BLESSURES FAITES PENDANT LA VIE OU APRES LA MORT
morragie, la coagulation du sang, récartement des lèvres de la plaie«
Hémorragie. — Quand une blessure est faite sur le vivant, il en résulte une effusion de sang qui s'écoule au dehors si les téguments sont divisés, ou qui s*épanche dans les parties plus ou moins profondes, si la peau est demeurée intacte. Même quand il s'agit d'une plaie, puverte, une partie du sang qui sort des vaisseaux s'infîUre dans les bords, dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans les gaines vasculaires, et s'incorpore en quelque sorte avec les parties superficielles des tissus divisés^ de façon qu'il ne disparaît pas par le lavage de la blessure.
Cet aspect ensanglanté des plaies faites pendant la vie manque cependant quelquefois. Quand un gros vaisseau est ouvert et communique largement avec l'extérieur, tout le sang peut s'écouler au dehors sans qu'il s'en infiltre dans les lèvres de la plaie, et sans que celles-ci s'en imbibent, c'est ce que nous avons yu plusieurs fois sur des enfapts tués par section complète du cou. D'autres bléssures ne laissent écouler que peu ou pas de sang au dehors, de sorte que la plaie extérieure n'a pas l'aspect ensanglanté ; ce n'est que par la dissection des parties profondes qu'on trouve les traces de l'hémorragie. Il en est ainsi par exemple de certaines plaies par arme à feu qui ne saignent pas, mais qui laissent voir sur le trajet du projectile les marques d'une hémorragie plus ou moins abondante ; et aussi des plaies produites par un instrument piquant très délié, qui n'a ouvert que de très petits vaisseaux ; Tépanchement forme alors une mince couche, sorte de manchon qui entoure l'étroit canal creusé par l'arme. Dans les plaies par arrachement, môme très considérables, l'hémorragie peut être très minime (en raison de l'obturation spontanée des vaisseaux divisés) ; mais presque jamais, elle ne fait complètement défaut.
Il est incontestable que certaines blessures faites pendant la vie ne s'accompagnent pas d'hémorragie. Il en est ainsi par exemple pour les blessures produites alors qu'il existe déjà d'autres plaies qui donnent un écoulement do
sang très abondant * ; ou bien quand le cœur est très •affaibli ou les petits vaisseaux de la région fortement contractés, par suite d'un traumatisme portant sur les centres nerveux *. — Souvent, les blessures les plus profondes et les plus étendues ne saignent pas quand le traumatisme qui les a produites a occasionné en même temps une large déchirure du cœur ou de l'aorte. C'est ce que nous avons observé plusieurs fois, notamment chez un homme écrasé par un tramway; le tronc et les membres avaient été broyés, Taorle presque complètement séparée du cœur ; au niveau des plaies et fractures des membres, et au niveau de la plupart des déchirures des viscères, on ne constatait pas de traces d'épanchements sanguins.
Par contre, une plaie faite sur un cadavre peut occasionner un écoulement de sang, surtout quand elle a été produite peu de temps après la mort, dans la première heure par exemple. Une hémorragie se produit quelquefois aussi quand la blessure est faite beaucoup plus tard ; celte hémorragie est d'autant plus facile et plus abondante que le sang est resté plus liquide» et que la blessure intéresse une région plus hyperhémîée. C'est ainsi qu'on voit souvent saigner les blessures post mortem des noyés, des asphyxiés, celles qui ont divisé la partie postérieure du cuir chevelu, ou qui intéressent les régions du corps restées déclives après la mort. Un commencement de putréfaction favorise aussi l'hémorragie, parce que les gaz qui se développent dans l'abdomen et le thorax repoussent le sang vers les parties périphériques ; il arrive môme souvent qu'au moment où le cadavre commence à se putréfier, les plaies ayant déjà saigné redonnent du sang, qui est alors mélangé de bulles de gaz.
Dans tous ces cas, à moins que la plaie n'ait intéressé une grosse veine, l'écoulement du sang est peu abondant,
1. C'est ainsi que M. Felizet a constaté que des plaies profondes faites sur les membres des bestiaux ati moment où le boucher les égorge ont les caractères des blessures po«/ mortem.
2. Paltauf relate quelques recherches expérimentales sur ce sujet. Ueber reactionslose vitale Verletzungen (Wiener klinUche Wockenichrift. 4889;.