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MORT PAR FULGURATION

brûlures de la peau sont en forme de sillons, ou de points, ou de larges plaques, elles sont dans ce dernier cas souvent étendues mais presque toujours superficielles ; il est rare qu'elles s'accompagnent de phlyctènes.

Outre les brûlures, on observe quelquefois des ecchymoses, et plus rarement des plaies au niveau du point de pénétration de la foudre ; dans un cas le crâne était brisé comminutivement. On a noté plusieurs fois la rupture du tympan, qui peut être attribuée au bruit de la foudre et au refoulement violent de l'air. — Parfois aussi il y a des blessures occasionnées par la projection des objets voisins.

Toutes ces lésions ne sont pas constantes, et le cadavre des foudroyés ne présente quelquefois aucune trace extérieure de violences. — II en serait notamment ainsi dans les cas de choc en retour.

Autopsie» — Dans certains cas rares on a rencontré des lésions Iraumatiques des parties internes, l'ouverture de vaisseaux, la déchirure de la substance cérébrale. Le plus souvent on observe seulement les caractères anatomiques qu'on note ordinairement sur les cadavres des asphyxiés : liquidité du sang, réplétion du cœur droit et des gros troncs veineux, congestion pulmonaire, ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardlques, quelquefois aussi congestion cérébrale. Ces divers signes, et surtout Thyperhémie des poumons et les ecchymoses ponctuées, sont d'autant plus accentués en général que la mort a été moins prompte*.

1. Prévost et BtiaeWi (Journ, de physiol. et de palhol. générales^ 1899) ont étudié les cfTets des déchckrges d'électricité statique sur les animaux. Us divisent ces effets en cinq phases, proportionnelles à Téjicrgie employée, et aussi aux espèces animales et au poids des animaux. Dans la V^ phase : contraction musculaire généralisée, unique, sans autre efl'el appréciable ; 2* phase : convulsions cloniques ; le centre respiratoire n'est pas encore fortement atteint, et l'animal se remetrapidement ; 3e phase : convulsions toniques ; arrêt, habituellement momentané, de la respiration thoracique ; 4^ phase : inhibition générale du système nerveux. Pas de convulsions, perte des réflexes ; arrêt absolu de la respiration thoracique. Les muscles lisses sont encoro excitables. Les oreillettes sont fréquemment arrêtées ; 5* phase : arrêt complet du cœur ; perte de Texcitabililé des muscles striés et des nerfs moteurs.

Les lésions macroscopiques observées offrent peu d'importance. On constate des phénomènes congestifs avec œdème pulmonaire^ des ecchy-

ACCIDENTS PAR L^ELECTRICITi INDUSTRIELLE 209

Survie. -7 Quand un individu ne meurt pas immédiatement après avoir été foudroyé, ou très peu d'instants après, il échappe en générai définitivement à la mort ; cependant dans certains cas le décès est survenu après des semaines et des mois. Dans les cas légers, l'individu atteint éprouve seulement, après la secousse, un engourdissement passager ; dans les autres cas, la fulguration détermine une perte de connaissance plus ou moins prolongée, puis le sujet conserve delà céphalalgie, une grande excitabilité du système nerveux, de l'insomnie ; il a des rêves où figure la vive impression lumineuse de l'éclair. Les troubles nerveux qui se développent parfois ultérieurement : paralysie, anesthésie, tremblement, etc., sont regardés comme étant généralement des manifestations d'une hystérie provoquée par l'accident. Toutefois,divers auteurs (Eulenburg, JoUinet) ont trouvé des lésions microscopiques du système nerveux, hémorrhagies capillaires, destruction de cellules, modificationsde noyaux, donnant lieu ultérieurement à des dégénérescences des nerfs ou des centres nerveux.

§ II. — Accidents produits par l'éiectricité industrieile.

Il s'agit ici de l'électricité dynamique employée sous forme de courants continus ou alternatifs. Cesderniers, quand leur fréquence est de 30 à 50 par seconde, ont, à peu de chose près, les mômes effets que les courants continus. Mais les courants de très haute fréquence (10.000 par seconde) ne produisent aucun effet nocif.

Les accidents résultent du contact du corps avec des conducteurs. Le contact est tantôt double (le sujet est touché par les deux bouts d'un fil rompu, ou par les deux câbles d'aller et retour du courant, par les deux pôles d'un commutateur, etc.) et tantôt simple, c'est-à-dire que la victime n'est touchée que par un conducteur du courant, mais elle repose sur le sol, ou est reliée à celui-ci par un corps conducteur, de sorte qu'elle est traversée par un courant dérivé.

moses sous-pleorales, surtout dans les cblh où la respiration est devenue dyspnéique sans être supprimée. La rigidité cadavérique est iiabituellement rapide et énergique.

YiBBBT. Médecine légale. V édit, 14

210 ACCIDENTS PAR l'eLECTRICITE INDUSTRIELLE

Les effets produits varient naturellement suivant Tintensité du courant» et aussi, dans une certaine mesure suivanl la durée du passage de celui-ci.

Mais avec des courants de même intensité, et de même tension, les effets produits sur l'organisme peuvent varier énormément.

(les différences tiennent d'abord à la résistance opposée par le corps au passage du courant, résistance qui varie dans des proportions considérables (de 500 à 15.000 ohms) suivant les vêtements, le degré d'humidité de ceux-ci ou de la peau, l'épaisseur de Tépiderme, etc. Les différences tiennent beaucoup aussi au trajet parcouru par le courant àrintérieurducorps;quandrencéphaieou le cœur se trouvent sur ce trajet, le danger est beaucoup plus grand. EnGn il y a sans doute aussi à tenir compte des tares organiques qui rendent moins résistants soit le système nerveux, soit le cœur, soit d'autres organes.

Le courant à 110 volts, tel que celui qui est employé ordinairement pour Téclairage, n'occasionne pas en général d'accidents graves, quand la durée du contact est courte. — Les courants de 500 à 800 volts, employés sur les réseaux de tramways, produisent des accidents beaucoup plus graves, mais non pas toujours mortels, si la victime reçoit à temps les soins appropriés.

Un effet constant de l'éiectroculion est la contraction musculaire qui parfois lance la victime à une grande distance, qui fléchit énergiquement les doigts, de sorte que les mains ne peuvent plus lâcher les conducteurs électriques, et que la gravité de raccidenl se trouve ainsi considérablement augmentée, le courant continuant à passer dans le corps. — Des brûlures se produisent alors au point de contact avec les conducteurs métalliques.

Les troubles nerveux se manifestent pardesphosphènes, dos bruits subjectifs, des vertiges, et souvent par une perte complète de connaissance.

La mort se produit par deux mécanismes principaux* :

4. Consulter sur celle question les travaux suivants : Grange, Des accidents produits par rêleetricilé dans son emploi industriel {Ann^

ACCIDENTS PAR l'ÉLECTRIGITÉ INDUSTRIELLE 2ii

arrêt du cœur produit surtout par les courants à tension relativement peu élevée, et troubles du système nerveux central résultant surtout des courants à haute tension. Dans ce dernier cas, la respiration artificielle peut quelquefois sauver la victime. C'est ainsi qu'en Amérique où l'en exécute par l'électrocution les condamnés à mort, on a vu un courant de 4 600 volLs ne produire qu'un état de mort apparente : en pratiquant la respiration artificielle par un soufflet introduit dans la trachée, le condamné a été rappelé à la vie.

Quand la guérison survient, elle est en général assez rapide dès que la respiration est rétablie. La victime con-

d'hyg, publ. et de tnéd. lég., 1885). — Bii-aud, Thèse delyon^ 1892. — Julius KraLler, DerTod durch Elektricilut. Leipzig^ 1896. — D'Ârsonval. Diverses communications à l'Acad. des Sciences, et enfin une série de mémoires de Prévost et Battelli, in Journ. de physioL et pathol. générales, 1899.

Ces derniers auteurs, qui ont en même temps contrôlé les travaux de leurs devanciei*s, sont arrivés à des conclusions précises et détaillées, dont voici, pour le médecin, les principales.

Les effets d'un même courant varient non seulement suivant l'espèce animale, mais aussi, et beaucoup, suivant le trajet offert au courant à rîDtérieur du corps, c'est-à-dire que si les deux pôles sont appliqués par exemple tout près du cerveau ou du coour, les effets éprouvés par chacun de ces organes sont plus intenses.

Avec les courants alternatifs à basse tension (jusqu'à 120 volts) on observe sur les chiens, lapins, cobayes etrats, des troubles nerveux peu graves : tétanos généralisé suivi de quelques convulsions cloniques, un peu d'atteinte de la sensibilité cutanée ; la respiration se rétablit toujours après une suspension dont la durée est en rapport avec l'intensité et la durée du courant. — Le phénomène le plus important a lieu du côté du cœur. Les ventricules présentent des trémulations tibrillaires pendant que les oreillettes continuent à battre. Chez le chien ces trémulations ventriculaires entraînent toujours la mort, parce qu'elles sont irrémédiables ; il continue à respirer un certain temps, puis meurt par le cœur. Chez le rat, ces trémulations s'arrêtent dès que l'on cesse l'électrisation. Les effets sur le cœur se produisent aussi bien après section préalable des nerfs vagues.

Avec les courants alternatifs h haute pression (1 200 à 4 800 volts) on n'observe plus de trémulations ventriculaires du cœur, mais des troubles graves du système nerveux central : arrêt de la respiration, perte de la sensibilité, prostration profonde, tétanos généralisé, perte des réflexes. Ici la respiration artiriciclle pf'ul sauver des animaux qui succomberaient sans elle ; toutefois les animaux (surtout les chiens) se rétablissent souvent spontanément.

Avec les courants continus, le mécanisme de la mort est le mémo, dans ses grandes lignes.

212 ACCIDENTS ^AR l'eLECTHICITÉ INDUSTRIELLE

serve seulement pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines quelques troubles nerveux : céphalalgie, vertiges, palpitations, secousses musculaires, parésies. Nous avons vu un w^attmann P... qui, parcourant à pied la voie, s'est trouvé dans une zone du sol électrisée, est tombé aussitôt sans connaissance en proie aux convulsions les plus vio*' lentes, et est resté dans cet état une douzaine de minutes au bout desquelles les assistants ont réussi à le retirer de la zone électrisée. Il n'a repris connaissance qu'au bout d'une heure, mais ensuite il a guéri très vite, n'éprouvant que des fourmillements et engourdissements douloureux dans une cuisse pendant deux jours. II s'était cependant brûlé si profondément aux mains (contact des rails ?) que les quatre derniers doigts de la main droite ont été complètement perdus*.

Mais quelquefois les électrocutés conservent pendant très longtemps des troubles plus ou moins graves du système nerveux. On rattache ordinairement ces troubles à l'hystérie, et celte interprétation nous paraît exacte dans beaucoup de cas. Toutefois, en dehors même de toute impression morale,une action électrique violente produit par elle-même des perturbations fonctionnelles telles que l'on conçoit qu'elles puissent parfois survivre longtemps à la cause qui leur a donné naissance. En outre, l'électricité occasionne quelquefois des altérations matérielles que l'on constate à l'autopsie, ou même pendant la vie (fond de l'œil), de sorte que certains électrocutés peuvent être atteints de véritables lésions organiques.

Quoi qu'il en soit, voici un exemple des suites laissées parl'él eclroculion. H..., 42 ans, maçon, s'est trouvé en contact avec des fils électriques qui l'ont brûlé au poignet gauche et à l'aine gauche, et ont enflammé une partie de ses vêtements. lia été dégagé presque aussitôt par ses camarades, et a repris connaissance au bout de quelques minutes. Il est resté paralysé de tout le corps pendant une

1. Les brûlures augmentent considérablement la résistance de la peau, diminuent ainsi l'iiltensilé du courant reçu par la victime et rendent par conséquent ses effets moins dangereux.

'heure environ, puis il a été pris de secousseé convuisives inlermiltentes qui se sont bientôt localisées au côté gauche. Nous avons examiné H... quinze mois apn'is l'accident. Il avait toujours des secousses dans les membres gauche^, surtout au membre inférieur, et douloureuses sur ce membre seulement, plus fréquentes la nuit ; — un tremblement continuel de la tète ; — des accès de vertiges se répétant plusieurs fois par jour ; il n'y avait pas de troubles de la sensibilité cutanée.

Les altérations cadavériques sont celles indiquées déjà à la page 208, c est-à-dire que Ton trouve ordinairement les signes de Tasphyxie, et parfois des lésions attribuables à Taction mécanique et électrolytique du courant. Ces lésions, sans parler des brûlures pu plaies cutanées, cousisient surtout en des hémorragies des centres nerveux : en Amérique on a noté plusieurs fois chez des électrocutés .pénalement des hémorrhagies capillaires sur le plancher des 4® et 3* ventricules (Mac-Donald). On aurait vu aussi des bulles gazeuses dans le sang, ainsi que sous les méninges TBchidiennes et encéphaliques.

Corrado* a étudié histologiquement les centres nerveux de chiens tués par des courants intenses. Il dit avoir trouvé constamment des lésions très accentuées d'un grand nombre de cellules encéphaliques, lésions intéressant le protoioplasma, le noyau et les prolongements; il croit pouvoir attribuer quelques-unes de ces lésions à la formation de bulles gazeuses dans l'intérieur des cellules et aussi à la coagulation immédiate du protoplasma.

La mort par inanition est quelquefois le résultat d'un crime ou d'une négligence coupable dont sont victimes des înGrmes, des individus séquestrés et surtout des enfants, 4iotamment ceux confiés à des nourrices mercenaires qui

1 . Gorrado, Di alcune alterazioni délie cellule nervose nella morte per eleitricila. Napoli, 1898.

les laissent périr en les privant de nourriture ou en ne leur donnant qu'une quantité insuffisante. Quelquefois aussi l'expert est chargé de rechercher si un malheureux dénué de ressources, trouvé mort sur la voie publique, a succombé à la faim ou à une autre cause.

Il y a lieu de distinguer Vinanition (Temhléey dans laquelle le sujet est privé complètement de nourriture, et Vinanition progressive, atteignant les individus qui reçoivent encore des aliments, mais en quantité très insuffisante.

SI- — Inanition d'emblée.

Le temps pendant lequel peut être supportée la privation d'aliments varie beaucoup suivant les circonstances. Chez Tenfant nouveau-né Tinanition entraîne la mort assez rapidement. Hofmann cite une série de cas d'atrésie congénitale et complète du duodénum ou de l'œsophage, dans lesquels la survie fut en général de trois à cinq jours ; elle atteignit une fois douze jours.

L'adulte peut supporter beaucoup plus longtemps la privation d'aliments, surtout quand il n'est pas privé en même temps de toute boisson. Sans parler des maladies fébriles qui s'accompagnent parfois d'une diète de plusieurs semaines, on sait depuis longtemps que certaines hystériques restent des mois entiers en ne prenant ou en ne gardant qu'une quantité extrêmement minime de nourriture : chez elles le mouvement nutritif est en quelque sorte arrêté sans qu'il en résulte souvent de troubles fonctionnels graves*. Même chez des individus qui ne sont pas hystériques et qui paraissent dans des conditions physiologiques normales, le jeûne peut être supporté fort longtemps. On a vu dans ces derniers temp< diverses personnes (le D' Tanner, Succi,Merlatti,etc.^ donner, à litre d'expérience volontaire, le spectacle d'une alxlinence prolongée pendant un mois ou plus longtemps encore : 48 jours chez Merlatti qui avait perdu un peu plus du quart de son poids à la fin de Texpérience. Tous ces jeûneurs ont conservé leur activité phy-

i. Empereur, De la nutrition dans rhysterî.», thfse de Paris^ 1876.

INANITION d'bMBLÉE 215

sique et intellectuelle, et n'ont pas présenté de troubles graves de la santé.

Mais tous ces cas peuvent être qualifiés d'exceptionnels, même ceux du D"" Tanner et de ses émules, car les expérimentateurs dont il s'agit étaient placés dans des conditions hygiéniques excellentes et étaient parfaitement libres de faire cesser leur jeûne dès qu'ils auraient craint de le voir devenir dangereux *.

Il n'en est pas de môme quand le jeûne est imposé par une catastrophe (séquestration dans une mine, naufrage, etc.) ou par une idée de suicide. Ici, la dépense de forces physiques, la lutte contre- le froid viennent hâter les effets de l'inanition, effets qui, d'un autre côté, sont considérablement aggravés par la dépression morale. Aussi, dans les cas de ce genre, la résistance est-elle beaucoup moins longue. Cependant elle dépasse souvent, et parfois de beaucoup, la moyenne d'une semaine. Il est même assez rare de trouver des observations où l'inanition seule a amené la iftort en moins de douze jours; au contraire on

1. L'exemple do ces jeûneurs volontaires (à propos desquels l'hypothèse d'une supercherie parait devoir être écartée) montre d'une manière frappante le rôle considérable que joue la dépression morale, l'idée Hxe et intense d'un grave péril dans les phénomènes de l'inanition. Il est à remarquer que cette idée fixe manque chez les fébricitants et chez les hystériques qui supportent un très long jeûne. Il est bien vraisemblable qu'elle manque également chez les animaux mémo les plus intelligents. Or, certains animaux parmi ceux dont l'organisation se rapproche le plus de l'homme, peuvent supporter très longtemps le jeûne. Les chiens ne meurent qu'au bout de 30 ou 40 jours en moyenne ; Falk en a conservé un pendant 62 jours, sans lui donner ni aliment, ni boisson. Pendant les dix ou quinze premiers jours, les animaux ne paraissent pas souffrants, ni très notablement aiïaiblis. D'ailleurs, il y a longtemps que Chossat avait remarqué que les animaux ne mouraient d'inanition que lorsqu'ils avaient perdu environ 40 0/0 de leur poids (ce qui arrive plus ou moins vite suivant les espèces). Or, chez l'homme, l'inanition n'a peut-être jamais été supportée à un tel point.

On peut donc dire que le jeûne prolongé occasionne la mort chez l'homme moins par inanition proprement dite que par suite de troubles nerveux qui résultent d'une auto-suggestion intense, troubles auxquels il faut rattacher sans doute le délire et les hallucinations que l'on observe parfois en pareil cas. Que cette auto-suggestion disparaisse ou soit remplacée par une suggestion de sens contraire, les effets do l'Inanition subsisteront seuls et pourront être supportés beaucoup plus longtemps.

ciie bon nombre de cas parfaitement observés où la privation complète de tout aliment a été supportée pendant dix ou onze jours sans que la santé ait été gravement compromise. Parmi les cas où la durée de l'inanition paraît avoir été beaucoup plus longue, nous citerons les suivants. Un individu condamné à mort pour meurtre se laisse mourir de faim et succombe au bout de 63 jours pendant lesquels il n'avait pris que de l'eau *. Un vieillard de 65 ans, enfermé dans une mine où il n'a pu boire qu'un peu d'eau, a été retrouvé vivant au bout de 23 jours, mais mourut 3 jours après 2. Deux hommes auraient supporté la privation complète d'aliments, mais non de toute boisson, pendant ôO jours pour l'un et 63 jours pour l'autre. Falreta vu des aliénés supporter l'inanition pendant 40 jours.

Dans les quelques cas où l'on a pu observer de près ce qui se passe au cours d'une inanition grave ou mortelle, voici ce qui a été noté. La sensation de la faim disparaît vite, et les troubles des diverses fonctions ne deviennent prononcés qu'assez tardivement (après le cinquième jour dans l'observation de Casper). L'haleine est fétide et la peau exhale aussi une odeur infecte. La bouche se sèche, la langue se recouvre d'un enduit épais; les fèces deviennent de plus en plus rares, dans les derniers jours il peut y avoir de la diarrhée. Les urines ne se suppriment pas, mais sont peu abondantes. La faiblesse augmente graduellement et la station debout devient souvent impossible ; les patients ont de la céphalalgie, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, de l'insomnie, et quelquefois, mais non constamment, des hallucinations, de l'agitation, du délire et des convulsions.

§ II. — Inanition prog^resslve.

Cette forme d'inanition n'a été que trop souvent observée à l'occasion des famines qui, à diverses époques, ont

i . Desbarreau x-Bernard^ Notice sur Guillaume Granié, mort dans les prisons de Toulouse, 1831.

i, Taylor, Traité de médecine légale , trad. par Coutagne, 1881.

SIGNES CADAVERIQUES. DIAGNOSTIC 217

ravagé certains pays. Le tableau symptomatique qu'en ont tracé différents auteurs varie sur quelques points, mais certains traits sont constants. Les affamés arrivent à un degré d'émaciation extraordinaire ; la peau se ride, devient sèche, terreuse : souvent elle est recouverte d*un enduit sale qui n'est pas explicable seulement par la malpropreté ; elle exhale une odeur fétide. L'haleine est également fétide et repoussante. Sauf dans des cas exceptionnels notés par Périer où des affamés conservaient toute leur intelligence et la faculté de se mouvoir, et mouraient subitement, les forces s'affaiblissent graduellement ; la voix est faible, ii peine perceptible ; Tintelligence s'engourdit, ou bien il survient de l'agitation, un délire loquace ou furieux. Les évacuations alvines sont rares, sèches et foncées ; les urines peu abondantes, troubles et très colorées.

Il arrive souvent que les sujets souffrant de cette inanition lente contractent d'autres affections qui viennent hâter la mort. Plusieurs succombent à la tuberculose, ou du moins sont atteints de tubercules.

§111. — Sig^nes cadavériques. Dlag^nostlc.

L'amaigrissement est quelquefois poussé à un degré extraordinaire, et dépasse celui que l'on observe dans n'importe quelle 'maladie chronique. On constate alors à l'autopsie que la graisse a disparu à peu près partout ; l'épiploon et le mésentère en sont totalement dépourvus, ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané, intermusculaire, etc. En même temps les muscles sont atrophiés, et le volume du cœur est quelquefois considérablement réduit. Dans certains cas, on a noté une réduction de volume particulièrement marquée sur le foie, la rate et, chez les très jeunes enfants, sur le thymus.

Une telle émaciation ne s'observe guère que chez des sujets qui ont survécu longtemps, en prenant de temps en temps quelques aliments. Quand la mort est le fait d'une abstinence absolue, elle peut survenir avant que la graisse du corps n'ait été résorbée ; c'est ce qu'avait déjà fait remarquer Antoine Petit dans une consultation médico-lé-

gale, et c'est ce que montrent plusieurs observations, notamment celle de Haller, qui, à Tautopsie d'un homme mort de faim, trouva près d'un pouce de graisse dans Tépiploon ^

L'eslomac et les intestins présentent souvent un très grand amincissement, de sorte qu'à travers leurs parois on distingue facilement les aliments ou les matières qui peuvent s'y trouver. Cet état du tube digestif constitue un signe important sur lequel plusieurs auteurs ont insisté. Les intestins sont souvent aussi affaissés, leur calibre paraît très diminué ; quelquefois au contraire ils sont remplis de gaz. Ordinairement ils sont vides, ne renferment qu'un peu de bile et une quantité minime ou nulle de matières fécales ; on peut y rencontrer les substances les plus bizarres ingérées par l'affamé. La congestion de la muqueuse stomacale ou intestinale a été notée quelquefois, mais n'offre rien de caractéristique. Le ramollissement, les ulcérations de la muqueuse digestive ne doivent pas être considérés, d'après la plupart des auteurs, comme des lésions appartenant en propre à l'inanition, mais comme le résultat d'une entérite que développe quelquefois chez les affamés l'ingestion de substances impropres à l'alimentation. — Presque toujours on trouve la vésicule biliaire remplie d'une bile épaisse et foncée. — L'urine aurait une composition spéciale (Diinschmann)*.

Dans les cas où la mort a été causée uniquement par l'inanition, il n'existe pas d'autres lésions des divers organes. Cette intégrité même, jointe aux signes cadavériques qui viennent d'être énumérés et aux circonstances relevées par l'enquête, permet de reconnaître que l'individu est réellement mort de faim.

Quand on trouve à l'autopsie les traces d'une affection organique, il y a lieu de se demander si c'est cette affection qui a entraîné la mort et déterminé seule l'état de marasme et de consomption que l'on remarque sur le cadavre, ou si l'affection primitive n'a pas été aggravée par la privation

i. Voir Fodéré, Traité de méd. lég., t. IH. 2. Vierteijahrs f, gerichtl. Medic, 1900.

SIGNES CADAVERIQUES. DIAGNOSTIC 219

d'aliments refusés au malade, ou enfin si les lésions que Ton constate ne doivent pas être attribuées au fait môme de rinanition. Ces questions méritent d^autant plus d'attention dans la pratique médico-légale, que souvent les sujets que Ton soupçonne morts d'ifianition ont été en même temps séquestrés clans un endroit malsain, et ont subi des sévices et des mauvais traitements. La discussion des résultats fournis par Tautopsie et des renseignements recueillis par Tenquê te judiciaire permettent parfois de motiver un jugement précis. Dans un cas cité par Taylor, il s*agissait d'une jeune fille qui avait été séquestrée, et qui était morte dans un état d'amaigrissement exlrôme; la graisse manquait totalement dans toutes les parties du corps; Testomac et les intestins étaient vides, rétrécis, et leurs parois extrêmement amincies. On trouva en outre un petit dépôt tuberculeux au sommet du poumon gauche, et un dépôt tuberculeux miliaire récent sous l'arachnoïde à la face supérieure d'un hémisphère cérébral ; il n'y avait pas de tubercules ailleurs, et les méningesétaient intactes ainsi que le cerveau. Les médecins qui firent Tautopsie déclarèrent que la mort était due uniquement à l'inanition, et cette opinion fut partagée par Vichow.

Taylor rapporte encore l'observation d'une enfant de treize ans que ses parents exhibaient comme un être miraculeux, prétendant qu'elle n'avait pas mangé depuis deux ans. On fit surveiller rigoureusement l'enfant pendant huit jours ; elle ne prit rien en effet, mais mourut le neuvième jour. A l'autopsie on trouva tous les organes sains ; les tuniques intestinales n'étaient pas amincies, et il y avait une couche de graisse de 1/2 pouce à 1 pouce d'épaisseur sous la peau de la poitrine et de l'abdomen. La mort fut néanmoins attribuée à l'inanition qui avait été complète pendant les huit derniers jours.

En pratique, c'est surtout à l'occasion d'enfants placés chez les nourrices mercenaires et qui ont succombé dans un état d'amaigrissement extrême, que le médecin légiste est chargé de rechercher si la mort est le résultat de l'inanition. Cette question est très difficile à résoudre ; ces enfants meurent en présentant les symptômes et les lésions

anatomo-pathologiques de Télat qui a été décrit soûs le nom d'athrepsie^ ; mais si Tathrepsie est quelquefois lé résultat du manque de nourriture, elle s'observe souvent aussi chez des enfants qui reçoivent une alimentation sufiBsante en quantité et en qualité.

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