SUFFOCATION
de trouver dans Tétai des divers organes les éléments d'une description d'ensemble pouvant être utile au médecin et il est préférable de passer immédiatement à Tétude dechaque groupe particulier.
§1. — SnlTocation par occlnslon de la bouche et du nez.
C'est là un genre de mort dont sont surtout victimes les nouveau-nés et les très jeunes enfants. Il constitue un procédé assez fréquent de Tinfanticide ; la bouche et le nez sont oblitérés par la main, ou bien par un morceau d'étoffe ou quelque autre objet mou. Dans le premier cas on trouve presque toujours les marques des ongles ou des doigts ; dans le second cas, toute trace extérieure de violences manque généralement.
La suffocation accidentelle des jeunes enfants couchés avec une autre personne dans un même lit a été étudiée dans le chapitre de la mort subite (p. 78).
Chez radulle, le meurtre par obturation des orifices respiratoires est presque toujours accompagné d'autres violences : strangulation, compression du thorax ou de l'abdomen, etc. Cependant en Amérique et en Angleterre un procédé très usité 6 une certaine époque par les criminels consistait à appliquer des vêtements ou un masque de poix au-devant de la bouche et du nez de leurs victimes. — Ce mode de suffocation peut aussi se produire accidentellement chez l'adulte ; un individu, profondément ivre ou privé de connaissance pour une autre cause, peut être hors d'état d'écarter l'obstacle qui empêche l'entrée de l'air dans la bouche et les narines.
Quand l'occlusion de la bouche et du nez a été faîte violemment on retrouve presque toujours des ecchymoses, des érosions, des petites plaies contuses qui mettent sur la voie de la vérité. — Les signes internes sont tirés surtout de Tétat des poumons. Ces organes sont ordinairement congestionnés, mais cette congestion est quelquefois peu accentuée et il n'est pas très rare de la voir manquer complètement. 11 est de règle de rencontrer des ecchymoses sous-pleurales souvent très abondantes, môme quand la
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congestion pulmonaire n'existe pas ; les exceptions à cette règle sont peu fréquentes, mais cependant incontestables. On peut rencontrer aussi une quantité plus ou moins abondante d'écume dans les voies aériennes, et des plaques d'emphysème sous-pleural parfois fort étendues *.
11 faut savoir que ces signes internes peuvent faire complètement défaut dans les cas où la suffocation n'est cependant pas douteuse ; tous les auteurs en ont signalé des exemples. Il nous a semblé que ces signes manquent surtout dans les cas où la suffocation survient accidentellement, insidieusement, sans que la victime se soit débattue.
§ II. — SafTocatlon par introdnctlon de corps étranglera dans les voles aériennes.
Une partie des faits de ce genre appartiennent à l'histoire de l'infanticide; le nouveau-né est tué en effet quelquefois par l'introduction dans le pharynx d'un tampon de linge, de chiffons, de papier, etc.
Chez l'adulte, il est bien rare que de telles manœuvres soient exercées. Nous avons autopsié une femme de 7G ans bien portante et assez vigoureuse pour son âge, qui avait été assassinée par deux individus. On lui avait introduit un tampon de linge dans la bouche avec assez de violence pour qu'une des dents incisives ait été luxée. A part une égratignure de 3 centimètres sur une lèvre, il n'y avait pas de marques de violence sur le corps, sauf aux mains qui étaient attachée^ ensemble par une ficelle. Les poumons présentaient de nombreuses ecchymoses sous-pleurales ; ils étaient très congestionnés et surtout extrêmement œdématiés. Le cœur était rempli de sang liquide.
La suffocation accompagne plus souvent d'autres violences.
Taylorcite un cas où l'on trouva à l'autopsie d'une femme, qui avait d'ailleurs plusieurs fractures de côtes, un bouchon de bouteille fixé solidement à la partie supérieure du
1, On trouvera dans les notes des pages 127 et 128, une explication du mécanisme suivant lequel ces diverses lésions peuvent se produire d'une façon plus ou moins accentuée suivant les cas.
Signes de la strangulation à la main. — On trouve presque toujours sur la partie antérieure du cou, et principalement au niveau ou autour du larynx, des traces de la violence exercée. Ces traces consistent soit en des ecchymoses, correspondant plus ou moins exactement par leur forme el leurs dimensions à Textrémité de la pulpe des doigts, soit en des érosions produites par les ongles. L'érosion unguéale type est linéaire, légèrement curviligne, et reproduit exactement Tempreinte de Textrémité libre de Tongle, de sorte qu'on peut reconnaître dans quelle direction a été appliqué le doigt qui Ta produite. Très souvent l'empreinte n*a pas cette netteté ; par suite des mouvements soit de la victime, soit de la main du meurtrier, Tongle glisse et produit une écorchure plus ou moins longue, plus ou moins élargie, à l'extrémité de laquelle on retrouve quelquefois le petit fragment d'épiderme détaché par le grattement. — Dans quelques cas, les empreintes unguéales sont nettes, peu nombreuses, et Ton peut déterminer ainsi dans quelle position la main a agi : généralement on trouve alors une empreinte unique sur le côté droit du cou, et trois ou quatre empreintes sur le côté gauche. On enseigne dans les traités classiques qu'une telle disposition indique que la strangulation a été opérée avec la main droite, et qu'une disposition inverse prouve que c'est la main gauche qui a agi, que par conséquent le meurtrier était sans doute gaucher. Cette conclusion ne nous semble pas toujours légitime, car on conc^'oit qu'une main droite, portée sur le cou en pronation forcée, produise une empreinte analogue à celle de la main gauche placée dans la situation ordinaire, intermédiaire entre la pronalion et la supination.
Le plus souvent les empreintes sont nombreuses parce que la victime se débat et que le meurtrier réitère ses efforts. Parfois ces lésions sont innombrables et existent également sur la face, autour de la bouche et du nez, car il arrive fréquemment que le meurtrier, en même temps qu'il étrangle sa victime, s'efforce de l'étouffer, en lui fermant les orifices de la bouche et du nez.
Pour la même raison, les lésions profondes du cou sont souvent nombreuses et graves. Les ecchymoses sous-
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cutanées et inlermusculaires sont presque constantes. Une lésion que nous avons rencoulréc assez souvent, et qui nous paraît presque caractéristique est le décollement de la trachée, ou même du larynx ou d'une portion de muscle. Ces organes sont arrachés en partie de leurs connexions naturelles, et dans la cavité ainsi formée se trouve un épanchement sanguin parfois fort abondant. — Les ecchymoses et la déchirure des carotides, les fractures de Tos hyoïde, du larynx ou de la trachée sont plus rares. On a vu aussi le larynx déformé, aplati transversalemeni, sans être fracturé. Quant à l'état des organes respiratoires et de Tencéphale, nous renvoyons à ce qui a été dit à propos de la strangulation avec un lien.
S III. — La mort est-elle bien le résultat de la
strangrulation ? DIagrnostIc dlfTérentiel
avec la pendaison.
La strangulation peut passer inaperçue si elle aélé elTectuée avec un lien mou tel qu'un foulard, un linge, etc., qui n'a pas laissé de sillon, mais seulement quelques traces à peine appréciableset d'une interprétation douteuse. Cependant le diagnostic peut souvent encore être fait grAce à la réunion des signes que nous avons indiqués ou de quelques-uns d'entre eux : congestion de la face avec pointillé hémorragique, suffusions sanguines des conjonctives, ecchymoses et autres lésions des parties profondes du cou, congestion et emphysème des poumons, ecchymoses souspleurales.
La strangulation a été quelquefois diagnostiquée par erreur. Cette erreur tient à ce que le col de la chemise ou de la cravate, ajustés d'une façon un peu étroite, laissent sur le cou un sillon analogue à celui de la strangulation. Ce 8iIIon,d*abord trèssuperticiel, devient plusprofond à mesure que les parties se tuméfient par le fait de la putréfaction. L'origine du sillon peut être reconnue par la situation qu'il occupe et qui correspond exactement à la partie resserrée des^vôtements. 11 est inutile d'ajouter que cette constriction post mortem n'occasionne pas de lésions profondes du cou.
— Sur les cadavres de nouveau-nés el de petits enfants, on aperçoit souvent aussi sur le cou des pseudo-sillons qui se forment au niveau des plis de flexion et d'extension de la tôle (voir le chapitre de Vinfanticide).
La strangulation à la main produit presque toujours ua assez grand nombre de blessures du cou que nous avons indiquées plus haut. Elle ne pourrait guère être méconnue que dans les cas d'inhibition, d'ailleurs fort rares, signalés au paragraphe précédent. L'erreur inverse, qui consiste à diagnostiquer à tort la stangulalion, est plus facile. On rencontre en effet quelquefois, notamment chez les individus qui ont succombé à une hémorragie cérébrale ou méningée, à une fraclure du crâne, des ecchymoses plus ou moins étendues et abondantes dans le tissu cellulaire prévertébral du cou et aussi en divers points de la gaine des carotides *. D'autre part, ainsi que le fait remarquer Hofmann*, on trouve quelquefois le larynx fracturé chez des individus écrasés, tombés de haut» soit que le larynx ait été atteint directement, soit qu'il ait été violemment tiraillé par une extension brusque et considérable de la tête sur lecou. On pourrait supposer en pareil cas que la victime a été étranglée, puissoumi^e à d'autres violences pour faire croire h un suicide ou à un accident ; un tel diagnostic ne serait légitime que si Ton avait constaté sur la peau des traces bien nettes de l'action de la main.
Il peut arriver que le cadavre d'un individu étranglésoit ensuite pendu pour faire croire à un suicide.
Ouand la strangulation a été opérée avec les mains, il y a des éléments sérieux de diagnostic. A côté du sillon et des autres lésions produites par le lien suspenseur, on
i. Chezun vieillard amené à la Morgue comme étranglé, et qui était mort en réalité d'une vasle hémorragie cérébrale de Ihémisphère droit, nous avons trouvé à la parlie postérieure du pharynx une ecchymose •le 3 contim. de diaiuètre,et plusieurs ecchymoses sur toute Télendue de la^^^aine de lacarolidegaurhe. — Le soupçon de strangulation ne reposait que sur les commérages de deux femmes qui avaient remarqué que la cravate du défunt était serrée, et qui en avaient conclu qu'il s'était sans doute étranglé.
2. Conditions dans lesquelles se produisent les fractures du larynx. (Arch.de l'Anthr. crimin., juillet 1886.)
trouve sur le cou les traces des ongles et des doigts, et en outre les lésions des parties profondes du cou, lesquelles sont presque toujours plus nombreuses, plus accentuées que dans la pendaison, toujours accompagnées d'un épanchôment sanguin, et dont le siège ne coïncide pas avec le sillon de pendaison.
Lorsqu'il s'agit d'un individu étranglé avec un lien, le diagnostic peut être très délicat. Quand le lien a été déplacé ou remplacé par un autre, il est difficile que le sillon de strangulation coïncide exactement avec celui de pendaison, et l'examen de ces deux sillons comparés à la disposition de Tanse qui suspendait le corps met sur la voie de la vérité. Mais il arrive quelquefois, ainsi que Lesser* en rapporte des exemples, que le lien qui a opéré la strangulation soit suffisamment serré pour qu'il ne se déplace plus du tout quand on attache ses bouts à un objet pour suspendre le cadavre et simuler une pendaison.
En tous cas, le diagnostic différentiel peut s'aider des constatations faites d'une part sur les parties profondes du cou où les ecchymoses, les décollements, les fractures du larynx s'observent bien plus souvent chez les étranglés que chez les pendus, et d'autre part de la congestion de la face avec pointillé hémorragique, suffusions sanguines des conjonctives, de l'emphysème pulmonaire, signes qui n'appartiennent guère à la pendaison.
i IV. — La strang^latlou résulte-t-elle d'un homicide, d'un suicide on d'un accident ?
Il est impossible qu'un individu parvienne à s'étrangler en s'appliquant les mains autour du cou ; la constriction cesserait au moment où surviendrait la perte de connaissance et la respiration se rétablirait bientôt. Du reste, bien que des aliénés aient souvent essayé de se suicider par ce moyen, on n'a jamais vu qu'une de ces tentatives ait réussi. La strangulation effectuée avec les mains est toujours le résultat d'un homicide.