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ÉTAT EXTÉRIEUR DU CADAVRE

bleus, ceux qui ont succombé à l'asphyxie. Toutefois il serait exagéré de poser ceci comme une règle constante ; bon nombre de noyés, dont les voies aériennes sont remplies d'écume, n*ont pas la face très congestionnée.

Les hypostases sont en général précoces et abondantes chez les noyés asphyxiés, ce qui s'explique par la liquidité du sang.

Ces hypostases, comme aussi les larges plaques de congestion cutanée que Ton observe dans certains cas à la partie antérieure du corps, ont parfois une teinte rosée ressemblant un peu à celle que Ton observe chez les sujets intoxiqués par l'oxyde de carbone. Cette teinte a été attribuée à l'oxygénation du sang des vaisseaux cutanés, causée par l'eau qui imbibe les téguments.

Chair de poule; rétraction du pénisy du scrotum, du mamelon, — L'aspect de la peau connu sous le nom de chair de poule {cutis enserina) est dû à l'érection des bulbes pileux sous l'influence de la contraction des muscles lisses annexés à ces bulbes. La chair de poule s'observe très fréquemment chez les noyés, mais aussi chez d'autres sujets morts rapidement. Elle disparaît quand la putréfaction est commencée, et souvent auparavant.

La rétraction du pénis, du scrotum, du mamelon est due aussi à la contraction des libres musculaires de la peau, qui sont très nombreuses en ces régions. Chez les noyés retirés de l'eau au bout de peu de temps, on observe presque toujours ce signe, mais à des degrés diversement accentués; il est peu durable.

Macération de Vépiderme, — Quand un cadavre a séjourné quelque temps dans l'eau, Tépiderme présente, aux points où il est le plus épais, c'est-à-dire à la paume des mains et à la plante des pieds, un aspect spécial ; en s'imbibant d'eau, il est devenu épais, ridé et blanchâtre *.

i. Chez le vivant^ l'épiderme macéré (après un bain, une application de cataplasme, etc.) reprend vite son aspect normal dès qu'il est exposé à Tair. L*eau est entraînée sans doute par la circulation et non pas par évaporation, car sur le cadavre la macération de l'épiderme persiste mdéûniment.

La macération peut se produire après la mort, non seulement par le contact de l'eau^ mais encore en présence d'une quantité quelque

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Cet aspect est ordinairement plus marqué et plus précoce aux mains qu'aux pieds, mais iquand ceux-ci sont nus, c'est le contraire qui a lieu, Tépiderme étant plus épais à la plante des pieds.

Ce signe a une valeur particulière, parce qu'il peroiiet de déterminer avec une certaine approximation la durée du séjour du cadavre dans Teau. En effet, à mesure que le conlact de l'eau se prolonge, la macération devient plus profonde et aussi plus étendue, c'est-à-dire qu'elle gagne par exemple là face dorsale des mains et des pieds, où Fépiderme, moins épais que sur les faces palmaire et plantaire, Test cependant plus que sur le reste du corps. Il en résulte que Taspect des mains et des pieds subit graduellement des variations qui aboutissent à des changements très grands. Au début, c'est seulement l'extrémité des doigts qui est plissée et blanc grisâtre, puis cet aspect s'étend à toute la face palmaire de la main et au bout d'un certain temps à la face dorsale (où il reste toujours beaucoup moins accentué). Ensuite, Tépiderme palmaire et plantaire s'épaissit encore et devient d'un blanc de craie ; plus tard, il se décolle du derme et finalement il tombe presque d'une pièce, entraînant avec lui les ongles.

Ces diverses étapes indiqueraient facilement la duréedu séjour dans l'eau, s'il ne fallait compter avec l'influence de la température, la macération étant beaucoup plus rapide en été qu'en hiver. Cette cause d'erreur peut cependant être écartée en grande partie, grâce aux données résultant de longues observations et qui sont exposées au § VI du présent chapitre.

Ecume au devant de la bouche et du nez. — Cette écume se présente au-devant de la bouche ou des fosses nasales sous forme d'une petite masse blanche, à bulles très fines égales entre elles, analogue à la mousse légère d'eau de savon ; quelquefois elle est teintée en rose. On peut la faire

peu abondanlcde vapeur d'eau. C'est ainsi que lorsqu'on exhume un cadavre enfermé dans une bière bien close, ou trouve souvent l'épidorme des pieds et des mains très fortement macéré. Il en est de môme pour les cadavres conservés dans les cases, hermétiquement fermées, de l'appareil frigoriûquc de la Morgue.

Sortir en plus grande abondance en comprimant le thorax; elle augmente aussi de quantité quand la putréfaction commence. Souvent celle qui sort en premier lieu est parfaitement blanche et celle qui lui succède offre la teinte rose mentionnée plus haut.

- Ce signe n'est pas constant ; mais quand il existe chez un sujet retiré de Teau, il constitue une forte présomption que la submersion a eu lieu pendant la vie, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au § I.

Dépôt d'algues sur le corps. — Les cadavres qui ont séjourné assez longtemps dans Teau sont quelquefois recouverts, sur les parties non protégées par les vêtements, d'une substance visqueuse» d'un gris noirâtre, qu'on prend généralement pour de la vase. En examinant cette substance sous l'eau, on constate qu'elle est constituée par des filaments atteignant un ouplusieure centimètres de longueur. Ce sont des algues qui se sont développées sur la peau et qui ont été salies ensuite par divers corps étrangers. Il faut au moins une semaine pour que ces algues commencent à apparaître.

§ III. — Signes internes.

Augmentation de volume des poumons. Ecume dans les voies aériennes. — L'augmentation de volume est quelquefois extrémementprononcée. Les poumons semblentcomme insufflés ; leurs bords sont mousses et arrondis et recouvrent presque complètement le cœur ; ils conservent l'empreinte du doigt comme un tissu œdématié. Ils font saillie à l'ouverture du thorax et souvent ils gardent l'empreinte des cotes. On remarque quelquefois aussi à la surface des poumons des plaques plus ou moins larges d'emphysème.

Cette tuméfaction des poumons est occasionnée par une écume à bulles très fines, égales entre elles, tenaces, qui remplit les ramifications bronchiques et s'étend jusque dans les alvéoles pulmonaires. On la voit sourdre de tous les points de la surface d'une coupe du poumon, spontanément ou sous l'influence d'une pression légère. Elle rem-

plit quelquefois aussi la trachée, le larynx, le pharynx et les fosses nasales.

. En expliquant plus haut comment se produisait cette écume, nous avons dit aussi qu'elle ne se formait pas chez tous les noyés, mais seulement chez ceux qui ont respiré sous Teauv Sur les cadavres putréfiés, on n'en trouve jamais ; s'il en existait primitivement, une partie est chassée au dehors sous Tinfluence de la pression que les gaz qui se développent alors exercent sur les poumons, et elle vient former au-devant de la bouche et du nez le champignon de mousse dont nous avons parlé plus haut; l'autre partie revient à Tétat liquide, et passe par transsudation dans les cavités pleurales. C'est ainsi qu'à l'autopsie des noyés putréfiés on trouve souvent les poumons affaissés, réduits de volume, et les plèvres remplies d'une quantité abondante ,de liquide teinté par la matière colorante du sang.

Eau, corps étrangers dans les voies respiratoires. — On trouve quelquefois aussi dans la trachée et les grosses bronches une quantité plus ou moins grande d'eau liquide, non écumeuse. La pénétration de cette eau peut, ainsi que nous le verrons, se produire après la mort du sujet immergé.

Les corps étrangers que tient en suspension l'eau ou le liquide dans lequel a lieu la submersion sont aspirés par le noyé et pénètrent ainsi non seulement dans les grosses bronches, mais encore dans les plus petites ramifications de ces conduits et jusque dans les alvéoles pulmonaires.

On trouve parfois dans les bronches des débris alimentaires provenant de l'estomac. Pendant la submersion, des vomissements se produisent en effet quelquefois et le contenu stomacal, au lieu d'être rejeté au dehors, peut être attiré dans les voies respiratoires par une inspiration convulsive. Ces débris alimentaires, en oblitérant plus ou moins complètement la trachée ou les bronches, peuvent contribuer dans une certaine mesure à amener la mort, — Sur les noyés, comme sur les autres cadavres, la masse alimentaire peut être chassée de l'estomac, après la mort, sous l'influence du développement des gaz de putréfaction et pénétrer en partie par les voies aériennes. Nous avons

VU que les déplacements brusques ou certaines pressions exercées sur un cadavre non putréfié, pouvaient avoir ce même résultat (page 91).

Congestion pulmonaire; ecchijmoses sous -pleurales. — La congestion pulmonaire n'est pas constante dans la mort par submersion ; il est môme assez rare qu'elle soit très accentuée.

Les ecchymoses sous-pleurales bien limitées, petites et nettes, telles qu'elles ont été décrites plus haut, sont rares chez les noyés. Elles peuvent cependant se rencontrer, surtout quand la submersion a été très rapide, le corps restant constamment au-dessous de l'eau, et aussi quand il s'agit de nouveau-nés ou de très jeunes enfants.

Mais il est fréquent de voir à la surface du poumon de larges plaques rouges ou roses, plus ou moins nettement limitées et dessinant des sortes de marbrures. Nous nous sommes assuré que ces plaques, ou du moins un certain nombre d'entre elles, sont constituées comme les ecchymoses ponctuées, par un épanchement sanguin sous-pleural ; il s'agit d'une véritable hémorragie, en nappe extrêmement mince.

Eau dans V estomac. — On trouve fréquemment de l'eau dans l'estomac des noyés ; elle est déglutie sans doute au moment où l'eau commence à entrer en contact avec le pharynx dans les premières phases de la submersion. Sa quantité peut atteindre et dépasser un litre ; ordinairement elle est beaucoup moindre, et peut être d'ailleurs assez difficile à apprécier exactement quand elle est mélangée à des aliments. Quelquefois on trouve l'estomac complètement vide.

L'eau pénètre parfois dans l'intestin et peut même arriver, dit-on, jusque dans le cœcum. Mais le fait est difficile à reconnaître, à moins que le liquide submergeant n'ait une couleur particulière ou ne contienne en suspension des substances faciles à caractériser.

Eau et corps étrangers dans Voreille moyenne, — Par suite des efforts d'inspiration ou de mouvements de déglutition, le liquide submergeant peut pénétrer dans la trompe d'Eustache et arriver jusque dans l'oreille moyenne en en- ViBERT. Médecine légale. 7« èdit. 10

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traînant avec lui quelques-uns des corpuscules qu'il tient en suspension.

Pour constater la présence de l'eau ou de corps étrangers, on peut ouvrir Toreille moyenne *, ou plus simplement, essuyer soigneusement le conduit auditif externe, placer un spéculum auriSy s*assurer que le tympan est intact, et perforer ensuite cette membrane à Taide d'un trocart qui sert en môme temps à aspirer le contenu de la caisse.

Etat du sang, — En général le sang des noyés est non seulement liquide, comme celui de tous les asphyxiés, mais encore d'une très grande fluidité, comparable à celle de Teau ; en môme temps il est d'une coloration moins intense. Cet aspect est souvent très remarquable, notamment sur le foie; cet organe laisse écouler du sang qui semble dilué par l'addition d'une certaine quantité d'eau. Cette fluidité du sang explique la facilité avec laquelle saignent les plaies sur le cadavre des noyés, la rapidité avec laquelle se font la transsudation et rimbibition, etc.

On ne trouve presque jamais de caillots dans le cœur à l'autopsie des noyés 2.

Autres signes de submersion. — Dans ces derniers temps on a indiqué d'autres signes que l'on pourrait rencontrer chez les noyés. — L'œdème des tissus entourant Tépiglotte se rencontrerait chez beaucoup de noyés ; mais d'après Max Richter^ cet œdème se produirait aussi bien après la mort ; il l'aurait constaté dans près de la moitié des cas en expérimentant sur des cadavres d'enfants ou sur des larynx d'adultes qu'il plongeait dans l'eau courante.—- Le D^ Moreau (de Charleroi) a signalé la présence dans la vessie d'une grande quantité d'urine claire et peu colorée,

1. Le manuel opératoire est indiqué plus loin, à roccasion de Tinfan Ucide.

2. Ce fait ne lient pas à la dilution du sang. Les divers expérimenlatours ont constaté, depuis longtemps déjà, que chez les animaux noy's, il y a toujours des caillots dans le cœur aussitôt après la mori, mais ces caillots se dissolvent ensuite peu à peu, et le sang redevient complètement litjuide.

• 3. Wiener klin, Wochenschrift, 1899.

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