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BLESSURES FAITES PENDANT LA VIE OU APRES LA MORT

bien moindre que celui qui se serait produit, eu égard à la nature de la blessure, chez un vivant. En outre, le sang ne s'est pas mélangé intimement aux parties avec lesquelles il est resté en contact, et un lavage peut le faire disparaître presque complètement.

Des contusions faites après la mort peuvent amener un épanchement dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans des parties plus profondes. Dans les deux heures qui suivent la mort, ou même après un délai plus long, des coups portés sur un cadavre produisent quelquefois une coloration de la peau tout à fait analogue à celle des ecchymoses faites pendant la vie. Ces ecchymoses post moriem ne se produisent pas constamment : d'après Devei^e, elles n'apparaissent pas quand les coups sont portés sur les points où la peau recouvre directement un os ; elles se forment rarement sur les parties doublées d*une couche abondante de graisse, et qui n'ont pas de point d'appui solide ; c'est seulement sur les parties modérément pourvues de graisse, et reposant sur un plan osseux, qu'on peut facilement les produire.

Dans ces cas d'épanchcment sanguin succédant à des contusions faites sur le cadavre, le sang reste ordinairement liquide, en imbibant les parties voisines sur une plus ou moins grande étendue. Quand au contraire la contusion a été faite pendant la vie, le sang, qui est animé d'un mouvement d'impulsion, pénètre plus profondément dans le tissu cellulo-adipeux, se mélange intimement à lui, en lui communiquant partout sa couleur d'un rouge foncé, fort différente ordinairement de la teinte moins franche qui résulte de la simple inhibition. On peut trouver en outre dans le foyer de l'ecchymose de petits caillots distincts; c'est aussi la coagulation du sang qui fait que celui-ci paraît- incorporé et en quelque sorte confondu avec les tissus où siège l'ecchymose. — Quand la putréfaction est commencée, il se produit, outre les lividités cadavériques, une transsudation de la matière colorante du sang à travers les parois veineuses. lien résulte, ainsi que nous l'avons dit déjà, une imbibition et une coloration rougeâtre des tissus, qu'il est souvent difficile et

môme impossible de distinguer d'une véritable ecchymose.

Coagulation du sang, — Le sang qui s'écoule d'une blessure faite sur le vivant, et qui se répand au dehors, se coagule toujours, sauf dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, et chez les sujets qui se trouvent dans certains états pathologiques ^. Le sang épanché à travers les tissus ou dans les cavités se coagule également ; dans celles-ci le caillot se sépare quelquefois de la façon la plus complète du sérum qui surnage, et c'est ainsi que, lorsqu'il existe du sang dans la plèvre, on voit quelquefois à l'ouverture du thorax s'écouler un liquide tellement incolore qu'on se croit d'abord en présence d'un épanchement séreux*.

La coagulation du sang contribue à donner aux ecchymoses faites pendant la vie leur aspect spécial ; le sang se solidifie après s'être infiltré dans les tissus, et se trouve ainsi adhérer fortement à ceux-ci ; et non pas les imbiber simplement.

Le sang qui s'écoule d'une plaie ne se coagule pas instantanément ; en général ce n'est guère qu'au bout de cinq minutes que la coagulation est complète. Une plaie qui serait faite dans les cinq premières minutes qui suivent la mort ou même dans un délai plus long pourrait donner du sang qui se coagulerait ; mais ce caillot serait peu volumineux, en raison de l'abondance moindre de l'hémorra-

1 . Il faut excepter aussi le sang des règles qui, dans les circonstances ordinaires, ne se coagule pas.

2. D'après ce que nous avons vu, la coagulation du sang ne se fait pas tout à fait de la même façon dans les diverses cavités séreuses.

Dans le péricarde, nous avons trouvé constamment un caillot très bien formé, solide, et presque toujours un sérum peu coloré.

Dans la plèvre, on trouve ordinairement aussi un caillot solide, séparé du sérum. Mais de temps en temps, le caillot est relativement peu volumineux et une grande partie du sang est restée liquide.

Dans le péritoine, les caillots sont généralement bien moins abondants et presque tout le sang reste liquide; ceci s'observe aussi bien quand les sujets ont succombé très vite que lorsqu'ils ont survécu quelque temps et qu'il existe déjà un commencement de péritonite.

Dans l'arachnoïde, le sang est tantôt entièrement coagulé, tantôt simplement épaissi comme de la poix. — Au contraire, le sang épanché entre la dure-mère et la paroi crânienne est toujours entièrement coagulé^ mais le sérum ne se sépare pas du caillot.

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gie ; il sérail plus mou, moins adhérent que si la blessure avait été faite pendant la vie.

Écartement des lèvres de la plaie, rétraction des tissus divisés. — Quand une plaie est produite sur le vivant, les tissus divisés se rétractant, s'écartentet rendent la blessure béante. Celte rétraction se produit sur la peau, sur les artères dont les extrémités s'enfoncent dans la gaine cellulaire, et surtout sur les muscles. Tous les médecins connaissent cette rétraction musculaire qui nécessite certaines régies dans le manuel opératoire des amputations, et qui est d'autant plus considérable que les muscles atteints sont plus longs.

Sur le cadavre, les tissus divisés ne s'écartent que d'une faible quantité, en vertu seulement de leur élasticité. Toutefois, comme la contractilité musculaire ne disparaît pas immédiatement après la mort, on conçoit que des blessures faites peu de temps après que la vie vient de s'éteindre puissent présenter un écartement encore très considérable de leurs bords. Sans pouvoir fixerexactement la durée delà période pendant laquelle les muscles se rétractent encore d'une façon très notable après la section, il est permis de dire qu'en général cette période ne s'étend guère au delà d'une heure et demie ou deux heures.

C'est surtout quand un corps a été divisé en plusieurs fragments qu'il est utile d'examiner le degré de rétraction des muscles pour reconnaître si la mutilation a été faite pendant la vie ou après la mort. Si un membre a été sectionné sur un cadavre, on trouve une surface presque uniforme : la peau, le tissu cellulaire, les muscles, les vaisseaux, sont presque sur un même plan, ou du moins sur une surface qui représente à peu près le trajet parcouru par le couteau. Quand la section a été faite pendant la vie ou très peu de temps après la mort, la peau est fortement rétractée, les muscles inégalement rétractés suivant leur longueur, les vaisseaux enfoncés dans leur gaine. Les caractères tirés de l'écoulement du sang, de la présence des caillots, peuventaussi aider le diagnostic, bien qu'ils fassent quelquefois défaut, en raison delà rapidité et de la facilité avec lesquelles presque tout le sang s'écoule au dehors. ViDERT. Médecine légale. 7® édii, la

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Autres caractères des blessures produites pendant la vie. — La coloration violacée ou jaune des ecchymoses, la tuméfaction inflammatoire des lèvres de la plaie, la présence du pus au niveau de celle-ci, un commencement de cal sur les fractures, indiquent avec évidence que des lésions ont été produites pendant la vie, et permettent de déterminer avec une certaine approximation combien de temps le sujet a survécu.

Résumé. — En pratique, il est le plus souvent très facile de reconnaître qu'une blessure a été produite pendant la vie : la présence de sang coagulé sur les lèvres ou sur le trajet de la plaie, Texistence de caillots en forme de lames entre lesmusclesou les aponévroses, un épanchement abondant de sang coagulé, sont des signes qui ne laissent aucun doute.

Quand les caractères sont peu accentués, qu'on ne trouve qu'une petite quantité de sang avec de minimes caillots mous, que ce sang est assez intimement mélangé à la blessure, que les lèvres de la plaie ont un écartement modéré, on peut encore dire que la blessure a été produite pendant la vie ou dans les premiers instants qui ont suivi la mort, tout au plus deux ou trois heures après celle-ci, et cette approximation est souvent suffisante pour Tinstruction judiciaire.

Mais il faut savoir que dans quelques cas rares il esta peu près impossible de reconnaître si certaines lésions ont été produites avant la mort, ou peu de temps après celle-ci ; c'est surtout à propos des contusions que la difficulté du diagnostic peut être grande. Sans revenir sur ce qui a été dit à ce î^ujet, il est à rappeler seulement que c'est surtout la fluidité du sang épanché, pcrmeltant à ce liquide de s'écouler après une incision, qui indique qu'il s'agit probablement d'une lésion post mortem ; mais ce signe peut faire défaut.

La putréfaction, quand elle est parvenue à un certain dei^ré, modifie tellement les plaies qu'il est souvent impossible de reconnaître si elles ont été faites pendant la vie ; mais même dans ce cas le diagnostic peut souvent être encore établi grâce à la présence des épanchements sanguins profonds.

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