SYMPTÔMES. MÉCANISME DE LA MORT
qui se rapproche parfois beaucoup de la mort apparente. En même temps, la respiration et les battements cardiaques sont considérablement affaiblis, la sécrétion urinaire et probablement toutes les autres fonctions de l'organisme sont à peu près supprimées. Le malade est, en somme, dans un état analogue à celui des animaux hibernants.
La température centrale est toujours abaissée et ne se relève pas dèsque le sujet est soustrait à l'action extérieure du froid. Cet abaissement peut être considérable ; Peter a constaté 26» dans le vagin d'une femme qui guérit, — dans un cas de Bourneville, le thermomètre marquait 27,5 ; le sujet mourut.
Il est à noter que rabaissement de la température du corps peut même persister assez longtemps après que les autres fonctions organiques ont commencé à se rétablir. C'est ce qui résulte du moins d'une observation du D*" Didier. Il a vu un vagabond de 52 ans, atteint d'ailleurs d'inanition autant que de froid, amené comme mort à l'hôpital, sans pouls, sans apparence de respiration. La température rectale était de 31,2. Pendant trois jours, le malade resta dans le même état ; puis les fonctions se rétablirent lentement ; il put se lever, alors que Thypothermie persistait aux environs de 32. C'est seulement au huitième jour que la température se releva et dès lors la convalescence fut rapide *.
Il est probable que les causes principales de la mort résident dans une sorte de paralysie du système nerveux résultant de l'action violente et prolongée du froid sur les nerfs cutanés et dans l'abaissement de la température centrale.
On a invoqué la congestion des organes internes, notamment des poumons et du cerveau, produite par l'afflux du sang contenu dans les vaisseaux périphériques qui se contractent et se vident sous l'influence du froid. Mais en réalité ces congestions manquent très souvent, ainsi que le montrent les autopsies, et ne sauraient être considérées
i . Didier, Notes sur plusieurs cas de congélation^ Journal de méd. de Paru, 1904.
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par conséquent comme un effet constant de Faction du froid.
La mort a élé encore expliquée par la congélation du sang (Pouchet)*, qui occasionnerait aussi des thromboses et des embolies. Il est vrai que la congélation détruit les globules rouges, ou du moins les dépouille de leur hémoglobine qui se dissout dans le plasma. Mais cette explication ne convient guère à la majorité des cas, car les sujets succombent presque toujours avant qu'une quantité notable du sang ait été congelée, et môme il arrive très souvent dans nos climats que la congélation manque complètement.
§ III. — État des cadavres, congélation.
La pâleur de la peau est un phénomène cadavérique trop fréquent pour avoir une valeur diagnostique chez les individus morts de froid ; d'ailleurs si cette pâleur est souvent trèsaccentuée chez ces sujets, elle est quelquefois remplacée par une teinte rouge ou violacée disposée uniformément ou par plaques, ou bien par traînées le long des vaisseaux.
La chair de poule y la rétraction du scrotum et du pénis se remarquent aussi sur des cadavres d'individus ayant succombé à d'autres causes qu'au froid.
Sur tous les cadavres qui ont élé exposés au froid pendant un temps sufGsant, le tissu adipeux devient plus dur et prend une consistance analogue à celle du suif ; ce phénomène est d'autant plus marqué que la couche du tissu cellulo-adipeux est plus épaisse ; il est ordinairement très frappant chez les petits enfants. Mais cette modification de consistance de la graisse est un phénomène physique qui se produit après la mort, et qui ne constitue nullement une preuve que l'individu a subi l'action du froid pendant qu'il vivait, comme le croient quelques médecins.
On ne peut citer d'altérations des divers organes internes qui aient été assez fréquemment rencontrées pour qu'on
1. Pouchet, Recherches expérimentales sur la congélation des animaux (i>i Journal de l'anatomie de Robin, Ifi