cette oblitéralion peut être produite par un bol alimentaire qui s'est introduit dans le larynx ou dans la trachée, ou s'est arrêté dans l'œsophage et par son volume trop considérable comprime la trachée. Il s'agit là d'un accident qui n'est pas extrêmement rare. Tourdes l'a vu 9 fois sur 93 casde mort subite. A la Morgue de Paris, presque tous les ans, nous faisons Tautopsie d'un ou deux individus morts de cette façon. La grosseur des aliments (viande, pain, galette) arrêtés dans l'œsophage est quelquefois incroyable.

L'obstruction des voies aériennes peut se faire uniquement au niveau du pharynx ; nous avons autopsié un enfant de trois ans qui avait la bouche et le pharynx absolument remplis par une masse de pain incomplètement mastiqué.

Il se peut qu'à la suite de vomissements des matières alimentaires pénètrent dans les voies aériennes et entraînent la mort par suffocation. Le fait a été signalé chez des individus qui étant tombés ou s'étant mis à l'eau peu de temps après un repas, ont été pris de vomissements

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qui ont fait pénétrer des matières alimentaires jusque dans les plus fines ramifications bronchiques *. Nous n'avons pas eu occasion de voir des faits de ce genre.

Il est vrai que Ton trouve assez souvent à Tautopsie d'individus morts des causes les plus diverses, l'œsophage, le pharynx, le larynx et la trachée plus ou moins remplis de matières alimentaires. Mais presque toujours ce reflux s'est effectué soit pendant Tagonie, c'est-à-dire alors que sont déjà abolies la tonicité et la motricité du cardia, des muscles laryngés, soit après la mort. Des expériences du professeur Engel (de Vienne) * ont montré, en effet, qu'une pression ou un choc brusque exercés sur Tabdomen d'un cadavre font refluer très facilement dans la bouche les matières liquides ou demi-liquides contenues dans l'estomac ; en même temps une certaine quantité de l'air contenu dans les poumons est expulsé et peut être remplacé par les matières stomacales qui arrivent quelquefois ainsi jusque dans les plus fines bronches. — Quand la putréfaction est avancée, le développement des gaz favorise beaucoup le reflux des matières stomacales et leur arrivée dans les voies aériennes.

On cite des cas aussi où la mort est survenue à la suite de l'ouverture d'un abcès dans les bronches ou la trachée ; l'abcès n'avait pas été remarqué pendant la vie et l'on avait soupçonné que la mort résultait d'un crime.

Congestion pulmonaire. — On croyait autrefois que c'était la cause la plus fréquente de la mort subite. Mais, en réalité, à moins qu'il n'existe des tubercules des poumons ou des lésions cardio-aortiques, la congestion pulmonaire n'apparatt pas d'une façon assez intense pour expliquer par elle seule une mort rapide, si elle n'a pas été amenée par une cause puissante dont la détermination est seule utile et constitue le vrai diagnostic médico-légal. En

1 . Revenslorf, Der Nachweis der aspirierten Erlrfinkungsflûssigkeit als Kriterium des Todes durch Ertrinken (Vierteljahrsch. f. gerichti, Medicin, Bd. XXVII, 1904).

2. Wochenbl. d. ZeiUchr. d. Gesellsch der Aerzte^ Wien., 4866, no 3, Analysé Xn Annales d*hyg. pubL et de méd. lég., 1868, 2« série, t. XXIX, p. 449.

déclarant qu'un individu a succombé à la congestion pulmonaire, Texpert laisse croire que la mort a été naturelle, alors qu'elle peut avoir été le résultat de suffocation ou d'un autre genre d'asphyxie, de Tivresse, d'un empoisonnement par Tacide cyanhydrique et d'une foule d'autres causes. Quand on ne peut élucider d'une façon plus complète le mécanisme de la mort, il est sage d'exprimer dans ses conclusions que le sujet a succombé à la congestion pulmonaire, mais que la cause de celle-ci n'est pas connue.

Dans beaucoup de cas, le diagnostic peut être rendu plus précis par l'examen des autres organes, par l'appréciation des circonstances au milieu desquelles s'est produite la mort, et par la recherche minutieuse des traces de violences. Nous renvoyons ici aux paragraphes relatifs à l'asphyxie, à la mort par le froid, par l'ivresse, par l'insolation ; il est impossible de mentionner les conditions nombreuses et diverses au milieu desquelles apparaît la congestion pulmonaire, et où elle constitue la seule ou la principale altération anatomique appréciable à l'autopsie-

La congestion des poumons est facile à constater ; ces organes sont volumineux, font saillie à l'ouverture du thorax ; ils sont d'un rouge foncé, leur surface est couverte d'arborisations vasculaires, les vaisseaux sont gorgés de sang. Cet aspect est ordinairement moins accentué à la partie antérieure des poumons, parce que les phénomènes d'hypostase sont très prononcés dans ces organes. La présence d'une quantité assez abondante de sang uniquement dans les parties déclives ne constitue pas un signe de congestion pulmonaire ; c'est un phénomène cadavérique à peu près constant.

Quand on incise des poumons congestionnés, on voit sortir du parenchyme, outre une grande quantité de sang, de l'écume à fines bulles qui peut occuper également les bronches. La quantité de cette écume dépend, en général, moins de rintensité de la congestion que du temps qu'elle a duré, cependant il y a des cas où l'œdème pulmonaire se produit très rapidement avec une énorme abondance, alors que la congestion peut être relativement minime.

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