‹ Précis de médecine légaleChapitre 77 sur 410 · RÉSISTANCE AU FROID · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE AU FROID

degré d'abaissement de la température du milieu ambiant qui détermine la mort ou des accidents graves. Ily a à cet égard des différences considérables non seulement suivant les sujets, mais aussi suivant les circonstances non individuelles, qui dépendent de ce que Ton peut appeler la qualité du froid.

Ainsi des navigateurs ont pu supporter facilement des températures de — 40 et même de — 50**; plusieurs fois des personnes ont été retirées vivantes de la neige après y être restées ensevelies longtemps (jusqu'à douze jours?) ; tous les ans dans les contrées septentrionales, et en France pendant l'hiver 1879-1880, l'immense majorité des habitants supportent parfaitement un froid qui atteint et dépasse — 20<>. D'un autre côté, une température qui n'atteint pas — 2° peut tuer des adultes vigoureux : c'est ce que Ton a vu notamment en Algérie, lors de la retraite de Bou-Thaleb (2-4 janvier 1845) où '229 soldats, sur une colonne de 2800 hommes, périrent de froid, et aussi dans le môme pays, le 28 mars 1879, où en l'espace de quelques heures, pendant une étape ordinaire, dans un simple changement de garnieon, 19 hommes sur 350 succombèrent *.

De pareils contrastes s'expliquent, en dehors de la différence du vêtement, par les conditions météorologiques qui accompagnent l'action du froid et dont les principales sont le vent et l'humidité. Le vent rend le froid non seulement plus pénible, mais aussi plus dangereux. Le navigateur Parry a remarqué qu'une température de — 46*» avec un temps calme n'était pas plus incommode que — 17® avec la bise ; lors de la catastrophe de Bou-Thaleb, et dans d'autres cas analogues, le vent soufflait très violemment. — Le froid humide est moins bien supporté que le froid sec : l'air humide, meilleur conducteur, soustrait une plus grande quantité de chaleur au corps, les vêtements mouillés par l'eau, la pluie ou de la neige, refroidissent le corps non seulement en raison de leur conductibilité, mais aussi

i . Epidémie de congélation par le D' Lebastardier (in Recueil de mémoires de médecine militaire^ analysé dans Annales d'hyg, publ, et de méd. lég., 1 881 , 3e série, t. VI.

198 MORT PAR l'action DU FROID

en raison de Tévaporation qui se fait à la surface. — La neige fondante refroidit et par sa conductibilité et par la quantité de chaleur dont elle s'empare pour opérer son changement d'état. C'est à ces circonstances, à l'imprégnation des vêlements par la neige fondue, par Teau des rivières qu'il avait fallu traverser un grand nombre de fois, à l'intensité du vent qui soufflait alors, qu'on doit surtout attribuer la catastrophe survenue au mois de mars 1879, en Algérie.

Les différences qui tiennent à Tindividu sont aussi très marquées. Les enfants se refroidissent très rapidement ; un nouveau-né succombe après quelques heures d'exposition à une température qui ne descend pas jusqu'à 0, s'il n'est pas bien protégé par des vêtements. Les gens débilités par une cause quelconque, les vieillards, résistent moins que les adultes vigoureux. Une alimentation abondante permet de beaucoup mieux supporter le froid ; au contraire^l'inanition même peu prolongée, la privation d'aliments pendant un jour, la suppression d'un seul repas, sont des causes puissamment adjuvantes de l'action du froid : c'est ainsi que les soldats qui succombèrent dans la retraite de Bou- Thaleb n'avaient pas pris de nourriture. — L'alcoolisme aigu diminue aussi considérablement la résistance au froid ; l'alcool 'abaisse par lui-même la température, et en outre le froid exagère ou fait apparaître brusquement les effets de l'ivresse. C'est ainsi qu'il arrive que des buveurs, en quittant le cabaret échauffé, sont pris rapidement, à l'air froid extérieur, d'une ivresse profonde et tombent pour ne plus se relever. — Le sommeil non alcoolique, auquel sont souvent portés presque irrésistiblement les gens exposés au froid, augmente encore le danger de celui-ci.

§ II. ^ Symptômes. Mécanisme de la mort.

Le premier symptôme apparent de l'atteinte grave de l'organisme par le froid est une somnolence qui aboutit ■ bientôt à un sommeil profond, ou plutôt à un «assoupissement léthargique », suivant l'expression de Larrey, étal

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